Portrait de la classe moyenne : plus diversifiée, mais plus endettée

Par La rédaction | 10 February 2025 | Last updated on 7 February 2025
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Homme d’affaires tenant une tablette avec des graphiques financiers. Planification, défis et stratégie d’affaires.
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Contrairement aux idées reçues, la classe moyenne au Québec ne s’est pas effritée au cours des 50 dernières années. C’est le principal constat d’un rapport publié par l’Observatoire québécois des inégalités, qui révèle que la taille de cette frange de la population a même légèrement augmenté, passant de 63,2 % en 1976 à 66,8 % en 2022. Cette croissance masque toutefois des transformations profondes dans la composition et les conditions de vie de cette frange de la population.

L’étude définit la classe moyenne comme les ménages dont le revenu après impôt se situe entre 75 % et 200 % du revenu médian ajusté, c’est-à-dire entre 40 997 $ et 109 324 $ pour une personne seule et entre 81 993 $ et 218 648 $ pour un couple avec deux enfants.

LE RÔLE CLÉ DES TRANSFERTS GOUVERNEMENTAUX
Le rapport souligne que sans l’intervention des transferts gouvernementaux et de la fiscalité, la classe moyenne aurait vu sa taille diminuer. En effet, si l’on ne considère que les revenus du marché, la proportion de la population québécoise appartenant à la classe moyenne serait passée de 54 % en 1976 à 48 % en 2022. Grâce aux politiques de redistribution, cette part atteint aujourd’hui près de 67 %.

« Si la classe moyenne a pu maintenir sa vigueur, c’est notamment grâce aux transferts gouvernementaux et à la fiscalité », affirme Geoffroy Boucher, économiste et auteur principal du rapport.

La situation diffère quelque peu dans le reste du Canada, où l’effet des mécanismes de redistribution est généralement moindre. La taille de la classe moyenne y est demeurée stable au cours de la période étudiée, regroupant environ 63 % de la population.

UNE DIVERSITÉ CROISSANTE DES PROFILS
Le visage de la classe moyenne québécoise a considérablement changé en un demi-siècle. Alors qu’en 1976, le modèle prédominant était celui du couple avec enfants, cette configuration ne représentait plus que 33,8 % des ménages de la classe moyenne en 2022. En revanche, les familles monoparentales et les personnes immigrantes ont vu leurs chances d’intégrer la classe moyenne augmenter.

De plus, les femmes occupent désormais un rôle prépondérant comme principales pourvoyeuses du ménage : 62 % des ménages où la femme est le soutien principal appartiennent à la classe moyenne, contre 53 % en 1976.

DES DÉFIS PERSISTANTS MALGRÉ LA CROISSANCE
Malgré cette progression, la classe moyenne fait face à des pressions croissantes. L’endettement des ménages a fortement augmenté : la proportion de la dette par rapport au revenu disponible est passée de 82 % à 120 % entre 1999 et 2019 au Québec, en raison principalement de l’achat d’une propriété. En 2022, 79 % des personnes faisant partie de la classe moyenne étaient propriétaires, par rapport à 76 % en 1976. Résultat : il faut aujourd’hui davantage de pourvoyeurs par ménage pour maintenir le même niveau de vie.

Si la diversification et la croissance de la classe moyenne sont des signes encourageants, le rapport met en garde contre les risques liés à l’augmentation de l’endettement et la nécessité d’une participation accrue au marché du travail pour maintenir le niveau de vie.

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La rédaction