Fintech : après l’euphorie, le marché revient à la discipline

Par La rédaction | 4 March 2026 | Last updated on 3 March 2026
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Texte lumineux "FINTECH" superposé à un globe numérique et à des données financières colorées.
Vertigo3d / iStock

Après un sommet alimenté par quelques mégatransactions en 2024, les investissements dans les technologies financières au Canada ont nettement ralenti en 2025. Le coup de frein n’a toutefois rien d’un effondrement.

Selon le rapport Pulse of Fintech H2 25 de KPMG International, les capitaux injectés se sont établis à 2,4 milliards de dollars américains (G$ US) dans 113 transactions, un retour à un rythme plus « habituel » pour l’écosystème.

En comparaison, 2024 avait été marquée par 9,9 G$ US investis dans 161 transactions, un total gonflé par deux opérations d’envergure exceptionnelle. Le contraste est frappant, mais il traduit surtout un changement d’attitude : les investisseurs semblent désormais privilégier la qualité et la robustesse des modèles d’affaires à la course aux volumes.

« L’intérêt pour les investissements dans les technologies financières canadiennes continuera de croître en 2026, puisque les investisseurs accordent la priorité à la qualité, à l’évolutivité et à l’adéquation stratégique, ce qui indique que le marché mûrit et s’aligne davantage sur la création de valeur à long terme », affirme Dubie Cunningham, associée au sein du groupe Services bancaires et marchés de capitaux de KPMG au Canada.

UN SECOND SEMESTRE PLUS DYNAMIQUE

L’activité s’est accélérée en deuxième partie d’année. Si le premier semestre avait vu 1,4 G$ US investis dans 71 transactions, le second a généré 988,6 millions de dollars américains (M$ US) sur seulement 42 transactions. Cette concentration témoigne d’une sélectivité accrue : les investisseurs privilégient désormais les entreprises matures dotées de plateformes évolutives et de modèles éprouvés.

Les trois plus importantes transactions de l’année illustrent bien cette tendance.

En tête, le rachat de Converge Technology Solutions par le fonds de capital-investissement H.I.G. Capital pour 898 M$ US.

Suivent le financement par actions de Wealthsimple de 536 M$ US, codirigé par Dragoneer Investment Group et GIC avec la participation d’Investissements RPC, puis l’acquisition de Rail par Ripple pour 200 M$ US afin de renforcer sa plateforme de cryptomonnaies stables.

LE CAPITAL DE RISQUE RESTE STABLE

Malgré la baisse du nombre de transactions, le capital de risque a maintenu son niveau d’investissement à 1,2 G$ US, comparativement à 120 transactions en 2024 contre 82 en 2025. La majorité de cette activité s’est concentrée en fin d’année : le quatrième trimestre a enregistré 640,6 M$ US investis dans seulement 12 transactions, le trimestre le plus dynamique depuis le sommet pandémique de 2021.

Le capital de risque d’entreprise a également progressé, atteignant 313 M$ US dans 25 transactions, en hausse par rapport aux 242 M$ US de 2024. Le troisième trimestre s’est avéré particulièrement actif avec 190 M$ US investis, les sociétés se concentrant sur des partenariats ciblés et des acquisitions stratégiques.

L’IA ET LES CRYPTOACTIFS EN VEDETTE

Les secteurs de l’intelligence artificielle (IA) et de l’apprentissage machine ont capté le plus grand nombre d’investissements, suivis des actifs numériques qui enregistrent pour la quatrième année consécutive un record de transactions.

« Les technologies financières axées sur l’IA gagnent énormément en popularité auprès des investisseurs, ce qui s’explique par la capacité du secteur à réaliser des gains d’efficience et à créer de la valeur grâce à l’automatisation et aux analyses de données avancées », explique Kareem Sadek, leader national des Services en gestion des risques technologiques chez KPMG au Canada.

« Au moment où les institutions financières modernisent leurs modèles d’exploitation, elles cherchent des solutions d’IA évolutives qui ne se contentent pas de rationaliser les processus, mais qui transforment fondamentalement la prise de décisions », ajoute-t-il.

Du côté des actifs numériques, l’adoption de la loi GENIUS aux États-Unis a stimulé l’investissement dans ce domaine. Au Canada, le cadre réglementaire fédéral pour les cryptomonnaies stables constitue un tournant majeur, offrant aux investisseurs institutionnels une clarté réglementaire accrue et alignant l’écosystème canadien sur les normes internationales.

« Nous nous attendons à une hausse importante de l’intérêt des investisseurs dans l’écosystème des actifs numériques », prédit Kareem Sadek.

Les enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) et les technologies vertes, la réglementation, les paiements, l’assurance et l’immobilier ont également continué d’attirer les capitaux, tandis que la cybersécurité et les technologies de gestion du patrimoine ont suscité moins d’enthousiasme.

LES BANQUES CONCURRENTES À SURVEILLER

Pour 2026, Dubie Cunningham anticipe une progression marquée des banques concurrentes, favorisée par l’arrivée à maturité du financement et de l’évolutivité de ces acteurs.

« Le marché canadien des banques concurrentes progressera bien en 2026, alors que de nouveaux joueurs lanceront des produits concurrentiels, amélioreront l’expérience client et établiront de nouveaux partenariats. Le déploiement du système bancaire ouvert, prévu cette année, servira également de catalyseur pour attirer davantage d’investissements dans le secteur », souligne-t-elle.

UN CONTEXTE MONDIAL EN REPRISE

À l’échelle mondiale, le secteur des technologies financières a franchi un tournant en 2025. Après trois années de baisse, les investissements ont atteint 116 G$ US dans 4 719 transactions, comparativement à 95,5 G$ US dans 5 533 transactions en 2024.

Dans les Amériques, les investissements ont progressé de 55,4 G$ US en 2024 à 66,5 G$ US en 2025, même si le volume des transactions a reculé de 2 627 à 2 409. Les États-Unis ont enregistré une croissance spectaculaire, passant de 42,4 G$ US à 56,6 G$ US.

Cette dynamique mondiale, conjuguée aux avancées réglementaires canadiennes, laisse entrevoir un redémarrage du secteur fintech au pays dans les prochains mois, selon KPMG.

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La rédaction