Vers une baisse des taux pour la Fed

Par La rédaction | 16 July 2024 | Last updated on 15 July 2024
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Banque fédérale de réserve à Washington D.C.
Philip / AdobeStock

La Réserve fédérale américaine (Fed) devrait baisser son taux directeur dès le mois de septembre, avance Michael Brown, stratège de recherche principal chez Pepperstone, une agence de courtage en ligne.

Selon lui, la désinflation se poursuivant, des fissures commencent à apparaître sur le marché du travail tandis que la politique monétaire relative se durcit encore davantage.

UN POINT DE VUE S’APPUYANT SUR TROIS PILIERS

Les arguments en faveur d’une baisse des taux par le Federal Open Market Committee (FOMC), le plus tôt possible, continuent de croître, s’appuyant, d’après l’analyste, sur trois piliers principaux :

  • Une confiance accrue dans la désinflation.
  • Des fissures apparaissant sur le marché de l’emploi.
  • Une hausse continue du taux réel des fonds fédéraux.

L’INFLATION EN BAISSE

Du côté de l’inflation, s’il faut reconnaître que le rapport de juin sur l’Indice des prix à la consommation (IPC) pourrait mettre des bâtons dans les roues, il est clair que des progrès continuent d’être réalisés vers l’objectif de 2 %.

Ces progrès peuvent être jugés en fonction de nombreux indicateurs, même si la plupart, sinon tous, dressent un tableau relativement positif :

  • L’IPC de base, à 3,4 % en glissement annuel en mai, est à son plus bas niveau depuis trois ans.
  • L’IPC « supercore » en glissement annuel (services de base hors logement) a chuté en mai à 4,8 %, et ce pour la première fois cette année.
  • L’IPC de base, l’indicateur d’inflation préféré de la Fed, à 2,6 % en glissement annuel, se situe à son plus bas niveau depuis avril 2021.
  • L’IPC de base, sur une base mensuelle, à 0,08 % en mai, se situe à son plus bas niveau depuis novembre 2020.
  • La déflation des biens a continué de s’aggraver, l’IPC des biens de base ayant chuté à son rythme le plus rapide depuis plus d’une décennie en mai, alors que l’IPC des services de base a chuté — sur une base annuelle — à son rythme le plus rapide depuis trois mois.

De toute évidence, déclare Michael Brown, le travail n’est pas terminé en ce qui a trait à l’objectif cible de 2 %.

Cependant, comme c’est toujours le cas, il faut reconnaître que la politique monétaire fonctionne avec des « décalages longs et variables », souvent entre 18 et 24 mois, estime-t-il.

Par conséquent, les mesures prises récemment ne se feront pleinement sentir dans l’économie qu’à partir du milieu de l’année 2026.

C’est pourquoi le FOMC a indiqué que le comité recherchait la « confiance » dans le fait que l’inflation se rapproche de l’objectif de 2 %, plutôt que de l’atteindre complètement.

Selon le stratège de recherche principal, « attendre que l’objectif soit atteint entraînerait probablement une sous-estimation significative de l’inflation, car la normalisation commencerait beaucoup trop tard. Le bilan des données ci-dessus devrait permettre de croire que la bête inflationniste a été tuée, même si attendre jusqu’à la fin de l’été pour obtenir quelques points de données supplémentaires ne risque pas de faire beaucoup de mal ».

LE RALENTISSEMENT DU MARCHÉ DE L’EMPLOI

Bien que les chiffres sur le marché du travail aient dépassé les attentes, avec une augmentation de 206 000 emplois non agricoles en juin, ils ont été révisés à la baisse, de -111 000, par rapport aux données des deux mois précédents.

Dans l’ensemble, la moyenne sur trois mois des créations d’emplois a glissé à +177 000, le niveau le plus bas depuis février 2021, et bien en deçà du rythme « d’équilibre » de 225 000 à 250 000 de créations d’emplois nécessaire pour que la croissance de l’emploi suive le rythme de l’augmentation de la population active.

Des signes de fragilité similaires apparaissent également si l’on examine l’enquête auprès des ménages, pointe Michael Brown.

Bien que la participation ait augmenté de 0,1 point de pourcentage pour atteindre 62,6 % le mois dernier, le chômage a aussi augmenté, pour atteindre 4,1 %, le niveau le plus élevé depuis novembre 2021.

Non seulement il s’agit du troisième mois consécutif au cours duquel le chômage a augmenté, mais les données placent également l’économie à seulement 0,07 point de pourcentage du déclenchement de la « règle de Sahm » —, règle qui stipule qu’un tel ralentissement a commencé lorsque la moyenne mobile sur trois mois du taux de chômage national augmente de 0,5 point de pourcentage par rapport à son plus bas niveau des 12 derniers mois.

UNE HAUSSE CONTINUE DU TAUX RÉEL

Le troisième pilier est évident, d’après Michael Brown, lorsque l’on examine la position relative de la politique.

En maintenant le taux des fonds fédéraux stable, tandis que l’inflation continue de s’atténuer, il y a un resserrement mécanique de la position politique globale, alors que le taux réel des fonds fédéraux (ajusté à l’inflation) continue d’augmenter.

Bien qu’il existe de nombreux indicateurs que l’on peut utiliser et de nombreuses mesures d’inflation appropriées par lesquelles on peut actualiser le taux des fonds fédéraux pour obtenir une lecture « réelle », la mesure préférée du président de la Fed, Jerome Powell, est la suivante : soustraire du taux des fonds fédéraux le point mort d’inflation à un an.

L’utilisation d’un tel calcul montre que le taux réel des fonds fédéraux est désormais supérieur à 4 % et se situe en fait à son plus haut niveau depuis octobre 2023.

La prise en compte de ces trois facteurs permet d’expliquer les ajustements subtils, mais significatifs, de style « dovish », que le président Powell semble avoir apportés à son discours lors de ses récentes apparitions.

SUR LA VOIE DE LA DÉSINFLATION

Lors du forum de la Banque centrale européenne (BCE) à Sintra, au Portugal, au début de juillet, Powell a souligné les « risques bilatéraux » auxquels le FOMC est désormais confronté, tout en indiquant que l’économie américaine semble être de retour sur une « voie désinflationniste », rapporte Michael Brown.

Enfin, observe-t-il, Jerome Powell est ensuite allé un peu plus loin dans ses remarques devant la commission sénatoriale des finances, dans le cadre du témoignage semestriel Humphrey-Hawkins de la Fed, signalant que le marché de l’emploi semble être « complètement » à nouveau en équilibre, que l’économie n’est plus en « surchauffe » et que la politique monétaire est « en train de se stabiliser ».

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La rédaction