Plus de 20 patrons québécois ont atteint le salaire annuel moyen dès jeudi

Par La Presse Canadienne | 3 January 2025 | Last updated on 3 January 2025
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Le PDG d’un homme d’affaires assis en croisement sur un fauteuil exécutif.
ST.art / iStock

À peine l’année 2025 entamée, les patrons des plus grandes entreprises québécoises ont déjà gagné l’équivalent du salaire annuel moyen au Québec, d’après une analyse de l’Observatoire québécois des inégalités (OQI). 

À 11h05, jeudi, 21 présidents-directeurs généraux (PDG) d’une entreprise dont le siège social est au Québec avaient empoché 60 007 $ en 10,1 heures.

L’Observatoire avance que d’ici la fin de 2025, ces hauts dirigeants auront encaissé chacun en moyenne une rémunération de plus de 12,4 millions de dollars (M$), soit 206 fois plus que le salaire annuel moyen des travailleurs québécois. 

« C’est des multiples qui sont complètement faramineux et qui nous rappellent à quel point les inégalités économiques sont exacerbées même au Québec », commente en entrevue Geoffroy Boucher, économiste à l’OQI.  

C’est la deuxième année que l’organisation mène un tel exercice sur la rémunération des hauts dirigeants de compagnies en collaboration avec le Centre canadien des politiques alternatives (CCPA). Celui-ci fait une telle compilation depuis plusieurs années déjà. 

Leur analyse se penche sur les 100 chefs d’entreprises les mieux payés au Canada parmi les sociétés cotées à la Bourse de Toronto sous l’indice composé S&P/TSX. Elle tient compte non seulement des salaires, mais aussi de différentes formes de primes, telles que les bonus en argent et les options d’achat d’actions, qui sont divulguées dans des documents destinés aux actionnaires. 

L’an dernier, les PDG québécois avaient gagné l’équivalent du salaire annuel moyen vers 10h15 contre 11h05 cette année, ce qui représente « une très légère amélioration de la situation », affirme Geoffroy Boucher. 

« Étant donné qu’on est avec des chiffres quand même assez importants, lorsqu’il y a une petite hausse dans le salaire annuel moyen, disons que ça a beaucoup d’impact sur le multiplicateur. Il y a eu une augmentation de 57 000 à 60 000 $ du salaire annuel moyen au Québec dans le contexte de la crise inflationniste », souligne-t-il.

Les résultats présentés par l’OQI et le CCPA sont critiqués par l’Institut économique de Montréal (IEDM). Ce dernier estime que les deux organismes offrent « une perspective erronée en raison d’une utilisation sélective des données ». 

L’IEDM avance que, selon des données d’Industrie Canada, la rémunération des PDG des 100 plus grandes entreprises du pays représente un échantillon non probabiliste de 0,008 % des sociétés canadiennes. 

« Les PDG de ces entreprises ont tendance à employer une main-d’œuvre parmi les mieux rémunérées du pays, comme il s’agit également de certaines des plus productives. Il s’agit là notamment d’employés d’entreprises de télécommunications, des grandes banques ou du secteur des ressources naturelles, autant de secteurs réputés pour leurs salaires plutôt élevés », soutient le vice-président aux communications à l’IEDM, Renaud Brossard, dans un communiqué. 

L’IEDM croit qu’il aurait été plus pertinent de comparer le revenu moyen des travailleurs à temps plein avec celui des cadres supérieurs à temps plein. En se basant sur des données de Statistique Canada, l’organisation dit que le salaire moyen d’un cadre supérieur serait environ 2,7 fois plus élevé qu’un travailleur à temps plein. 

GAIN EN CAPITAL

Selon Geoffroy Boucher, les données de l’OQI et du CCPA révèlent que « les ressources sont distribuées très inégalement au sein de la société » québécoise, même si cette dernière est moins inégalitaire que d’autres juridictions. 

« C’est correct si leurs actionnaires décident qu’ils les rémunèrent autant, mais on peut se questionner si le travail que réalisent ces personnes-là vaut vraiment autant d’argent, considérant finalement qu’on vient accroître les inégalités économiques dans l’ensemble de la population », mentionne-t-il. 

Des inégalités exacerbées « peuvent diminuer notre capacité collective à relever les défis du 21e siècle », tels que la crise climatique ou celle du logement, indique l’économiste, citant notamment à ce sujet le Laboratoire sur les inégalités mondiales. 

Aux yeux de l’OQI, une meilleure redistribution de la richesse passe notamment par l’augmentation du taux d’inclusion du gain en capital. Lors de son dernier budget, le gouvernement Trudeau a annoncé que cet impôt passait de 50 à 66,7 % pour la tranche excédant 250 000 $ par année. Cette mesure est en vigueur depuis le 25 juin 2024. 

L’Observatoire croit que cette décision pourrait rapporter gros dans les coffres gouvernementaux, prenant en compte que les 21 PDG d’entreprises québécoises analysées détiennent des actions dont la valeur atteint 11,8 G$. 

Si ces patrons venaient à vendre ces actions, cela pourrait se traduire par 250 M$ en impôt à verser, avec l’hypothèse que 25% de la valeur des actions détenues par ces PDG représentent des gains en capital, avance l’Observatoire. 

« Nous, ce qu’on croit, c’est qu’il faut regarder davantage ce qui se passe au niveau du patrimoine, toute la richesse qui est accumulée au fil du temps. C’est là que les inégalités sont les plus exacerbées. Contrairement au revenu où nos politiques fiscales sont assez dynamiques dans la redistribution, ce n’est pas vraiment le cas pour le patrimoine. En fait, la richesse est très peu taxée », soutient Geoffroy Boucher. 

Il évoque que le 10 % des mieux nantis au Québec capte la moitié du patrimoine, contre 3 % pour 40 % des plus pauvres. 

UNE SEULE FEMME

Par ailleurs, l’OQI souligne qu’une seule femme se hisse dans le classement des 21 PDG d’entreprises québécoises analysées. 

L’Observatoire mentionne que ce constat est cohérent avec son rapport publié en novembre dernier, soutenant que les femmes étaient moins nombreuses à se retrouver parmi le groupe des mieux nantis que les hommes au Québec et au Canada. 

Se basant sur des données fiscales, il révélait que les femmes ont 64,6 % moins de chances que les hommes de faire partie du groupe des mieux nantis au Québec.

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