Investir dans les fintechs pourrait favoriser un meilleur accès aux services financiers

Par Jonathan Got | 24 October 2025 | Last updated on 23 October 2025
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Texte lumineux "FINTECH" superposé à un globe numérique et à des données financières colorées.
Vertigo3d / iStock

Le Canada doit mesurer le bien-être financier de sa population, soutenir l’innovation financière et renforcer l’accès communautaire aux services bancaires afin de mieux desservir les personnes vulnérables ou mal desservies, selon un rapport publié par le Groupe CSA et rédigé par Olga Morawczynski.

Dans son document intitulé « Financial Well-being Under Pressure: Addressing Canada’s Institutional Barriers », l’autrice souligne que le ralentissement de la croissance du revenu disponible contribue à une baisse des taux d’épargne et à une plus grande dépendance au crédit, particulièrement chez les ménages à faible revenu. Alors que l’écart de richesse se creuse, les ménages à faibles revenus, les nouveaux arrivants, les Autochtones et les travailleurs autonomes éprouvent des difficultés croissantes à accéder aux services financiers.

Dans une entrevue, Olga Morawczynski appelle à une stratégie nationale coordonnée pour stimuler l’innovation fintech, le financement et l’accès aux services. Elle recommande également à l’Agence de la consommation en matière financière du Canada (ACFC) de créer une unité du bien-être financier, chargée de promouvoir la concurrence, l’inclusion financière et la résilience à long terme des consommateurs.

Suivre des indicateurs tels que les taux d’épargne, les niveaux d’endettement et l’accès des communautés autochtones aux services financiers permettrait à l’ACFC d’évaluer l’efficacité des politiques visant à renforcer la sécurité financière des Canadiens, ajoute-t-elle.

L’agence devrait mesurer à la fois l’accès et l’utilisation, insiste-t-elle.

« Il ne s’agit pas seulement d’avoir accès à un service, mais de disposer du bon produit pour atteindre ses objectifs financiers », continue-t-elle.

MISER SUR LA FINTECH POUR STIMULER LA CONCURRENCE

Selon Olga Morawczynski, la concentration du secteur financier canadien freine l’innovation et rend les services plus coûteux pour les consommateurs. Les fintechs peuvent atteindre les collectivités rurales, à faible revenu ou marginalisées, mais manquent de capital pour croître dans un environnement réglementaire complexe.

La mise en œuvre du système bancaire ouvert (open banking) permettrait aux plus petits acteurs de se connecter à l’infrastructure bancaire existante et d’accéder à de nouveaux clients, favorisant ainsi la concurrence.

Elle recommande aussi de rationaliser le paysage réglementaire fragmenté des fintechs, afin de clarifier la conformité et de faciliter les partenariats avec les institutions financières. Cela nécessiterait une meilleure coordination entre les gouvernements fédéral et provinciaux, l’adoption de l’open banking et la création d’une unité centrale de soutien aux fintechs chargée de fournir des lignes directrices claires sur la conformité et les licences.

Les innovateurs devraient également pouvoir tester de nouvelles technologies dans des « bacs à sable » réglementaires, propose-t-elle.

« Plutôt que d’attendre que la réglementation soit prête, il faut expérimenter dès l’apparition d’une nouvelle technologie, afin de la comprendre dans un environnement sûr et contrôlé », explique-t-elle

Pour soutenir le financement des fintechs, le gouvernement devrait instaurer des incitatifs fiscaux pour les investisseurs providentiels, créer un programme de garantie de pertes pour réduire les risques des investisseurs et encourager les fonds de pension à accroître leurs investissements au Canada.

« Il circule très peu d’argent dans notre écosystème fintech actuellement, observe-t-elle. Les investisseurs voudront une garantie s’ils doivent placer leur argent au Canada plutôt qu’aux États-Unis. »

Un programme similaire pourrait être mis en place au Québec pour encourager les fintechs à offrir une version francophone de leurs services et à se conformer au régime de droit civil de la province.

« Plusieurs entreprises évitent le marché québécois, le jugeant trop complexe et trop petit pour justifier des investissements additionnels », dit-elle.

AMÉLIORER L’ACCÈS AUX SERVICES FINANCIERS

Les Canadiens en région rurale ont davantage de difficultés à accéder à des services bancaires. L’initiative de Postes Canada, MonArgent (MyMoney), menée avec la TD, démontre le potentiel du service postal comme relais bancaire communautaire, soutient Olga Morawczynski.

Ce type de service pourrait offrir de petits prêts, des comptes chèques à faible coût ou encore faciliter la distribution des prestations gouvernementales.

Entrer sur le marché bancaire offrirait aussi à Postes Canada, dont les coûts d’exploitation élevés fragilisent la rentabilité, une source de revenus supplémentaire pour soutenir le maintien des bureaux de poste ruraux.

Les banques traditionnelles devraient être tenues de présenter des plans d’inclusion financière pour les communautés mal desservies, suggère-t-elle, assortis de crédits d’impôt pour celles qui étendent leur réseau dans les zones marginalisées.

De plus, les caisses de crédit peuvent jouer un rôle déterminant auprès des nouveaux arrivants et des milieux ruraux.

« Les grandes banques visent les segments à revenu élevé, tandis que les fintechs et les coopératives financières peuvent se spécialiser dans les segments négligés », affirme-t-elle.

Enfin, l’expansion de l’accès physique aux services bancaires devrait s’accompagner d’une expansion de l’accès numérique. Le gouvernement devrait établir des normes minimales d’accès à Internet, subventionner les coûts pour les ménages à faible revenu et offrir des programmes d’éducation financière en ligne, conclut le rapport.

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Jonathan Got

Jonathan Got est journaliste pour Investment Executive.