Les entreprises canadiennes craignent de perdre les protections de l’ACEUM

Par La rédaction | 31 October 2025 | Last updated on 30 October 2025
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Deux contenants se heurtent, un avec les couleurs du drapeau du Canada et l'autre avec les couleurs du drapeau des États-Unis.
wildpixel / iStock

La majorité des chefs d’entreprise au pays s’attendent désormais à devoir acquitter des tarifs douaniers pour accéder au marché américain, même en cas de nouvel accord de libre-échange. Un sondage de KPMG révèle l’ampleur de l’inquiétude du milieu des affaires face aux pourparlers commerciaux qui s’étirent entre le Canada et les États-Unis — des discussions désormais menacées, Donald Trump ayant annoncé vouloir y mettre un terme.

Selon le sondage annuel sur le budget fédéral 2025 mené par KPMG Canada, pour 88 % des chefs d’entreprise, la perte des protections actuelles de l’ACEUM représenterait le principal risque pour leur organisation. Plus largement, 93 % des répondants estiment qu’un dénouement défavorable des négociations commerciales avec les États-Unis constituerait la plus grande menace pour l’économie canadienne.

Les exemptions prévues par l’ACEUM protègent encore une grande partie des marchandises canadiennes, mais le cadre pourrait être redéfini par un nouvel accord, rappelle Joy Nott, associée, Douanes et commerce international chez KPMG. Elle précise toutefois qu’un éventuel accord bilatéral entre le Canada et les États-Unis, en remplacement de l’actuel traité trilatéral, pourrait survenir dès 2026, modifiant ainsi l’équilibre commercial nord-américain.

Quatre dirigeants sur cinq se disent favorables à la conclusion d’un accord exclusivement entre le Canada et les États-Unis. S’ils reconnaissent qu’un cadre trilatéral demeure préférable, la majorité considère qu’un pacte bilatéral représenterait une solution acceptable pour protéger les intérêts canadiens.

Dans un tel scénario, le Canada pourrait continuer à commercer librement avec le Mexique grâce à sa participation à l’Accord de partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP), bien que celui-ci repose sur des règles distinctes.

DES COÛTS QUI GRUGENT LA COMPÉTITIVITÉ
Bien que 88 % des répondants reconnaissent l’impact des tarifs douaniers américains, celui-ci s’est révélé plus modéré qu’anticipé jusqu’à maintenant. Les effets se font quand même sentir : 80 % des dirigeants affirment que les mesures de représailles canadiennes ont nui à leurs activités. Environ 82 % déplorent la perte de l’exemption de minimis, qui permettait d’expédier sans droits de douane des biens d’une valeur inférieure à 800 $ US vers les États-Unis.

« Le plein effet des droits de douane américains ne fait que commencer à se manifester, observe Lachlan Wolfers, leader national du cabinet juridique de KPMG. Jusqu’à maintenant, plusieurs entreprises ont choisi d’en absorber les coûts, mais de plus en plus commenceront à les transférer aux consommateurs. »

DES STRATÉGIES D’ADAPTATION À COURT TERME
Face à l’incertitude, la plupart des entreprises canadiennes ont adopté des mesures temporaires :

  • transport accéléré de marchandises avant l’instauration de nouveaux tarifs,
  • recours à des zones franches aux États-Unis,
  • ou encore évaluation de l’impact des droits sur leurs revenus.

Près de la moitié ont exploré de nouveaux marchés étrangers, mais peu ont encore entrepris des transformations structurelles, comme la création de corridors commerciaux alternatifs ou le transfert d’une partie de leur production aux États-Unis.

Selon les données du sondage, 94 % des entreprises ont évalué l’incidence des droits de douane sur leurs activités, 91 % ont exploré d’autres marchés et 65 % envisagent de relocaliser une partie de leur production. Toutefois, 73 % estiment ne pas avoir les moyens financiers d’investir dans la prospection de nouveaux marchés, en raison des coûts associés à la réglementation, au transport et à la recherche de fournisseurs.

UN CLIMAT D’ATTENTISME


Réalisé du 11 septembre au 2 octobre 2025 auprès de 501 dirigeants d’entreprises canadiennes, le sondage de KPMG met en lumière une économie sur le qui-vive : 75 % des répondants affirment avoir suspendu leurs investissements en attendant plus de clarté sur le plan commercial et budgétaire.

Près des deux tiers des entreprises sondées réalisent un chiffre d’affaires annuel supérieur à 500 millions de dollars, couvrant l’ensemble des grands secteurs de l’économie.

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La rédaction