Vers un atterrissage en douceur pour l’économie

Par Nicolas Ritoux | 16 July 2024 | Last updated on 16 July 2024
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Une flèche accrochée à un parachute. Une illustration d'un Atterrissage économique en douceur
DNY59 / iStock

Les taux d’intérêt pourraient être assez bas d’ici un an pour que l’économie canadienne reprenne, croit Avery Shenfeld, économiste en chef à la CIBC.

« La croissance canadienne par habitant a été affaiblie par l’important afflux de population au cours des 18 derniers mois. Bien que cette croissance ait légèrement augmenté, elle n’a pas progressé aussi rapidement que le taux de chômage. Et si ce dernier pourrait baisser d’ici la fin de l’année, il ne devrait pas atteindre les niveaux observés il y a un an », analyse Avery Shenfeld.

L’expert note que l’inflation au Canada est revenue depuis plusieurs mois près de la barre des 2 % si l’on exclut les remboursements hypothécaires du panier de l’indice des prix à la consommation. Ceux-ci ont connu une inflation très élevée qui était ironiquement due aux hausses de taux effectuées par la Banque du Canada pour contrer l’inflation. Maintenant que l’inflation a diminué, c’est le bon moment pour commencer à abaisser à nouveau les taux — ce que la banque centrale a commencé à faire début juin. 

« Le quart de point du mois dernier n’est pas suffisant. Nous avons encore besoin de plusieurs baisses successives pour stimuler l’économie canadienne et en particulier les secteurs sensibles aux taux d’intérêt tels que l’immobilier », estime Avery Shenfeld.

« Il faut aussi s’attarder sur la question de la productivité, qui est la clef de l’expansion économique et de la hausse du niveau de vie. Nous devons augmenter le rendement horaire des travailleurs pour les payer davantage. Or la productivité a été très faible dans les 18 derniers mois, en partie à cause de la tiédeur de l’économie mais aussi du retard que nous avons pris sur les États-Unis. Nos entreprises doivent investir pour que le Canada puisse jouer un plus grand rôle dans les industries d’innovation qui génèrent les plus forts gains de productivité. Il nous faudrait pour cela une petite révolution en termes d’incitatifs à l’investissement », poursuit Avery Shenfeld.

L’écart s’est d’autant plus creusé que les États-Unis ont démontré une plus grande résilience que le reste du monde face aux hausses de taux. Pendant que la plupart des économies développées ralentissaient, l’économie américaine a, au contraire, enregistré une croissance accélérée, ce qui a pris l’économiste par surprise.

« La croissance américaine est cependant appelée à ralentir alors que les hausses de taux finissent par produire leur effet sur certaines portions de l’économie. La croissance de l’emploi a déjà ralenti et l’inflation également, tant en termes de prix que de salaires. À mesure que le ralentissement se confirme, la Réserve fédérale américaine pourra commencer à réduire ses taux, d’ici la fin 2024, puis au cours de 2025 », analyse Avery Shenfeld.

Dans ce contexte, la croissance des profits des sociétés pourrait décélérer au cours des trimestres à venir, et donc aussi celle du cours de leurs actions. Mais les baisses de taux auront simultanément un effet positif sur les prix des obligations. L’équilibre s’impose donc dans les portefeuilles de placements, insiste l’expert.

« Alors qu’en 2022, tant les actions que les obligations souffraient des hausses de taux d’intérêt, nous sommes désormais dans une période où les portefeuilles équilibrés promettent de bons rendements. Si l’économie réussit son atterrissage en douceur, caractérisé par un simple ralentissement suivi d’une reprise de la croissance mondiale d’ici 2025, les marchés d’actions finiront par reprendre de la vigueur. » 

Ce texte fait partie du programme Gestionnaires en direct, de la CIBC. Il a été rédigé sans apport du commanditaire.

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Nicolas Ritoux

Nicolas Ritoux est journaliste indépendant. Il collabore à Conseiller.ca depuis 2009.