Finance durable : entre inquiétude et volonté d’agir

Par Carole Le Hirez | 4 June 2026 | Last updated on 3 June 2026
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Illustration d’un homme d’affaires chevauchant un escargot, représentant une réussite construite avec méthode et patience.
Nuthawut Somsuk / iStock

« Est-ce qu’il y en a dans la salle qui ont peur quand ils pensent à l’avenir ? »

Cette question résonne alors que les premières notes de la chanson Plus rien, des Cowboys Fringants, interprétée par les Petits Chanteurs du Mont-Royal, ouvrent le 6e Sommet de la finance durable, qui se tient du 3 au 5 juin à Montréal.

« J’ai peur pas juste pour moi, pour mes enfants aussi. J’ai peur qu’il ne leur reste plus rien », dit l’un des jeunes interprètes. Ces paroles donnent le ton d’un événement teinté par un mélange d’urgence, d’inquiétude et de volonté d’agir, dans un contexte où les enjeux climatiques semblent parfois relégués au second plan.

L’inflation, les tensions géopolitiques et l’incertitude économique ont progressivement déplacé l’attention vers d’autres priorités. Dans plusieurs organisations, le discours sur le développement durable est devenu plus prudent. Certaines entreprises hésitent à mettre de l’avant leurs initiatives climatiques, de peur d’être accusées de greenwashing ou de voir leurs engagements remis en question.

Des acteurs comme BlackRock ont réduit l’utilisation de certains termes liés à l’ESG (environnement, société, gouvernance) dans leurs communications publiques, tandis que des multinationales comme Shell et BP ont fait face à des critiques concernant leurs engagements climatiques.

Pourtant, derrière cette prudence, les flux financiers continuent de croître. Selon Bloomberg, les flux financiers mondiaux dans la transition énergétique ont atteint 2 300 milliards de dollars américains en 2025.

Pour Jacques Deforge, directeur général de Finance Montréal qui présente l’événement, l’écosystème financier se trouve à un moment charnière où les équilibres économiques, géopolitiques et financiers sont bousculés. « Les acteurs de la finance doivent réfléchir aux arbitrages qui permettront de financer la transition tout en répondant aux impératifs de croissance et de compétitivité », souligne-t-il.

Selon lui, les progrès de la finance durable se heurtent à plusieurs limites, notamment en matière de crédibilité, de mesure des impacts et d’inégalités sociales. Le défi consiste à repérer les angles morts du système actuel afin de reconstruire une architecture financière capable de mieux gérer les risques à long terme.

Cette réflexion implique aussi de revoir certaines règles du jeu, notamment en matière de gestion des risques, d’intégration de l’intelligence artificielle et de déploiement à grande échelle des solutions existantes.

DE SUJET DE NICHE À ENJEU CENTRAL

Le sujet a évolué, constate François Provost, vice-président régional de Placements Mackenzie. Autrefois cantonné à un cercle restreint d’experts, il occupe désormais une place centrale dans les discussions sur l’allocation du capital et la gestion des risques. L’enjeu dépasse le seul volet environnemental : il s’agit désormais de déterminer comment investir les capitaux de manière à soutenir une croissance durable tout en créant de la valeur à long terme. Malgré des progrès, le système financier ne s’est pas transformé à la vitesse espérée.

Alors que Montréal cherche à renforcer son rôle international, notamment en accueillant le futur siège de la Defence, Security and Resilience Bank, la transition énergétique représente une occasion de développement économique, selon Leslie Roberts, membre du comité exécutif de la Ville.

La décarbonation de la métropole ouvre la voie à des projets d’investissement concrets et mesurables, tout en renforçant le positionnement de Montréal comme centre d’expertise en finance durable.

La ville dispose de plusieurs atouts, rappelle-t-il : une forte concentration d’experts, un important bassin universitaire et un écosystème financier reconnu, qui pourraient lui permettre de jouer un rôle accru dans le financement de la transition énergétique.

Au-delà des discussions techniques, le 6e Sommet de la finance durable entend aussi maintenir l’attention sur la question du coût de l’inaction. Alors que les risques climatiques se matérialisent de plus en plus rapidement, la capacité des gouvernements, des investisseurs et des institutions financières à aligner leurs décisions devient un véritable test de crédibilité.

Derrière les indicateurs financiers, les politiques publiques et les stratégies d’investissement se trouve une préoccupation fondamentale : celle de l’avenir. La question n’est plus de savoir si la transition doit avoir lieu, mais comment accélérer son financement dans un monde où les priorités se multiplient sans cesse.

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Carole Le Hirez

Carole Le Hirez est journaliste pour Finance et Investissement et Conseiller.ca. Auparavant, elle a notamment écrit pour Les Affaires.