Espérance de vie : la longévité progresse, la santé recule

Par La rédaction | 22 January 2026 | Last updated on 21 January 2026
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Vérification de la pression artérielle.
FatCamera / iStock

Les Canadiens vivent longtemps, mais moins en bonne santé. Selon de nouvelles données publiées par Statistique Canada, l’espérance de vie ajustée sur la santé (EVAS) — un indicateur clé de la qualité de vie — a connu un recul marqué depuis la pandémie, effaçant plus d’une décennie de progrès à l’échelle nationale.

En 2023, un nouveau-né au Canada pouvait s’attendre à vivre en moyenne 66,9 ans en bonne santé, soit près de deux ans de moins qu’en 2019 et 2020, et 3,5 ans de moins qu’au sommet atteint au début des années 2010.

Cette baisse marque un tournant après deux décennies d’amélioration continue. Entre 2000 et 2012, l’EVAS à la naissance avait progressé de près de deux ans pour atteindre un sommet de 70,4 ans. Depuis, la tendance s’est inversée : l’indicateur a chuté de 3,5 ans depuis son pic de 2010-2012.

Contrairement à l’espérance de vie classique, qui ne tient compte que des taux de mortalité, l’EVAS intègre la qualité de vie liée à la santé. Elle combine les données de mortalité avec des informations sur l’état fonctionnel des individus, incluant notamment la mobilité, la douleur, la cognition, la vision et la santé émotionnelle.

Cet indicateur permet ainsi d’estimer non seulement combien d’années une personne peut espérer vivre, mais surtout combien de ces années seront vécues en bonne santé. L’agence fédérale indique que la baisse de l’EVAS résulte d’une combinaison de facteurs, notamment la réduction de l’espérance de vie observée après la pandémie et une détérioration de l’état de santé autodéclaré jusqu’en 2023.

À 65 ANS, UNE STABILITÉ TROMPEUSE

Paradoxalement, l’espérance de vie en bonne santé à 65 ans est demeurée relativement stable, s’établissant à 15,3 ans en 2023, soit un niveau comparable à celui de 2019 (15,2 ans) et 2020 (15,1 ans). Toutefois, Statistique Canada met en garde contre une interprétation trop optimiste de ces chiffres.

Les tendances particulières de mortalité et d’état de santé chez les aînés durant la pandémie — notamment dans les établissements de soins de longue durée — peuvent masquer des réalités contrastées. Si les années restantes en bonne santé n’ont pas diminué de façon marquée, elles ne progressent pas non plus, malgré l’allongement de l’espérance de vie totale.

FEMMES ET HOMMES : DES TRAJECTOIRES DIFFÉRENTES

Les femmes canadiennes continuent de vivre plus longtemps que les hommes, et ce, tant en années totales qu’en années vécues en bonne santé. En 2023, une fille née au Canada pouvait espérer vivre 84 ans, dont 67,7 ans en bonnesanté, comparativement à 79,6 ans et 66,4 ans en bonne santé pour un garçon.

Cependant, parce qu’elles vivent plus longtemps, les femmes passent aussi davantage d’années avec des limitations liées à leur état de santé. En proportion, les hommes passent une part légèrement plus élevée de leur vie en bonne santé, tant à la naissance qu’à 65 ans. Cette dynamique confirme l’absence de véritable « compression de la morbidité », un objectif souvent associé à l’allongement de la vie.

DES ÉCARTS PERSISTANTS SELON LE REVENU

Les inégalités socioéconomiques demeurent fortement associées à la santé tout au long de la vie. En 2023, l’écart d’EVAS à la naissance entre les Canadiens appartenant aux quintiles de revenu les plus élevés et les plus faibles atteignait 8,1 ans, un niveau comparable à celui observé avant la pandémie.

À 65 ans, l’écart était plus réduit, mais toujours significatif, avec 2,4 années de vie en bonne santé de différence entre les groupes de revenu. Ces disparités soulignent l’influence persistante des déterminants sociaux — comme le logement, le niveau de scolarité et l’accès aux soins — sur la qualité de vie liée à la santé.

LE QUÉBEC EN TÊTE, MAIS EN RECUL

L’EVAS varie considérablement d’une province à l’autre. En 2023, le Québec affichait l’espérance de vie en santé à la naissance la plus élevée au pays, à 70,4 ans, tandis que Terre-Neuve-et-Labrador enregistrait le niveau le plus faible, à 63 ans.

Malgré cette position favorable, le Québec n’échappe pas à la tendance générale de recul observée depuis 2020. À 65 ans, la province se démarque également avec l’EVAS la plus élevée, à 16 ans, mais là encore, les gains demeurent limités.

UN SUIVI PLUS SERRÉ

Alors que le Canada poursuit sa sortie de crise sanitaire, l’évolution future de l’EVAS sera scrutée de près. Les futures estimations permettront de mieux comprendre si le Canada parvient à se remettre des répercussions directes et indirectes de la pandémie, et d’identifier les facteurs en jeu, notamment l’accès aux soins de santé, les problèmes de santé chroniques et les déterminants sociaux, comme l’éducation, le logement et le soutien social.

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La rédaction