Finance durable : les cinq piliers d’un véritable portefeuille à zéro émission nette

Par La rédaction | 29 April 2025 | Last updated on 29 April 2025
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Objectif environnemental de l’entreprise verte, stratégies de développement des entreprises avec conservation de l’environnement. Communauté verte.Nouvelle entreprise verte.
Khanchit Khirisutchalual / iStock

Alors que des milliers de milliards de dollars d’actifs sont désormais engagés vers la neutralité carbone d’ici 2050, les émissions mondiales continuent paradoxalement d’augmenter. Les portefeuilles à zéro émission nette actuels masquent souvent une réalité décevante : la simple réduction des émissions financées ne suffit pas à combattre le changement climatique. Une nouvelle approche s’impose, selon l’Association pour l’investissement responsable (AIR), qui propose une refonte complète de l’approche d’investissement.

LES LIMITES DES STRATÉGIES ACTUELLES
L’approche conventionnelle, basée sur la réduction progressive des émissions financées dans un portefeuille, présente des failles majeures. Un sondage réalisé en 2023 par l’AIR révèle d’ailleurs qu’un tiers des propriétaires d’actifs doutent de l’efficacité réelle de leurs stratégies sur les émissions dans le monde physique.

La réduction des émissions d’un portefeuille est souvent obtenue en se séparant d’actifs ou de régions à fortes émissions, souligne l’AIR. Cette pratique permet certes d’améliorer l’empreinte carbone sur le papier, mais ne contribue nullement à la diminution concrète des émissions globales.

Plus préoccupant encore, cette méthode conduit fréquemment à l’exclusion des marchés émergents, limitant ainsi l’accès aux capitaux précisément là où ils seraient les plus nécessaires pour financer la transition énergétique. Sans compter que la restriction de l’univers d’investissement peut engendrer des allocations sous-optimales et des rendements inférieurs.

DE LA COMPTABILITÉ CARBONE À L’IMPACT RÉEL
L’AIR propose une redéfinition fondamentale : un investisseur zéro émission nette devrait être « une personne qui agit de manière à maximiser sa contribution à la réduction des émissions dans le monde réel et à une transition socialement responsable, sans compromettre les rendements des investisseurs ou les responsabilités fiduciaires. »

En d’autres termes, il s’agit de « réduire les émissions financées (émissions liées aux activités d’investissement) » pour plutôt « financer la réduction des émissions » — un changement de paradigme particulièrement pertinent dans un contexte politique moins favorable aux objectifs climatiques ambitieux.

UNE ARCHITECTURE EN CINQ PILIERS
Pour construire un portefeuille véritablement efficace, l’AIR recommande une approche structurée autour de cinq éléments complémentaires :

  1. Des allocations dédiées aux solutions climatiques : investissements dans les énergies renouvelables, le stockage d’énergie, la mobilité électrique ou l’hydrogène vert. Ces secteurs, portés par une croissance structurelle, pourraient offrir « une source de rendement différenciée ».
  2. Des allocations dédiées aux actions et à la dette de transition : soutien aux émetteurs à fortes émissions, mais dotées de plans de décarbonation crédibles, ou fournissant des ressources essentielles à la transition. Malgré leurs émissions élevées, ces acteurs présentent un potentiel de rendement et d’impact important, selon l’AIR.
  3. Des investissements traditionnels privilégiant l’engagement : pour le cœur de portefeuille, favoriser le dialogue actionnarial plutôt que l’exclusion systématique, afin d’inciter les entreprises à accélérer leur décarbonation.
  4. Une approche adaptée pour les titres souverains : utiliser l’engagement pour les obligations nationales, tout en allouant des capitaux aux pays progressant vers la neutralité carbone, notamment via des obligations vertes ou durables.
  5. Une stratégie spécifique pour les marchés privés et actifs réels : exploiter l’influence significative des investissements privés pour contribuer directement au développement d’infrastructures bas-carbone.

RENOUVELER LES MÉTRIQUES D’ÉVALUATION
Ce changement d’approche nécessite l’adoption de nouveaux indicateurs, au-delà de la simple mesure des émissions financées. L’AIR suggère notamment d’évaluer le « carbone évité » pour les solutions climatiques, la réduction des émissions pour les investissements de transition, et l’alignement des actifs (proportion d’entreprises ayant des objectifs scientifiquement fondés) pour l’ensemble du portefeuille.

Dans un monde qui n’est « pas du tout sur la bonne voie pour atteindre un niveau d’émissions nettes nulles d’ici 2050 », cette approche renouvelée pourrait permettre aux investisseurs de contribuer efficacement à la décarbonation de l’économie, tout en préservant leurs objectifs de rendement.

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La rédaction