Des groupes industriels lancent une alliance pour soutenir les gestionnaires d’actifs canadiens

Par Noushin Ziafati | 8 May 2025 | Last updated on 8 May 2025
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Gros plan de collègues empilant leurs mains ensemble.
AnVr / iStock

Quatre groupes industriels ont formé une nouvelle alliance visant à soutenir l’innovation dans le secteur de la gestion d’actifs au Canada, alors que celui-ci est confronté à une forte concurrence mondiale, à des coûts opérationnels en hausse et à une consolidation croissante.

La Canadian Asset Management Entrepreneurship Alliance (CAMEA) s’engagera dans la défense de la réglementation et des politiques au sein des secteurs public et privé afin d’orienter davantage de capitaux et de talents vers les gestionnaires d’actifs locaux, explique Claire Van Wyk-Allan, directrice générale et responsable du Canada à l’Alternative Investment Management Association (AIMA).

« Aujourd’hui marque un nouveau départ alors que nous cherchons à élever notre niveau de représentation afin de créer des résultats durables et positifs pour l’industrie canadienne de la gestion d’actifs et les entrepreneurs de toutes tailles qui la composent », a-t-elle déclaré lors d’un événement de lancement de la CAMEA qui s’est déroulé à Toronto le 30 avril dernier.

Claire Van Wyk-Allan était l’une des nombreuses personnes à prendre la parole lors de l’événement organisé par la CAMEA. L’alliance comprend l’AIMA, CFA Societies Canada, le Emerging Manager Board et l’Association des gestionnaires de portefeuille du Canada (PMAC).

LISTE DE SOUHAITS EN MATIÈRE DE POLITIQUE

Le 30 avril également, la CAMEA a publié une série de recommandations politiques qui, espère-t-elle, débloqueront la croissance, créeront des emplois et renforceront la position du Canada dans le secteur mondial de la gestion d’actifs.

Elle demande une stratégie de développement économique axée sur le secteur de la gestion d’actifs, avec une agence de développement économique dédiée, des incitations fiscales ciblées et la mise en place d’un cadre réglementaire plus rationalisé et harmonisé pour l’industrie des services financiers à l’intérieur et à l’extérieur du Canada.

Michael Thom, directeur général de CFA Societies Canada, estime que les organismes de réglementation des valeurs mobilières du pays devraient s’inspirer de provinces telles que la Nouvelle-Écosse et l’Ontario, qui ont fait de la suppression des barrières commerciales interprovinciales une priorité stratégique, notamment dans le contexte des tensions commerciales entre le Canada et les États-Unis.

Il soutient également que des efforts d’harmonisation réglementaire devraient être examinés au niveau transfrontalier et mondial « afin d’introduire au Canada certains modèles d’entreprise qui sont actuellement bloqués par des mesures réglementaires ».

Ces recommandations interviennent dans un contexte que Michael Thom qualifie de « déclin troublant de l’esprit d’entreprise dans de multiples secteurs au Canada, et pas seulement dans la finance et la gestion d’actifs », ainsi que d’une vague d’annonces de fusions et d’acquisitions qui ont conduit à une consolidation importante dans les services financiers.

Il cite une étude réalisée en 2023 par PwC, qui estime que d’ici 2027, la moitié des actifs sous gestion des fonds communs de placement mondiaux sera gérée par seulement dix sociétés dans le monde — dont aucune ne devrait être basée au Canada. D’ici là, un gestionnaire d’actifs et de patrimoine sur six devrait être absorbé ou disparaître.

Malgré ces défis, Michael Thom rapporte que l’objectif de la CAMEA est de « faire du Canada un endroit idéal pour lancer une entreprise de gestion d’actifs en tant qu’entrepreneur, puis de faire de ces entreprises des champions mondiaux ».

« Nos solutions politiques sont intentionnellement conçues pour inspirer les conversations et les actions d’une multitude de parties prenantes, de régulateurs gouvernementaux, d’investisseurs institutionnels, d’organisations du secteur financier et d’organismes de développement économique », précise-t-il.

