Devrait-on mener une guerre tarifaire ?

Par La rédaction | 15 January 2025 | Last updated on 14 January 2025
3 min read
Drapeaux canadiens et américains dans les montagnes
stockstudioX / iStock

Alors qu’ils discutaient de la menace d’un droit de douane de 25 % brandie par Donald Trump à l’occasion du 23e déjeuner-conférence annuel du Club économique du Canada, les économistes des grandes banques réunis à cette occasion ont souligné qu’une guerre tarifaire serait bien plus dommageable pour l’économie canadienne que pour nos voisins du Sud.

Pour rappel, le gouvernement fédéral travaille déjà à établir une liste de produits américains sur lesquels il pourrait imposer des tarifs. Le gouvernement pense déjà y inscrire des produits faits à base d’acier ainsi que le jus d’orange de la Floride, selon les sources de Radio-Canada.

Certains envisagent même de couper l’approvisionnement en énergie et en électricité, une mesure qui est loin de faire consensus au sein même du Canada.

Frances Donald, économiste en chef de la RBC, prévient toutefois qu’une guerre tarifaire serait bien plus lourde de conséquences pour le Canada que pour les États-Unis. Ces derniers ont ainsi les reins bien plus solides.

Stéfane Marion, économiste et stratège en chef, Banque Nationale, invite plutôt le gouvernement à repenser les mesures qui, selon lui, nuiraient à la compétitivité du pays, soit la taxe carbone et la hausse du taux d’inclusion sur les gains en capital.

Pour rappel, l’avenir de cette dernière mesure est encore flou puisqu’elle n’a pas encore été confirmée et que le gouvernement libéral, qui l’a proposée, est sur la sellette.

Stéfane Marion estime que, plutôt que de se lancer dans une guerre tarifaire aux impacts limités, le Canada aurait meilleur temps de se pencher sur son attractivité pour les investisseurs. En entrevue avec Radio-Canada, il recommandait notamment d’adopter une fiscalité moins punitive pour les entreprises canadiennes.

UN IMPACT À PRÉVOIR

Quant à l’impact de ces tarifs, les économistes ne se montrent pas très optimistes. Beata Caranci, l’économiste en chef de la Banque TD, a ainsi souligné ne pas s’attendre à « une année de forte croissance économique pour le Canada ».

Difficile de prévoir l’impact exact, souligne toutefois Avery Shenfeld, de la CIBC, puisque le Canada n’a jamais été confronté à de tels tarifs. Pour donner un petit aperçu de ce que cela pourrait signifier, il a rappelé que lors du premier mandat de Donald Trump, les tarifs de 25 % imposés sur les importations d’acier du Canada avaient retranché 0,5 % au PIB canadien.

Si les tarifs de 25 % s’étendaient à l’ensemble des importations canadiennes, l’impact attendu serait évidemment plus lourd. Le dollar canadien sortirait évidemment perdant également. Sans compter qu’en 2024, le huard a déjà perdu 7,9 % de sa valeur et est actuellement sous la barre des 0,70 $ US.

UNE LUEUR D’ESPOIR ?

Cependant, Avery Shenfeld rappelle que ces tarifs pousseraient le dollar américain à la hausse, ce que Donald Trump ne veut pas puisque cela réduirait la capacité des États-Unis à réduire leur déficit commercial. Pour rappel, malgré le virage protectionniste réalisé par Donald Trump lors de son premier mandat, le déficit commercial des États-Unis n’a cessé de se creuser. Entre janvier et novembre 2024, il a dépassé de 1000 milliards de dollars américains.

Un autre point qui pourrait retenir Donald Trump sont les investisseurs américains. En raison de la vigueur de l’économie, la Réserve fédérale ne peut pas baisser ses taux aussi rapidement que la Banque du Canada. L’introduction de tarifs ne ferait qu’aggraver la situation, en augmentant l’inflation et en exerçant ainsi une pression supplémentaire à la hausse sur les taux d’intérêt.

Par ailleurs, des taux d’intérêt obligataires à long terme élevés ont tendance à réduire la valeur des actions, comme l’explique Stéfane Marion.

Abonnez-vous à nos infolettres

La rédaction