Gestion des risques : l’IA redéfinit les règles du jeu

7 July 2025 | Last updated on 4 July 2025
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Thinking AI humanoïde robot analysant l’écran hologramme montrant le concept Big Data.
NanoStockk / iStock

L’intelligence artificielle (IA) n’est plus un simple outil d’automatisation dans le domaine de la gouvernance, des risques et de la conformité (GRC). Pour les entreprises les plus matures, elle devient un véritable catalyseur stratégique qui transforme la façon dont elles anticipent, évaluent et gèrent leurs risques.

C’est ce que révèle une étude menée par AuditBoard en partenariat avec Panterra Research auprès de plus de 400 professionnels de la GRC aux États-Unis, au Canada, en Allemagne et au Royaume-Uni. Les résultats dessinent un paysage où les écarts se creusent entre les organisations, selon leur niveau de maturité technologique.

D’après le rapport, 72 % des entreprises les plus matures utilisent l’IA pour suivre les risques de manière proactive, contre seulement 52 % des organisations moins avancées. Par ailleurs, les leaders sont six fois plus susceptibles d’appliquer l’IA à travers plusieurs fonctions GRC.

Cette différence ne s’arrête pas à l’adoption technologique. Plus de la moitié des entreprises matures (55 %) utilisent déjà l’IA pour la modélisation prédictive des risques, la définition de leur posture de risque et la planification stratégique. Elles ne se contentent plus de vérifier la conformité a posteriori, mais anticipent et simulent les impacts réglementaires avant leur mise en œuvre.

TROIS NIVEAUX DE MATURITÉ IDENTIFIÉS
L’étude identifie trois stades distincts dans l’adoption de l’IA en matière de GRC :

  • Base Camp (Expérimental et fragmenté) : Seulement 14 % de ces organisations utilisent l’IA de façon significative. La plupart expérimentent des tâches spécifiques comme la révision de documents ou les alertes automatisées, mais sans cohésion d’ensemble. Environ 55 % utilisent un suivi automatisé, mais les données restent dispersées.
  • Ascension (Opérationnel, mais non intégré) : À ce niveau, environ 34 % des organisations utilisent l’IA dans les fonctions de risque et de conformité, mais 85 % rapportent une intégration partielle. Les systèmes fonctionnent en silos et les données restent incohérentes.
  • Summit (Stratégique, intégré et évolutif) : 76 % de ces organisations utilisent l’IA à la fois pour le risque et la conformité. La modélisation prédictive (55 %) et les flux de travail automatisés (52 %) sont des outils standard. L’IA fait partie intégrante de l’infrastructure.

UN AVANTAGE CONCURRENTIEL
« Pour que l’IA fasse véritablement évoluer les fonctions GRC, les entreprises doivent donner la priorité à l’intégration, à des cadres de gouvernance solides et à des stratégies collaboratives interfonctionnelles », soutient Michael Rasmussen, chef de la direction de GRC Analyst & Pundit.

Cette transformation va bien au-delà des gains d’efficacité. Les organisations les plus avancées utilisent l’IA pour transformer la conformité en moteur de croissance : 44 % des entreprises les plus matures prévoient d’investir davantage dans la gestion des risques basée sur l’IA au cours des 12 prochains mois, doublant ainsi leurs retours sur investissement.

« Nous croyons que la conformité peut être un catalyseur de croissance pour les entreprises lorsqu’elle est gérée efficacement, souligne Rich Marcus, directeur de la sécurité de l’information chez AuditBoard. L’intégration de l’IA dans toutes les fonctions GRC peut aider les entreprises à se différencier de leurs concurrents. »

DES DÉFIS PERSISTANTS
Malgré ces avancées, des obstacles demeurent. L’intégration reste le principal défi à tous les niveaux de maturité : seulement 39 % des organisations déclarent avoir une forte intégration entre conformité, sécurité informatique et gestion des risques.

L’explicabilité constitue l’autre barrière majeure. Plus de la moitié des répondants estiment avoir besoin d’une meilleure précision et transparence avant d’étendre l’utilisation de l’IA dans les décisions de conformité. Dans les secteurs fortement réglementés, la traçabilité et la justification de chaque décision restent non négociables.

L’IA AGENTIQUE, LA PROCHAINE FRONTIÈRE
Les organisations les plus avancées se préparent déjà à l’étape suivante : l’IA agentique, capable d’agir de manière semi-autonome dans des limites définies. Ces systèmes pourront déclencher automatiquement des audits, mettre à jour des politiques à la suite de changements réglementaires, ou ajuster des contrôles sans intervention humaine.

L’étude montre que le chemin vers la maturité IA en matière de GRC n’est pas seulement technologique, mais organisationnel. Il nécessite une vision claire, une gouvernance solide et surtout, la volonté de faire de la conformité un levier de croissance plutôt qu’une simple contrainte réglementaire.

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