Simplifier et humaniser la gestion de patrimoine

Par Richard Cloutier | 16 September 2025 | Last updated on 16 September 2025
8 min read
Vincent Fraser 2 – 1 alternate text for this image
Vincent Fraser. Photo gracieuseté Croesus.

À la tête de Croesus depuis un an et demi, Vincent Fraser est résolument tourné vers l’avenir. La firme technologique basée à Laval mise sur la modernisation de ses solutions, l’intégration de l’intelligence artificielle (IA) et l’exploration de marchés stratégiques comme la Suisse, tout en réaffirmant le potentiel encore inexploité du marché canadien. Dans cet entretien, il partage sa vision, ses priorités et les grandes orientations qui guideront la croissance de Croesus dans les prochaines années.

CONSEILLER.CA (CONS) : QUELLE EST VOTRE PRIORITÉ ?

Vincent Fraser (VF) : La plus grande priorité, c’est de finaliser cet automne notre Plan 2030. Ce plan s’appuie sur la modernisation, le développement et le lancement de nouveaux produits, ainsi qu’un plan commercial qui soutient notre vision.

La vision de Croesus est de simplifier et humaniser la gestion de patrimoine, afin d’assurer la pérennité de l’organisation et de placer l’entreprise sur une trajectoire de croissance plus importante.

CONS : PARLEZ-NOUS DE CE PLAN DE CROISSANCE. 

VF : Notre plan de croissance est d’abord centré sur le marché canadien, où nous voyons encore de nombreuses occasions non exploitées. Nous nous positionnons avant tout comme un acteur auprès des banques canadiennes et des grands groupes indépendants de gestion de patrimoine, mais nous regardons aussi d’autres marchés.

Actuellement, nous développons une initiative en Suisse, notamment avec des partenaires, afin d’adapter nos solutions aux besoins locaux et, dans certains cas, de ramener au Canada des innovations issues de ce marché. Par exemple, cet automne, nous allons présenter une nouvelle offre inspirée de nos travaux en Suisse, que nous croyons porteuse de valeur à long terme pour nos clients canadiens. Il s’agit d’une solution intelligente de communication évolutive qui transforme les rapports financiers traditionnels en vidéos personnalisées, attrayantes et conformes aux normes de l’entreprise.

En ce qui a trait au marché américain, nous devrons trouver un positionnement clair pour mieux accompagner nos clients canadiens qui y évoluent. C’est un marché important à côté duquel nous ne pourrons pas passer.

Notre ambition est donc de continuer de développer des initiatives en Suisse et, à moyen et long terme, aux États-Unis, mais toujours avec la même logique : créer de la valeur pour nos clients canadiens d’abord, puis enrichir leur expérience grâce aux innovations internationales.

L’accent reste donc placé sur le potentiel du marché canadien, que nous croyons sous-estimé et dans lequel Croesus peut jouer un rôle plus important. C’est pourquoi nous investissons massivement dans nos équipes et dans nos produits pour accélérer notre croissance au Canada. Nous sommes 230 employés maintenant, avec l’embauche de près de 40 personnes depuis le début de l’année.

Nous voulons être davantage proactifs et d’une certaine façon, plus connectés à la réalité. La réalité des firmes aujourd’hui, c’est que leurs coûts d’exploitation explosent, pour des raisons certes réglementaires, mais aussi technologiques. Et les types de technologies que ces firmes doivent continuer d’utiliser ou dans lesquels ils doivent investir continuent de faire augmenter leurs coûts. Pour toutes sortes de raisons, certaines solutions qui existent dans le marché, que ce soit de Croesus ou des solutions concurrentes, sont mal intégrées, mal développées et relativement complexes. Il faut donc proposer des solutions, des plateformes de gestion de patrimoine, qui soient plus simplifiées et mieux intégrées. Pour y arriver, nous misons sur l’IA, mais aussi sur d’autres projets plus traditionnels actuellement en développement.

Nous avons beaucoup de projets et d’idées de produits que nous prévoyons lancer en 2026 et en 2027. Par exemple, nous observons des changements dans les modèles de gestion des portefeuilles et nous croyons qu’il y a aujourd’hui un besoin important qui est mal comblé et qui pourrait simplifier la vie des conseillers. Les comptes à gestion unifiée (CGU) (ou les Unified Managed Accounts [UMA]) en est une bonne illustration. Il s’agit d’un compte d’investissement centralisé unique qui regroupe divers actifs, qui est très répandu aux États-Unis, mais encore peu au Canada. Nous pensons que ce sera une tendance forte des dix prochaines années.

CONS : VOTRE PRÉSENCE EN SUISSE VOUS SERT AINSI À TESTER DE NOUVEAUX PRODUITS OU DE NOUVELLES TECHNOLOGIES.

VF : Exactement. On se doit de le faire. Mon expérience passée au sein d’une entreprise dont nous avons assuré le développement dans neuf nouveaux marchés m’a appris que l’agilité repose sur une connaissance fine du terrain : comprendre les clients, les conseillers, les investisseurs, les technologies en place.

