Le don entre vifs : un geste généreux réservé, mais pas pour tous

Par Anabelle Corbeil | 29 September 2025 | Last updated on 26 September 2025
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Femme tenant une boule de neige en forme de cœur, gros plan des mains
venuestock / iStock

Dans l’imaginaire collectif, faire un don entre vifs évoque la noblesse d’un geste altruiste : transmettre, de son vivant, une part de son patrimoine à une personne chère, qu’il s’agisse d’un héritier ou d’un proche.

L’idée séduit : contourner les lourdeurs de la succession, offrir une aide concrète, témoigner de son affection de manière tangible.

Toutefois, derrière cet élan de générosité se cachent bien des subtilités, et tous les profils de donateurs ne disposent pas des mêmes marges de manœuvre. Car en matière de transmission anticipée, le contexte financier demeure roi.

UN DISPOSITIF FISCAL ATTRACTIF… DANS CERTAINES LIMITES

Les règles fiscales entourant le don entre vifs sont, il faut le reconnaître, particulièrement souples au Canada.

Il est important de préciser qu’aucun impôt n’est prélevé par le fisc ni sur le montant du don d’argent ni du côté du bénéficiaire. Cette absence de taxation rend le don en espèces particulièrement avantageux pour celui ou celle qui souhaite optimiser sa stratégie fiscale.

Il convient cependant de distinguer les particularités propres aux différents types d’actifs. Par exemple, la vente préalable de placements ou le retrait de fonds enregistrés, comme le REER, engendre une fiscalité non négligeable. En revanche, le retrait d’un CELI échappe à l’impôt, renforçant encore l’attrait de cet outil de transmission.

LE REVERS DE LA MÉDAILLE : LA SÉCURITÉ FINANCIÈRE AVANT TOUT

Pour autant, la décision de donner, aussi séduisante soit-elle en théorie, ne saurait s’envisager à la légère. Elle doit s’inscrire dans une analyse rigoureuse de la capacité financière du donateur. Transférer une part significative de ses avoirs, c’est renoncer à leur usage, parfois irréversiblement. Cette réalité prend tout son sens lorsque l’on considère la longévité croissante, l’inflation du coût de la vie, ou encore la survenue possible d’événements imprévus, comme une maladie ou la perte d’autonomie.

Un exemple frappant : un donateur disposant d’un portefeuille de 700 000 $ et dont le coût de vie annuel atteint 130 000 $ ne pourrait couvrir qu’environ 5,83 années de dépenses, en conservant tout son capital. S’il opte pour un don massif de son vivant, cet horizon de sécurité s’effondre. Il se retrouve alors dépourvu de la marge de manœuvre nécessaire pour faire face à l’avenir. La générosité, certes, mais à quel prix ?

ENTRE TRANSMISSION ET PRUDENCE : TROUVER L’ÉQUILIBRE

La sagesse commande donc de ne pas céder à la précipitation. La première étape consiste à évaluer ses propres besoins :

  • Quelles sont mes dépenses incompressibles ? ;
  • Quelles sont mes sources de revenus futures ? ;
  • Le don envisagé risque-t-il de fragiliser ma sécurité ou celle de mes proches ?

Autant de questions que chaque potentiel donateur doit se poser avant de s’engager.

En définitive, si le don entre vifs est un outil de transmission remarquable pour celles et ceux bénéficiant d’une assise financière solide, il s’avère risqué, voire inopportun, dans le cas des personnes dont le patrimoine est plus modeste ou qui se trouvent dans des situations d’incertitude. Le plus bel acte de générosité reste celui qui n’hypothèque ni la liberté ni la dignité de la personne qui donne.

Concluons ainsi : la bienveillance, pour rayonner pleinement, exige la lucidité d’un examen rigoureux de ses moyens. Car offrir, c’est aussi veiller à ne jamais se démunir entièrement. Voilà le secret d’une transmission éclairée, où la générosité peut s’exprimer sans regret.

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Anabelle Corbeil

Fonceuse, ambitieuse, et déterminée, Anabelle Corbeil est passionnée par les stratégies financières et l’optimisation fiscale. Cette collaboratrice externe auprès de Conseiller.ca accompagne ses clients à la Financière Banque Nationale en tant que conseillère en gestion de patrimoine associée, fiscaliste et planificatrice financière. Son objectif est de les aider à structurer leur patrimoine, maximiser leur croissance et atteindre leurs ambitions financières en toute confiance.

Grâce à sa formation en fiscalité et en planification financière, soit un baccalauréat en finance de l’ESG UQAM (2023) et une maîtrise en fiscalité de l’Université de Sherbrooke (2024), elle apporte une approche stratégique et personnalisée à chaque situation. Lauréate du prix Relève RBC au gala Les Talentueuses de l’Association des femmes en finance du Québec (2023), Anabelle Corbeil est ambassadrice de l’Institut de planification financière.