Système bancaire ouvert : les dirigeants d’entreprise pressent Ottawa d’agir

Par Sylvie Lemieux | 5 August 2025 | Last updated on 4 August 2025
3 min read
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Alors que le gouvernement canadien multiplie les investissements dans les infrastructures physiques, une autre priorité s’impose chez les chefs d’entreprise : la mise à niveau de l’infrastructure numérique.

Selon un sondage mené par KPMG auprès de 250 hauts dirigeants à travers le pays, 65 % estiment que le système financier canadien doit être modernisé sans délai, notamment pour permettre l’implantation d’un système bancaire ouvert, d’un cadre d’identité numérique et de paiements en temps réel (PTR).

Sans cette modernisation, 58 % des répondants jugent que la compétitivité du Canada risque de continuer à s’éroder.

« Notre pays est en pleine guerre commerciale, et nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour nous protéger des menaces économiques extérieures. Nous avons l’occasion de renforcer notre position concurrentielle en modernisant l’un de nos plus grands secteurs d’activité, celui des services financiers », affirme Geoff Rush, associé et leader national, Services financiers chez KPMG au Canada.

Selon lui, les nouvelles infrastructures numériques — telles que les paiements en temps réel et le système bancaire axé sur les consommateurs — sont essentielles pour stimuler l’innovation, l’inclusion financière et les investissements.

UNE COURSE CONTRE LA MONTRE

Le gouvernement fédéral prévoit lancer un cadre législatif pour la mise en œuvre d’un système bancaire ouvert, un chantier qui accuse du retard. Quant au système de paiements en temps réel, sa mise en place s’est achevée en juillet, mais sera suivie d’une phase d’essai d’un an, selon Paiements Canada.

Les dirigeants interrogés ne considèrent pas ces innovations comme de simples améliorations technologiques. Une forte majorité (64 %) les perçoit comme les fondements d’une « économie résiliente et compétitive ».  

L’absence de paiements instantanés prolonge les délais de règlement, augmentant les risques de liquidité, de crédit et d’opérations pour les entreprises. Parallèlement, sans système bancaire ouvert, les consommateurs doivent recourir à des méthodes peu sécurisées comme le partage de leurs données bancaires via des captures d’écran, ce qui pose des risques en matière de confidentialité.

DES AVANCÉES MALGRÉ TOUT

En attendant une infrastructure nationale uniforme, les grandes banques canadiennes ont déjà entamé leur propre virage numérique. Près de 6 répondants sur 10 (58 %) disent avoir constaté une nette amélioration des services bancaires interentreprises au cours des dernières années.

Selon Edwin Isted, directeur exécutif et leader des paiements au sein du groupe Solutions pour les services financiers de KPMG au Canada, ces progrès témoignent des efforts proactifs de modernisation déployés par les institutions financières, malgré l’absence d’un cadre fédéral complet. Il souligne également que la transition vers le PTR permettra de traiter des paiements enrichis en données, donnant aux entreprises une meilleure compréhension des flux financiers et des comportements clients.

LE SECTEUR FINANCIER SE MOBILISE

Un second sondage mené par KPMG International auprès de 810 institutions financières, dont 66 au Canada, confirme cette tendance. Au pays, 94 % des institutions interrogées indiquent avoir lancé ou participé activement à des programmes de modernisation des paiements. Les principales motivations évoquées : une meilleure expérience client, la rapidité des transactions et une sécurité accrue.

Les investissements nécessaires sont toutefois considérables : les programmes en cours coûteraient entre 10 et 25 millions de dollars, selon les répondants.

Pour KPMG, le contexte actuel représente une fenêtre stratégique. Avec des pressions accrues sur la productivité et l’autonomie économique, les projets de modernisation pourraient devenir un véritable levier de transformation.

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Sylvie Lemieux


Sylvie Lemieux collabore à Finance et Investissement et Conseiller.ca. Auparavant, elle a notamment écrit pour Les Affaires.