Inflation persistante et ralentissement : le dilemme des banques centrales

Par Kevin Press | 10 November 2025 | Last updated on 7 November 2025
3 min read
Banque fédérale de réserve à Washington D.C.
Philip / AdobeStock

Malgré quelques frissons de saison, le plus récent rapport Global Wealth Research de FTSE Russell laisse place à un certain optimisme à l’approche de la fin de 2025. En tête des enjeux : la grande question qui préoccupe la Réserve fédérale américaine (Fed) et d’autres banques centrales : que faire d’un taux d’inflation encore supérieur à 2 % dans un contexte de ralentissement économique.

« Les tarifs douaniers américains continuent d’avoir un impact sur la croissance et l’inflation à l’échelle mondiale, indique le rapport. Les prévisions de PIB mondial pour 2026 ont été revues à la baisse. Les perspectives de ralentissement sont aggravées par le fait que la plupart des marchés développés disposent de peu de marge de manœuvre budgétaire pour stimuler la croissance, compte tenu des ratios dette publique/PIB plus élevés à l’échelle mondiale. »

La baisse du taux directeur annoncée cette semaine par la Fed envoie un signal clair sur la priorité actuelle de la banque centrale.

« L’inflation demeure plus élevée que souhaité, souligne Indrani De, responsable mondiale de la recherche en placement chez FTSE Russell. Mais puisqu’elle a déjà considérablement diminué, ce n’est plus la crise brûlante qu’elle était il y a deux ans, ou juste après la pandémie. Désormais, la Fed se préoccupe davantage du marché du travail et de l’économie sous-jacente. »

Le ciblage d’une inflation à 2 % reste un pilier de l’orthodoxie des banques centrales, mais les États-Unis, comme d’autres pays, se trouvent aujourd’hui dans un contexte délicat. Il est plus facile de faire passer l’inflation de 3,5 % à 3 % que de 2,5 % à 2 % : ces derniers points de pourcentage peuvent faire basculer une croissance faible dans le négatif si la banque centrale va trop loin.

« C’est tout le dilemme de la Fed, explique Indrani De. L’objectif prioritaire semble avoir changé au cours des derniers mois, et cela a évidemment eu un effet direct sur les marchés financiers. »

À la question de savoir si le spectre de la stagflation (croissance stagnante combinée à une inflation élevée) plane sur l’économie, Indrani De ne prévoit pas ce scénario, mais ne l’écarte pas entièrement. « Potentiellement stagflationniste, oui. Mais pas de stagflation », affirme-t-elle.

DES MARCHÉS MOINS CORRÉLÉS

Le rapport met également en lumière l’importance accrue de la diversification, à mesure que les marchés internationaux deviennent moins corrélés.

« Dans l’environnement actuel, marqué par une forte volatilité et une grande incertitude, il est logique pour les investisseurs d’avoir un portefeuille plus diversifié, explique Indrani De. Les avantages de la diversification sont aujourd’hui beaucoup plus importants, étant donné la forte baisse des corrélations entre classes d’actifs. »

Cela inclut les actions des marchés développés hors des États-Unis, ainsi que les titres et obligations des marchés émergents.

« Nous avons d’abord constaté la surperformance des marchés émergents dans le secteur du revenu fixe, dit-elle. Les marchés obligataires détectent les tendances un peu plus tôt, car ils accueillent davantage de capitaux institutionnels. Puis, cette surperformance s’est étendue aux marchés boursiers cette année. »

Et ce, malgré les tarifs douaniers. Indrani De cite les marchés asiatiques et latino-américains, notamment le Brésil et le Mexique, dont la résilience en période de guerre commerciale mondiale a surpris favorablement les investisseurs.

« Les marchés émergents sont devenus beaucoup plus solides au cours de la dernière décennie. Leurs situations budgétaires sont bien plus saines, observe-t-elle. Il existe des forces fondamentales dans ces marchés qui sont graduellement prises en compte dans les valorisations. »

Enfin, le rapport souligne deux autres constats majeurs :

Le dollar américain ne devrait pas se renforcer à court terme.

Les courbes de rendement se redressent au Canada et dans d’autres pays du G7.

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Kevin Press

Kevin Press est directeur éditorial de Advisor.ca. Il est joignable à l’adresse kevin@newcom.ca.