Les droits de douane sapent la confiance des entreprises et des consommateurs

Par La Presse Canadienne | 28 July 2025 | Last updated on 25 July 2025
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Le pont Ambassador relie Détroit, dans le Michigan, à Windsor, dans l'Ontario. C'est l'une des routes commerciales les plus fréquentées d'Amérique du Nord. Cette photo a été prise depuis Windsor, Ontario, Canada, en regardant vers le nord-ouest en direction de Détroit.
steven kriemadis / iStock

Deux rapports de la Banque du Canada indiquent lundi que l’incertitude liée aux droits de douane a continué de peser sur la confiance des entreprises et des consommateurs au deuxième trimestre, mais que les pires scénarios commerciaux anticipés semblent moins probables.

L’enquête de la banque centrale sur les perspectives des entreprises souligne que la confiance des entreprises est « encore modérée », mais qu’elle s’est améliorée par rapport aux fortes baisses enregistrées en mars et avril 2025.

Quelque 28 % des entreprises se préparent désormais à une récession au Canada, contre 32 % au trimestre précédent, mais toujours en hausse par rapport aux 15 % des deux trimestres antérieurs, peut-on lire.

« Les droits de douane et les tensions commerciales continuent de peser sur les perspectives de nombreuses entreprises. Dans certains cas, les effets négatifs sur les coûts et les ventes prévus par la plupart des entreprises au trimestre précédent se sont matérialisés, et celles touchées s’attendent à ce que ces effets persistent », précise le rapport.

« En même temps, les entreprises ont modéré leurs attentes en ce qui a trait aux répercussions négatives. »

Selon le rapport, un tiers des entreprises s’attendaient à une hausse des coûts liés aux droits de douane ce trimestre, contre environ deux tiers au trimestre dernier.

« Néanmoins, l’incertitude entourant les conditions financières, économiques et politiques demeure la principale préoccupation des entreprises », peut-on lire.

« Les inquiétudes concernant l’incidence directe des droits de douane sur les entreprises canadiennes se sont légèrement atténuées, mais de nouvelles préoccupations ont émergé quant aux répercussions plus générales des droits de douane sur l’économie mondiale et sur la demande au Canada. »

Le rapport souligne que l’incertitude continue de freiner les entreprises dans leurs nouveaux projets d’investissement, celles-ci continuant à gérer leurs finances de manière prudente.

Les perspectives de ventes restent globalement pessimistes en raison des inquiétudes généralisées concernant les effets du ralentissement économique, mais le rapport précise que les récentes enquêtes mensuelles suggèrent une certaine amélioration des perspectives des entreprises.

C’est particulièrement le cas des exportateurs, car peu d’entre eux ont été directement touchés par les droits de douane actuels. Toutefois, les exportateurs actuellement soumis à des droits de douane sectoriels américains, tels que les fabricants d’acier et d’aluminium et les entreprises du secteur automobile, continuent de faire état de perspectives moroses.

La faiblesse des prévisions de ventes à court terme est largement due aux « vastes répercussions du conflit commercial », indique le rapport.

Cela inclut la faiblesse des dépenses des entreprises en services et en biens d’équipement, la faiblesse des dépenses de consommation ou les craintes que les consommateurs commencent à dépenser moins, les perspectives moroses dans le secteur immobilier et les perspectives de ventes médiocres parmi les entreprises pétrolières et gazières.

DES INTENTIONS DE DÉPENSES À LA BAISSE

Par ailleurs, l’enquête sur les attentes des consommateurs indique que les intentions de dépenses ont encore diminué en raison des menaces persistantes de droits de douane. 

Les consommateurs continuent également de percevoir le marché du travail comme atone, dans un contexte de craintes accrues de pertes d’emplois.

« Le conflit commercial pousse les consommateurs à être de plus en plus prudents quant à leurs projets de dépenses et à changer leurs habitudes de consommation », précise l’enquête sur les attentes des consommateurs au Canada, ajoutant que de nombreux répondants ont dit vouloir privilégier les vacances au Canada et l’achat de produits canadiens.

Les attentes d’inflation à court terme des consommateurs n’ont guère évolué depuis leur forte hausse au premier trimestre de l’année.

« Les consommateurs s’attendent à de fortes hausses des prix des véhicules automobiles au cours des 12 prochains mois, mais leurs attentes relatives à la croissance des prix des biens et services essentiels ont diminué ce trimestre », peut-on lire.

« Plus de répondants ont dit que les droits de douane sont le facteur le plus important qui affecte la capacité de la Banque du Canada à contrôler l’inflation. »

L’enquête sur les perspectives des entreprises a été réalisée entre le 8 et le 28 mai, tandis que l’enquête sur les attentes des consommateurs a été menée entre le 24 avril et le 15 mai, avec des entretiens téléphoniques de suivi entre le 20 et le 26 mai.

Katherine Judge, économiste à la CIBC, souligne que le moment choisi signifie que la banque centrale n’a pas pris en compte la plus récente menace du président américain Donald Trump d’imposer un droit de douane général de 35 % sur les produits canadiens.

La période de l’enquête a également précédé le doublement des droits de douane sur l’acier et l’aluminium à 50 % par les États-Unis à partir du mois de juin.

Bien que la mise en conformité avec l’ACEUM limite l’effet d’un droit de douane général de 35 % sur les entreprises, elle précise que celles-ci restaient « prudentes face à l’incertitude commerciale accrue ».

« Les entreprises ont indiqué que leur capacité à répercuter les coûts liés à la hausse des droits de douane sur les consommateurs était limitée par la faiblesse de la demande, et de nombreuses entreprises absorbent ces coûts dans leurs marge s», indique Katherine Judge dans une note.

Ces rapports précèdent la prochaine décision de la Banque du Canada sur les taux d’intérêt et la publication de son rapport sur la politique monétaire, prévues le 30 juillet.

La sous-gouverneure Sharon Kozicki a indiqué dans un discours prononcé le mois dernier que la Banque du Canada s’appuyait davantage sur des sources de données alternatives, telles que des enquêtes, afin de réduire une partie de l’incertitude liée aux données économiques traditionnelles.

La banque centrale a maintenu son taux directeur inchangé à 2,75 % en avril et en juin.

Bien que ces enquêtes « ne devraient pas influencer la décision sur les taux de la semaine prochaine », Royce Mendes, directeur général et chef de la stratégie macroéconomique chez Desjardins, dit s’attendre à ce que la banque centrale « adopte un ton conciliant dans ses communications, ce qui pourrait raviver les anticipations de baisse des taux ».

« Les inquiétudes concernant la répercussion des droits de douane et les anticipations inflationnistes ont poussé la Banque du Canada à maintenir ses taux en juin, mais ces facteurs semblent moins préoccupants dans ces enquêtes », écrit Royce Mendes dans une note.

« Même si les banquiers centraux ne devraient pas assouplir leur politique monétaire la semaine prochaine, ils disposent d’une marge de manœuvre suffisante pour reprendre leur cycle de baisse plus tard dans l’année si l’économie continue de stagner. »

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