Réfléchissant au climat géopolitique actuel et à la toile de fond du marché, Jamie Wise, cofondateur et PDG de Periscope Capital, affirme que le fait de stimuler l’esprit d’entreprise au Canada contribue à attirer le capital humain, d’autant plus que certains professionnels expérimentés de l’industrie canadienne pourraient envisager de rentrer chez eux après avoir quitté les États-Unis, alors que les tensions entre les deux pays s’intensifient.

« Si l’on peut avoir un secteur de la gestion d’actifs sain et prospère, qui ne se limite pas à quelques petites entreprises et à un terminal Bloomberg, mais qui compte réellement 20, 30, 40, 50, des centaines de personnes, de grandes organisations, cela aide l’ensemble de l’écosystème », assure Jamie Wise.

« À mon avis, cela aide les banques, car cela permet de garder plus de talents dans le pays, et ces talents peuvent explorer des opportunités dans différents secteurs de la finance et de la gestion d’actifs au fur et à mesure que la croissance se produit, n’est-ce pas ? »

GESTIONNAIRES D’ACTIFS ÉMERGENTS

D’autres recommandations politiques comprennent un financement et des investissements gouvernementaux ciblés dans des domaines tels que le comblement des lacunes en matière de formation et d’éducation dans le domaine de la gestion des investissements, ainsi que la création de programmes d’investissement pour les gestionnaires d’actifs émergents, comme le Programme des gestionnaires émergents du Québec (PGEQ), lancé en 2016.

Le PGEQ a investi près de 600 millions de dollars dans 13 gestionnaires d’actifs au Québec au 30 novembre 2024. Environ la moitié de ces gestionnaires d’actifs n’existaient pas avant le lancement du PGEQ, « alors le fait que ce programme existe pousse les entrepreneurs à se lancer », souligne Caroline Bergeron, chef du PGEQ et chef mondial des solutions de durabilité et d’impact chez Gestion de placements Innocap.

Francis Lau, qui a récemment fondé la société de gestion d’actifs alternatifs Lucida Capital basée à Toronto, estime que l’existence d’un plus grand nombre de programmes pour les gestionnaires émergents au Canada aurait un impact. Selon lui, cela permettrait aux gestionnaires d’actifs émergents d’avoir accès à des capitaux pour « mettre en place de bien meilleurs systèmes de niveau institutionnel, qu’il s’agisse de systèmes de gestion des risques, d’accès aux courtiers ou d’accès aux équipes de gestion », entre autres avantages.

« Cela permettrait à l’entreprise de passer beaucoup plus rapidement à un niveau institutionnel [de sorte] que l’on puisse ensuite s’attaquer aux détails de l’investissement, assure Francis Lau. Cela contribuerait grandement à rendre le secteur plus dynamique qu’il ne l’est déjà. »

Jamie Wise affirme que l’accès au capital était également un défi auquel il a été confronté lorsqu’il a lancé sa société de gestion d’actifs alternatifs multi-stratégies, basée à Toronto, en 2009. Periscope Capital s’est associée à une organisation new-yorkaise au cours de ses premières années d’existence, en raison du manque de financement disponible au Canada.

À la sortie de la crise financière, il a été confronté à de nombreuses objections : « Pourquoi fais-tu ça ? Tu es fou. Ça ne marchera jamais sur ce marché. » Selon lui, la seule véritable ressource dont ils disposaient alors, c’était le courage.

Jamie Wise aurait aimé qu’il y ait plus de ressources pour les gestionnaires d’actifs à l’époque, mais il s’est montré optimiste quant à l’avenir de l’industrie de la gestion d’actifs au Canada. « Lorsque nous nous sommes lancés, j’aurais aimé qu’une partie de cette discussion, n’importe quelle discussion, porte sur l’écosystème. »

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Noushin Ziafati

Noushin Ziafati est rédactrice en chef adjointe de Advisor.ca depuis 2024. Auparavant, elle a travaillé pour la CBC, La Presse Canadienne, CTV News, Telegraph-Journal et Chronicle Herald.