La Fed face à son dilemme : emploi ou inflation

Par La rédaction | 1 October 2025 | Last updated on 30 September 2025
3 min read
Banque fédérale de réserve à Washington D.C.
Philip / AdobeStock

Un équilibre précaire menace la stabilité économique américaine alors que la Réserve fédérale (Fed) navigue entre des risques contradictoires qui divisent profondément ses dirigeants.

Jerome Powell n’a jamais caché la complexité de sa mission, mais ses récentes déclarations révèlent l’ampleur du casse-tête auquel fait face la banque centrale américaine. Il n’y a pas de « chemin sans risque » pour la Fed, a-t-il martelé récemment devant la Chambre de commerce de Greater Providence, au Rhode Island, rapporte un article de Zone Bourse.

DES CAMPS IRRÉCONCILIABLES
La récente décision de baisser les taux de 0,25 point de base, adoptée avec une seule voix dissidente, masque en réalité des fractures profondes au sein du Comité de politique monétaire (FOMC). Deux visions s’affrontent désormais ouvertement.

D’un côté, les « colombes » menées notamment par Stephen Miran, récemment nommé par Donald Trump, militent pour des réductions de taux bien plus agressives. Il va jusqu’à estimer que le taux neutre se situe 100 à 200 points de base en dessous du consensus actuel de 3 %, justifiant selon lui des mesures d’assouplissement drastiques pour éviter une détérioration de l’emploi.

Michelle Bowman et Christopher Waller, également nommés par l’administration Trump, partagent ces préoccupations. « Si la dégradation du marché du travail se poursuit, je crains que nous devions ajuster notre politique à un rythme plus rapide », a averti Michelle Bowman, qui avait déjà voté contre le statu quo en juillet.

L’INFLATION, SPECTRE PERSISTANT
À l’opposé, les « faucons » de la Fed privilégient la prudence face à une inflation qui demeure au-dessus de la cible de 2 % depuis quatre ans et demi consécutifs et continue d’augmenter, comme l’a souligné Austan Goolsbee, président de la Fed de Chicago. Cette persistance inflationniste pousse sept des dix-neuf membres du FOMC à considérer qu’aucune nouvelle baisse ne devrait intervenir en 2025.

Cette incertitude se répercute directement sur les marchés financiers, déjà fragilisés par leur dépendance excessive à une poignée de géants technologiques. Selon Charles Schwab, seuls 17 % des titres du S&P 500 ont surperformé l’indice ces trois derniers mois, révélant une concentration dangereuse qui rappelle les excès de la bulle internet à la fin des années 1990.

Les investisseurs tablent néanmoins sur cinq à six baisses de taux d’ici fin 2026, soit près du double des trois réductions envisagées par la médiane des projections de la Fed. Cette divergence d’anticipations alimente la volatilité, comme en témoignent les reculs enregistrés mardi : -0,55 % pour le S&P 500 et -0,73 % pour le Nasdaq 100.

UN ARBITRAGE IMPOSSIBLE
Jerome Powell se retrouve ainsi dans la position inconfortable de l’arbitre entre des risques symétriques. « Les risques à court terme concernant l’inflation penchent à la hausse, tandis que ceux pesant sur l’emploi penchent à la baisse », une « situation délicate », selon ses propres termes.

Cette configuration inédite illustre les limites de l’outil monétaire face à des défis structurels. Tandis que le marché immobilier souffre toujours de coûts d’emprunt prohibitifs, l’emploi montre des signes de fragilisation avec moins d’offres et des licenciements plus fréquents.

L’équation est presque insoluble : des taux plus bas préservent l’emploi, mais alimentent l’inflation, tandis qu’un maintien de la restriction monétaire stabilise les prix au risque d’étrangler l’activité économique.

Abonnez-vous à nos infolettres

La rédaction