Les fintechs canadiennes maintiennent le cap dans un contexte difficile

Par Sylvie Lemieux | 17 September 2025 | Last updated on 5 December 2025
3 min read
Morceaux de puzzle et le concept de réseau mondial.
metamorworks / iStock

Malgré un environnement économique incertain marqué par les tensions géopolitiques et la guerre commerciale américaine, les investissements dans les entreprises de technologies financières canadiennes ont fait preuve de résilience au premier semestre de 2025.

Selon le rapport Pulse of Fintech publié par KPMG International, les investissements dans le secteur fintech canadien ont totalisé 1,62 milliard de dollars américains (G$ US) répartis sur 60 transactions au cours des six premiers mois de l’année. Si ce montant reste en retrait par rapport au record de 7,5 G$ US du second semestre 2024, il témoigne d’une relative robustesse face aux turbulences mondiales.

UNE NORMALISATION PLUTÔT QU’UN DÉCLIN

Cette baisse des activités d’investissement devrait être considérée comme une normalisation plutôt que comme une diminution de l’intérêt des investisseurs pour les technologies financières, explique Dubie Cunningham, associée spécialisée dans les technologies financières chez KPMG au Canada. Le niveau record de 2024 avait en effet été gonflé par deux transactions majeures.

L’experte souligne que « les investissements au cours du premier semestre ont été assez robustes par rapport aux niveaux historiques », compte tenu des changements économiques qui perturbent le commerce international, notamment l’imposition de droits de douane.

DES TRANSACTIONS STRATÉGIQUES

La plus importante transaction au Canada a été le rachat pour 1,3 milliard de dollars canadiens de la société québécoise d’experts-conseils en TI Converge Technology Solutions par H.I.G. Capital, une société de capital-investissement établie à Miami.

La deuxième opération en importance concernait l’acquisition pour 201,5 millions de dollars de Payfare, basée à Toronto, par Fiserv.

L’IA ET LES ACTIFS NUMÉRIQUES EN VEDETTE

Le rapport révèle deux tendances majeures qui ont attiré les investisseurs canadiens. D’une part, les technologies financières axées sur l’intelligence artificielle (IA) et l’apprentissage automatique ont capté 11 transactions, tandis que les actifs numériques ont dominé avec 14 transactions.

Les technologies financières axées sur l’IA continueront d’attirer des investissements considérables, prédit Edith Hitt, associée chez KPMG au Canada et cheffe de l’équipe Transformation numérique des services financiers au Québec. Elle anticipe notamment un développement des cas d’utilisation de la finance autonome, incluant l’épargne, le budget et l’investissement automatisés.

PERSPECTIVES MONDIALES CONTRASTÉES

À l’échelle de l’Amérique du Nord, les investissements fintech ont atteint 26,7 G$ US, dont 20,9 G$ US aux États-Unis.

Les investisseurs américains et canadiens ont adopté une approche très sélective, privilégiant les entreprises avec des bases solides, une part de marché réelle et une rentabilité avérée, selon Dubie Cunningham.

Globalement, le marché fintech mondial a enregistré 44,7 G$ US d’investissements au premier semestre, en baisse par rapport aux 54,2 G$ US du semestre précédent.

Contrairement à la tendance générale, la région EMA (Europe, Moyen-Orient et Afrique) a vu ses investissements progresser à 13,7 G$ US, tandis que l’Asie-Pacifique accusait une forte baisse à 4,3 G$ US.

UN AVENIR PROMETTEUR

Malgré le contexte difficile, « il y a encore beaucoup de liquidités à déployer par les investisseurs, mais ils adoptent un comportement plus sélectif », observe Dubie Cunningham.

Le rapport suggère que les délais de maturation des transactions de capital-investissement au stade moyen-avancé s’allongent, mais les investisseurs recherchent activement des entreprises de qualité, ce qui pourrait favoriser l’écosystème canadien des fintechs, reconnu pour son innovation et sa stabilité réglementaire.

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Sylvie Lemieux


Sylvie Lemieux collabore à Finance et Investissement et Conseiller.ca. Auparavant, elle a notamment écrit pour Les Affaires.