Pour s’élever socialement, mieux vaut avoir des parents riches

Par La rédaction | 15 November 2024 | Last updated on 15 November 2024
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Homme d’affaires avec de l’argent dans sa poche et un pauvre travailleur avec une poche vide. Le concept d’inégalité des revenus de la population. Stratification sociale.
Diy13 / iStock

Selon un nouveau rapport de l’Observatoire québécois des inégalités, avoir des parents parmi les personnes les mieux nanties augmente considérablement les chances de connaître soi-même un succès financier similaire.

En effet, au Canada, une personne qui a des parents parmi les personnes les plus aisées ont environ 550 % (ou 6,5 fois) plus de chances de l’être elle-même. Au Québec, c’est environ 480 % plus de chances (ou 5,8 fois).

UN INDICE DU DÉCLIN DE LA MOBILITÉ SOCIALE ?

Pour Mamadou Diallo, chercheur en résidence à l’Observatoire et auteur du rapport, cette tendance, qui est en augmentation depuis les années 2000, pourrait signifier un déclin de la mobilité sociale.

« Peu d’études documentent la composition du sommet de l’échelle sociale. Pourtant s’intéresser aux personnes les mieux nanties est essentiel pour comprendre les dynamiques qui façonnent notre société et la persistance d’inégalités », explique celui qui est également étudiant au doctorat en études des populations à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS).

Le chercheur a utilisé la Banque de données administratives longitudinales de Statistique Canada pour brosser un portrait des populations mieux nanties (les 10 % les plus riches) au Québec et au Canada et cerner leur évolution au cours des deux premières décennies du 21e siècle.

Pour désigner le groupe des plus riches, il a regroupé les personnes touchant un revenu se situant dans le décile supérieur (top 10 %) de la distribution de revenu (incluant le gain en capital) après impôts et transferts. Au Québec, il est question d’un salaire moyen de 142 000 $ après impôt en 2021.

DES CHANCES INÉGALES

D’après le rapport, certaines personnes ont plus de chances que d’autres de se hisser au sommet de l’échelle sociale et de rejoindre le groupe des 10 % les plus riches. Parmi les faits saillants :

  • au Canada, les femmes ont 67,4 % moins de chances que les hommes de faire partie du groupe des gens les mieux nantis (au Québec, 64,6 % moins de chances) ;
  • au Québec, comparativement aux natifs, les immigrants ont 26,6 % moins de chances d’être parmi les personnes les mieux nanties, et au Canada, ils ont 21,1 % moins de chances ;
  • les célibataires au Canada et au Québec ont respectivement 56,2 % et 47,2 % moins de chances que les personnes mariées d’être parmi les personnes les mieux nanties ;
  • un niveau d’éducation supérieur au secondaire augmente considérablement les chances d’être parmi les personnes les mieux nanties (81 % au Canada et 95 % au Québec) ;
  • les 35-55 ans ont 146 % (ou 2,46 fois) plus de chances au Canada d’être parmi les personnes les mieux nanties, et 167 % (ou 2,67 fois) plus de chances au Québec, par rapport aux moins de 35 ans ;
  • avoir un enfant de moins de 18 ans réduit les chances d’être parmi les personnes les mieux nanties de 8,7 % au Canada, mais seulement de 2,3 % au Québec ;
  • habiter dans des régions urbaines de taille moyenne ou plus petite réduit légèrement ses chances d’être parmi les personnes les mieux nanties, en comparaison avec les grandes régions urbaines de plus de 500 000 habitants.

L’INFLUENCE DES POLITIQUES PUBLIQUES

Malgré des tendances générales similaires entre le Québec et le Canada, le rapport souligne également des différences notables, notamment en ce qui concerne le statut matrimonial et familial.

Par exemple, au Québec, avoir un conjoint de fait augmente les chances de faire partie des gens les mieux nantis, ce qui n’est pas le cas pour le Canada.

Ces distinctions signalent une influence des politiques publiques et des contextes économiques régionaux sur les chances d’accéder au statut de personne riche.

LA POINTE VISIBLE DE L’ICEBERG

Selon l’Observatoire québécois des inégalités, pour favoriser une meilleure distribution de la richesse, les pistes de solutions reposent sur une approche holistique et intersectionnelle pour analyser les inégalités économiques semblent donc prometteuses.

« Si cette étude apporte un éclairage précieux pour mieux comprendre les dynamiques à l’œuvre derrière la création et la persistance d’inégalités, elle est probablement la partie visible de l’iceberg », déclare Nathalie Guay, directrice générale de l’Observatoire québécois des inégalités.

À ce propos, l’Observatoire souligne un manque de données sur le patrimoine des personnes les mieux nanties. Les rendre accessibles est essentiel, d’après l’organisme, pour avoir un portrait plus juste de la situation.

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La rédaction