Le taux directeur baissé de 50 points de base

Par La rédaction | 23 October 2024 | Last updated on 23 October 2024
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Façade du bâtiment de la Banque du Canada sur la colline du Parlement canadien par une belle journée.
AdobeStock/Jeff Whyte

Comme l’avaient anticipé la plupart des économistes, la Banque du Canada (BdC) a abaissé son taux directeur d’un demi-point de pourcentage le portant à 3,75 %. Il s’agit ainsi de la quatrième baisse de suite pour la BdC.

« Parfois c’est la Banque du Canada qui prépare le marché à sa décision, et parfois c’est le marché qui prépare la Banque du Canada. Aujourd’hui, la Banque du Canada a donné au marché ce qu’il attendait depuis quelques semaines, avec une réduction de 50 points de base. Cette baisse était attendue, et pour de bonnes raisons », souligne Pierre-Benoît Gauthier, Vice-Président, Stratégie de Placement chez IG Gestion de Patrimoine.

La croissance annuelle des prix se situe désormais autour de 2 % et la BdC s’attend à ce qu’elle atteigne environ 1,75 % dans la seconde moitié de l’année. La banque centrale estime donc que sa mission n’est plus de réduire l’inflation, mais de la stabiliser autour de sa cible.

Le marché du travail reste détendu, avec un taux de chômage de 6,5 % en septembre. L’expansion démographique a continué à augmenter la population active, mais les embauches sont restées modestes, affectant particulièrement les jeunes et les nouveaux arrivants au Canada. La croissance des salaires demeure élevée par rapport à celle de la productivité, et dans l’ensemble, l’économie continue de présenter un surplus d’offres.

La croissance du produit intérieur brut (PIB) devrait se renforcer graduellement sur l’horizon de projection, soutenue par les taux d’intérêt plus bas. 

Les prévisionnistes s’attendaient en grande partie à une baisse plus significative des taux d’intérêt le 23 octobre. L’inflation, mesurée par l’indice des prix à la consommation, a fortement ralenti, passant de 2,7 % en juin à 1,6 % en septembre.

« Depuis quelques mois, la lutte de la Banque du Canada contre l’inflation est gagnée. Avec le chiffre le plus récent de 1,6 %, la Banque doit envisager le risque d’aller trop loin dans son objectif de désinflation. L’objectif devrait donc être de ramener le taux au jour le jour à un niveau neutre le plus rapidement possible. Nous pensons que le taux neutre se situera entre 2,5 % et 3,0 % », explique Pierre-Benoît Gauthier.

« Des baisses de taux rapides deviennent encore plus évidentes si l’on considère l’énorme falaise hypothécaire qui approche en 2025, lorsqu’environ 25 % des prêts hypothécaires arriveront à échéance. Les emprunteurs hypothécaires devront faire des compromis : dépenser plus pour leur prêt hypothécaire peut signifier dépenser moins ailleurs », ajoute-t-il.

La Banque du Canada prévoit que l’inflation restera autour de la cible de 2 % tout au long de son horizon de projection, qui s’étend jusqu’en 2026. Les pressions inflationnistes n’étant plus généralisées, les attentes d’inflation des entreprises et des consommateurs se sont largement normalisées.

 « Le Canada présente simultanément un faible niveau d’inflation et une croissance élevée du taux de chômage par rapport aux autres pays comparables. Cette réduction significative du taux directeur sera bien reçue. Elle démontre que la Banque du Canada a moins peur d’un rebond de l’inflation, qui ne se matérialise pas malgré la croissance élevée des salaires. On peut s’attendre à d’autres réductions du taux d’intérêt dans les prochains mois. L’échéancier dépendra des ajustements de l’inflation et du marché du travail », affirme David-Alexandre Brassard, économiste en chef à CPA Canada.

La Bdc s’attend également à ce que la croissance économique reprenne en 2025 et 2026, car la baisse des taux d’intérêt stimulera la consommation et les investissements des entreprises. La BdC continue ainsi de s’attendre à ce que l’économie mondiale progresse à un rythme d’environ 3 % au cours des deux prochaines années.

Le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, soutient que la banque centrale prévoit d’abaisser encore son taux directeur, tant que l’économie évolue conformément à ses prévisions.

« Qu’est-ce que cela signifie pour les investisseurs ? Comme nous l’avons souligné par le passé, le taux de change du dollar canadien par rapport au dollar américain est fortement influencé par la différence de taux d’intérêt entre les deux pays. Si nous avons raison et que la Réserve fédérale américaine suit en novembre avec seulement une réduction de 25 points de base, notre juste valeur du huard se situe dans la fourchette de 0,70 à 72 dollars américains.   Nous avons déjà constaté une pression à la baisse sur le dollar canadien, qui est passé de 74 cents à un peu moins de 73 cents au cours des dernières semaines. À notre avis, il est plus probable qu’il continue à baisser, et non à monter — le bas de la fourchette étant le plus probable. »

« En fonction de l’évolution des données canadiennes au cours des deux prochains mois, il se peut que cette réduction de 50 points de base ne soit pas la dernière que la Banque effectuera », conclut Pierre-Benoît Gauthier.

« La réduction d’un demi-point mise en œuvre aujourd’hui ramène le coût de l’emprunt à seulement 50 points de base au-dessus de la limite supérieure de la fourchette neutre de la Banque du Canada, située entre 2,25 % et 3,25 %. Comme celle-ci vise à atteindre ce taux neutre afin d’éviter une récession, cela laisse entrevoir la possibilité d’une nouvelle réduction d’un demi-point lors de son annonce en décembre, renchérit Philippe Simard, Directeur hypothécaire au Québec chez Ratehub.ca. Cependant, le conseil d’administration de la Banque du Canada a précisé que le calendrier et le rythme des prochaines réductions dépendront des perspectives d’inflation et resteront assujettis aux données économiques des mois à venir. »

Avec la collaboration de La Presse Canadienne.

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