Transition énergétique : le secteur financier à la traîne 

Par La rédaction | 9 September 2024 | Last updated on 6 September 2024
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Vue aérienne par drone d'une éolienne au premier plan d'une centrale électrique au charbon.
shaunl / iStock

L’Agence internationale de l’énergie estime qu’atteindre l’objectif de limiter le réchauffement à 1,5 °C nécessiterait que 71 % de la production mondiale d’électricité provienne de sources renouvelables d’ici 2030. Pour y parvenir, des investissements massifs seraient nécessaires, en particulier de la part des institutions financières canadiennes. Or, selon le rapport Alimenter la transition : Le financement et les investissements dans le secteur de l’électricité par les institutions financières canadiennes, les promesses faites jusqu’à présent par ces institutions ne se traduisent pas par des avancées significatives.

DES LEADERS… ET DES RETARDATAIRES

Le rapport, publié par Investors for Paris Compliance, évalue les progrès de 13 grandes institutions financières canadiennes, y compris les six grandes banques, ainsi que Manuvie, Sun Life, Brookfield, Power Corporation, le Régime de retraite des enseignantes et enseignants de l’Ontario (OIRPC), le Régime de pensions du Canada (RPC) et la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ).

Seules trois institutions — l’OIRPC, la CDPQ et Brookfield — ont des niveaux d’investissement dans le secteur de l’électricité conformes aux objectifs climatiques. Parmi les banques, seule la Banque Nationale se distingue, bien qu’elle ne parvienne pas à atteindre le seuil de 71 % requis. En revanche, la Banque Scotia et Sun Life sont à la traîne avec respectivement 33 % et 26 % de leurs investissements dans les énergies renouvelables.

LE CHARBON ET LE GAZ : DES TALONS D’ACHILLE PERSISTANT

L’adoption de politiques d’exclusion du charbon reste un autre point faible pour le secteur financier canadien. Malgré des annonces, la plupart des institutions peinent à adopter des mesures efficaces. À l’exception de la BMO et de l’OIRPC, toutes ont instauré des politiques d’exclusion du charbon, mais celles-ci manquent souvent de rigueur. La CDPQ se distingue néanmoins par une politique solide qui exclut la majeure partie du financement du charbon.

En matière de gaz naturel, la situation est encore plus préoccupante. Le rapport souligne que l’alignement avec les objectifs carboneutres nécessite l’élimination progressive de l’électricité produite à partir de gaz sans dispositif de captage d’ici 2040. Cependant, aucune des institutions évaluées n’a mis en place de telles politiques.

Bien que Brookfield et d’autres aient engagé des plans de transition pour les actifs fortement émetteurs, le gaz naturel sans captage reste une composante persistante de leurs portefeuilles.

La CDPQ, bien que notée B pour sa performance globale, reçoit un D pour sa position sur le gaz naturel. Principal actionnaire du distributeur gazier Énergir, la CDPQ a défendu l’idée que le gaz a un rôle à jouer dans la transition énergétique, selon un article de La Presse. Un argument rejeté par Investors for Paris Compliance, qui estime que les justifications fournies par la CDPQ ne sont pas convaincantes.

UN ENGAGEMENT QUI RESTE À APPROFONDIR

L’engagement des institutions financières canadiennes envers la transition énergétique s’améliore, mais reste largement insuffisant. Certaines, comme la Banque TD, la RBC, Sun Life, le RREO et la CDPQ, commencent à établir des lignes directrices plus claires pour inciter leurs clients du secteur de l’électricité à transitionner vers des énergies renouvelables. Toutefois, seul le RREO a mis en place des politiques pour aider les entreprises qui n’ont pas de plans de transition adéquats.

FONDS IR : LES INVESTISSEMENTS À UN SOMMET AU T2

Du côté des flux vers les fonds d’investissement responsables (IR) au Canada, le deuxième trimestre (T2) de 2024 a été marqué par une hausse de 20,8 % par rapport au trimestre précédent. L’actif total a ainsi atteint un sommet de 60,9 milliards de dollars (G$), selon un récent rapport de l’Association pour l’investissement responsable.

Ce trimestre a vu le lancement de sept nouveaux produits d’IR, une légère hausse par rapport aux six fonds lancés au premier trimestre 2024. Ces nouveaux fonds ont tous été attribués à divers identifiants CIFSC, mais il est à noter qu’aucun n’a encore reçu l’intégration et l’évaluation ESG (environnement, social et gouvernance) ou le statut d’investissement d’impact.

Les données fournies par Morningstar révèlent que plus de 50 % des fonds durables se classent dans la moitié supérieure de leurs catégories respectives. Parmi ceux-ci, 38 % des fonds d’allocation durables se sont classés dans le premier quartile de leurs pairs, tandis que 30 % des fonds actions ont atteint la même position dans leur catégorie.

Cependant, les résultats ont été plus mitigés pour les fonds d’actions américaines. Bien que les fonds d’actions américaines durables se soient classés dans la moitié supérieure du groupe de référence, les fonds d’actions américaines durables axés sur les dividendes et les revenus ont, quant à eux, été classés dans la moitié inférieure.

Le deuxième trimestre 2024 a également été marqué par des sorties de capitaux dans les fonds durables, tant actifs que passifs. Les fonds passifs ont enregistré des sorties plus importantes, à hauteur de 1,6 G$, contre 442 millions de dollars pour les fonds actifs. Il est à noter que les fonds actifs n’ont enregistré des sorties que pour la deuxième fois en cinq ans.

Près de la moitié des fonds durables ont connu des sorties nettes au cours de ce trimestre.

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La rédaction