L’autre transmission de patrimoine

8 May 2014 | Last updated on 8 May 2014
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Louis Khalil

DANS SES VEINES, l’engagement communautaire coule à flots. Au rythme du fleuve, au rythme de l’homme. Tranquille et sûr de la direction à prendre. Depuis Rimouski, Louis Khalil apprivoise les vents de face pour soutenir la jeunesse de sa région.

S’impliquer? Ce n’est pas une question de génétique, mais plutôt de philosophie pour Louis Khalil, premier vice-président et gestionnaire de portefeuille à la Financière Banque Nationale pour le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie. « Tu commences et cela te donne le goût de continuer. Tu ne comptes pas. Tu y vas, c’est tout », affirme l’homme au bout du téléphone. Et quitte à s’investir, autant y aller avec ses convictions de cœur. Dénominateur commun des causes qu’il appuie depuis plus d’une quinzaine d’années : la jeunesse. Celle qu’il veut aider à grandir, à persévérer à l’école ou à croire en son potentiel. Il y voit un parallèle avec son travail en gestion de patrimoine : « bâtir, gérer et surtout transmettre aux prochaines générations ».

Cap sur la jeunesse En 1999, il met sur pied la Fondation Ernest-Simard pour venir en aide aux enfants démunis du Bas-Saint-Laurent. « Depuis trois ans, une activité de financement hors norme a lieu : La traversée des Chic-Chocs, qui se déroule sur trois jours. Cette initiative de la Banque Nationale dans la région nous a permis de récolter 25 000 $ pour la Fondation et de les redistribuer à des programmes locaux liés à la santé, l’éducation et la jeunesse », explique Louis Khalil, qui préside la Fondation depuis 15 ans.

En bon capitaine, M. Khalil pose son regard sur l’horizon. Et, pour éviter les écueils du décrochage scolaire chez les garçons de la région (taux supérieur à la moyenne provinciale), il met le cap sur la persévérance scolaire dès 2001.

« Avec un ami, nous avons créé une équipe de football au Cégep de Rimouski, les Pionniers. Une façon de ralentir l’exode des jeunes et de les maintenir à l’école le plus longtemps possible. L’objectif est simple pour les étudiants athlètes : réussir à l’école pour continuer à avoir leur place dans l’équipe. Une belle motivation », croit M. Khalil.

L’homme ne s’arrête pas là pour autant. En 2011, il obtient un don de 100 000 $ de la Banque Nationale grâce à ses efforts et à son implication personnelle en tant que président de l’équipe de football collégiale. Versé à la Fondation du Cégep, l’argent a permis d’acheter des équipements neufs et de créer la Ligue de Mini-Football de Rimouski pour les jeunes de neuf et dix ans. De quoi assurer la relève…

D’où lui vient la piqûre? « Dans mon domaine, on est choyé financièrement. Mais, est-ce que mon objectif est de gagner toujours plus ou d’équilibrer ma vie? Famille, travail, loisir et implication sociale : pour moi, ces trois bulles doivent être de la même taille », dit M. Khalil. Porteur de ballon comme de projets, Louis Khalil puise les forces de son engagement personnel dans ses valeurs familiales et sa proximité avec la communauté rimouskoise. Un territoire où ses racines sont ancrées depuis l’arrivée de son père, un immigrant égyptien professeur en chimie et en océanographie à l’Université du Québec à Rimouski, en 1970.

Véritable moteur de changement, son implication inspire. Autour de lui, ses collègues s’engagent dans leur communauté. Et, lors du tournoi de golf organisé pour financer les activités de l’Auberge du Coeur – Le Transit, qui s’occupe de jeunes itinérants ou en situation précaire, il n’est pas rare qu’il y rencontre des membres de son équipe ou ses clients. Sa famille embarque aussi, puisque ses trois enfants y participent comme bénévoles.

De la reconnaissance À 45 ans, Louis Khalil a déjà récolté des prix… de carrière. Entre autres, le prix Hommage Bénévolat-Québec, reçu en 2011 des mains de Julie Boulet, alors ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, le prix Excellence communautaire Telus et le Prix d’excellence de la Fondation de l’UQAR en 2012.

Sans compter la gratitude de tous les élèves issus du programme de football collégial. En 2012, lors d’une soirée organisée pour fêter les dix ans de l’équipe, une dame lui confiait que son garçon n’aurait jamais terminé sa 5e secondaire sans le football. « Ce genre de commentaire n’a pas de prix », confie-t-il. À l’image des grands de coeur, Louis Khalil a l’humanité au creux de la voix. Modeste et enthousiaste, prêt à s’émouvoir de ces petites victoires de la vie.

Pour les années à venir, l’homme cogite sur un nouveau projet, mais chut ! « Je m’assure avant de m’impliquer que cela va marcher. Je ne mets pas un pied en avant sans savoir si c’est solide. »

Louis Khalil

ADMIRE… Bernard Voyer, un explorateur rimouskois qui a gravi les montagnes les plus hautes des sept continents. « Je l’ai côtoyé pour préparer mon ascension du Kilimandjaro en 2008, dans le cadre de la collecte de fonds organisée pour la construction de la Maison Marie-Elisabeth (centre de soins palliatifs). »

DÉPLORE… Que l’on ne se préoccupe pas assez des générations futures. « Nos enfants et nos petits-enfants auront-ils la même qualité de vie que nous ? Il faut nous en assurer, collectivement. »

AIMERAIT QUE… Les bienfaits du sport soient plus valorisés et reconnus en santé et en éducation, notamment pour lutter contre le décrochage scolaire.

MÉDITE SOUVENT CETTE PHRASE : « Nous ne savions pas que c’était impossible, alors nous l’avons fait. » – Jean Cocteau