Les taux devraient rester inchangés anticipent les experts

Par Sylvie Lemieux | 28 July 2025 | Last updated on 25 July 2025
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Façade de la Banque du Canada.
Marc Dufresne / iStock

À l’approche de l’annonce du 30 juillet sur le taux directeur, il y a consensus parmi les analystes : la Banque du Canada (BdC) devrait laisser ses taux inchangés. Si l’inflation globale demeure sous la cible, la vigueur de l’inflation sous-jacente et la résilience de l’économie incitent à la prudence.

Selon Desjardins, bien que l’inflation globale ait ralenti à 1,9 % en glissement annuel en juin, l’inflation de base — mesurée par l’IPC médian et l’IPC tronqué — a augmenté à 3,1 % et 3,0 % respectivement. La moyenne mobile annualisée sur trois mois a bondi à 3,4 %, annulant les progrès du mois précédent. Cette remontée, conjuguée à des ventes solides de véhicules neufs et à des hausses notables des prix des biens durables et des services, laisse croire que l’assouplissement monétaire devra attendre. Desjardins table ainsi sur un statu quo en juillet, suivi d’une possible baisse en septembre si l’économie continue de ralentir.

Randall Bartlett, économiste en chef adjoint chez Desjardins, souligne que les mesures d’inflation de base privilégiées par la Banque du Canada ont légèrement progressé en juin. L’IPC médian et l’IPC tronqué ont respectivement atteint 3,1 % et 3,0 %, effaçant l’amélioration observée en mai lorsque la moyenne mobile annualisée sur trois mois de ces indicateurs a bondi à 3,4 %.

Cette remontée de l’inflation sous-jacente constitue un facteur déterminant pour la politique monétaire. « Malgré les signes de ralentissement économique attribuables aux tensions commerciales avec les États-Unis, nous croyons que la Banque accordera davantage d’importance aux récents gains d’emploi et, dans une plus large mesure, au rebond de l’inflation de base », anticipe l’économiste de Desjardins.

UN MARCHÉ DU TRAVAIL ÉTONNAMMENT ROBUSTE

Du côté de CPA Canada, l’économiste en chef David-Alexandre Brassard souligne que « l’inflation de base se maintient obstinément au-dessus de la cible », en partie en raison des droits de douane qui pèsent sur les chaînes d’approvisionnement.

Néanmoins, la création de 80 000 emplois en juin, y compris dans l’industrie manufacturière, témoigne d’une économie résiliente. La situation semble même se stabiliser chez les manufacturiers qui ont dû réduire leurs effectifs en raison de la guerre commerciale avec les États-Unis, constate l’économiste.

Malgré le ralentissement du marché immobilier dans des centres comme Toronto et Vancouver, la stabilité des prix ailleurs au pays vient renforcer l’hypothèse d’un statu quo monétaire. David-Alexandre Brassard rappelle également que le Canada semble mieux résister aux tensions commerciales que prévu, même si la menace de droits de douane plane toujours.

IMMOBILIER : CONDITIONS MOINS FAVORABLES

Pour Philippe Simard, directeur hypothécaire au Québec pour Ratehub.ca, les données économiques récentes « n’offrent guère de raisons à la Banque du Canada d’abaisser ses taux pour l’instant ». Il relève aussi que le rendement des obligations canadiennes à cinq ans — qui sert de référence pour les taux hypothécaires fixes — a atteint un sommet en six mois, autour de 3 %, en raison des craintes persistantes liées à l’inflation au Canada et aux États-Unis. « En conséquence, plusieurs prêteurs ont haussé leurs taux hypothécaires fixes et pourraient être enclins à les augmenter de nouveau », affirme-t-il.

Dans ce contexte, les emprunteurs doivent composer avec des taux fixes en hausse et des taux variables qui stagnent. Philippe Simard conseille donc de se munir d’une préautorisation hypothécaire pour verrouiller les conditions actuelles. « Les conditions d’abordabilité dont profitent actuellement les acheteurs commencent à se détériorer », note-t-il.

Si le statu quo semble faire peu de doute à court terme, une reprise du cycle de baisse des taux n’est pas exclue d’ici la fin de l’année. De l’avis des experts, la Banque du Canada pourrait intervenir en septembre ou plus tard, selon l’évolution des indicateurs économiques, notamment l’inflation sous-jacente, l’emploi et les tensions commerciales avec les États-Unis.

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Sylvie Lemieux


Sylvie Lemieux collabore à Finance et Investissement et Conseiller.ca. Auparavant, elle a notamment écrit pour Les Affaires.