En Suisse, nous avons par exemple lancé une solution qui prend automatiquement en compte les implications fiscales de chaque décision. Croesus Central permet ainsi d’analyser les portefeuilles, d’identifier les passifs fiscaux en fonction de la résidence du client dans plus de 80 juridictions, et de formuler des recommandations afin d’assurer l’efficience fiscale. L’outil prend en compte de facteurs tels que les catégories d’actions, les retenues à la source et les variations fiscales régionales. Il permet aussi aux professionnels d’élaborer des stratégies d’investissement personnalisées, minimisant les charges fiscales tout en respectant les profils de risque et les objectifs d’investissement du client. L’optimisation fiscale est un enjeu crucial dans un marché comme la Suisse où se trouvent beaucoup d’investisseurs étrangers. Même si ce besoin est moins présent au Canada, cet investissement enrichit nos solutions, qui restent disponibles pour nos clients canadiens.

CONS : AVEZ-VOUS DES PROJETS DE PARTENARIATS OU D’ACQUISITIONS ?

VF : Oui, tout à fait. Des partenariats sont déjà prévus. Nous finalisons la présentation de la vision de nos produits 2030 auprès de nos clients. Dans ce cadre, nous explorons des intégrations avec d’autres acteurs, que ce soit ici, ou sur d’autres marchés. Nous ferons des annonces à cet effet. Nous restons aussi ouverts à des occasions d’acquisitions, à condition qu’elles s’alignent avec notre vision et qu’elles apportent une valeur concrète à nos clients.

CONS : COMMENT INTÉGREZ-VOUS L’IA ?

VF : L’IA est une opportunité incontournable, tant pour notre organisation, que pour nos façons de faire et nos solutions. Ceux qui ne l’adoptent pas risquent d’être dépassés. Mais compte tenu de la nature des données sensibles que nous traitons, nous devons avancer avec rigueur.

Depuis plus de huit ans, notre Croesus Lab explore les applications de l’IA, teste toutes sortes d’architectures, d’idées et de concepts. Mais je suis content de dire que nous allons annoncer sous peu nos premières solutions intégrant l’IA, destinées à rendre nos produits plus performants, à simplifier des tâches complexes et à libérer du temps pour les conseillers.

Par exemple, nous travaillons sur une solution qui fluidifie les échanges entre conseillers et investisseurs en simplifiant l’information financière, souvent trop complexe. L’objectif est double : rendre l’expérience digitale plus engageante pour les clients et permettre aux conseillers d’être plus proactifs.Je signale toutefois que ces composantes sont intégrées lorsqu’elles apportent une réelle valeur ajoutée. L’IA, ce n’est pas pour tout. Certains calculs et éléments demeurent plus pertinents lorsqu’ils sont effectués par des algorithmes traditionnels plutôt que par l’IA.

L’un des défis demeure l’absence de réglementation sur l’IA au Canada. Des lignes directrices ont été annoncées, mais aucune politique claire n’existe encore. Avoir un cadre réglementaire précis permettrait à l’industrie de réagir beaucoup plus facilement, en sachant ce qui peut et ne peut pas être fait, et ainsi de suite. L’instauration de balises pour l’IA permettrait de mieux départager les responsabilités entre le conseiller et la firme. Cela nous aiderait également à développer des solutions avec plus de certitudes et moins de risques.

CONS : OUTRE L’IA, VOYEZ-VOUS D’AUTRES TECHNOLOGIES CLÉS POUR L’AVENIR ?

VF : Notre chercheur principal et nos chercheurs du Croesus Lab suivent de près différents types de technologies, comme l’informatique quantique, mais avec une perspective à plus long terme.

Pour le reste, nous nous assurons que tout ce que nous faisons soit sécuritaire. C’est-à-dire que nous investissons massivement en cybersécurité, dans nos équipes, dans de nouvelles solutions, dans notre pratique de gestion de la sécurité de l’information, sachant que c’est certainement le risque numéro un d’une entreprise comme la nôtre et celles de notre secteur. C’est fondamental dans nos façons de faire et vraiment critique pour la continuité de nos opérations et celles de nos clients. Croesus est certifié de la norme SOC 2 (System and Organization Controls 2), type 2, qui est le plus haut standard en matière de cybersécurité, et nous continuons de renforcer nos contrôles.

CONS : VOUS ÊTES PRÉSIDENT DEPUIS UN AN ET DEMI. QUEL BILAN EN TIREZ-VOUS ?

VF : Très positif. J’ai reçu un excellent accueil, et ma vision a été adoptée rapidement, autant à l’interne qu’avec nos clients et partenaires. Je ne viens pas de l’industrie de la gestion patrimoine, mais d’un environnement où l’innovation était au cœur des discussions, évoluait parfois à très grande vitesse et comportait un niveau de risque important. Donc, j’amène plutôt un cadre de réflexion stratégique sur la manière dont nous voulons positionner Croesus.

La première année, j’ai travaillé à poser les fondations : revoir l’organisation, la gouvernance, et clarifier notre positionnement. Depuis six mois, nous sommes en phase d’exécution du plan 2030.

Je sens une forte mobilisation de l’équipe. Nous avons toujours la même rigueur et la même vision à long terme insufflées par notre fondateur, Rémy Therrien. Malgré tout ce que nous pensons développer pour 2030, cet ADN reste présent, même sous ma présidence. Pour moi, c’est important parce que je pense que c’est ce qui a fait le succès de Croesus. Et dans les prochaines semaines, nos premiers produits concrets issus de ce plan seront lancés sur le marché.

Abonnez-vous à nos infolettres

Richard Cloutier

Richard Cloutier est rédacteur en chef de Finance et Investissement et de Conseiller.ca. Il a été Adm.A. de 1995 à 2012 avant de se consacrer au journalisme. Il a notamment écrit pour La Presse et Les Affaires.