La génération X rattrape les baby-boomers au chapitre de la richesse

Par La rédaction | 17 December 2025 | Last updated on 16 December 2025
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La génération X est sur le point de détrôner les baby-boomers comme génération la plus fortunée au Canada. Entre juillet et septembre 2024, les ménages de cette cohorte née entre 1965 et 1980 ont vu leur patrimoine bondir de 11 % sur un an pour atteindre en moyenne 1,33 million de dollars (M$), selon les dernières données de Statistique Canada analysées dans le Financial Post Wealth Report.

À titre comparatif, le patrimoine moyen des baby-boomers n’a progressé que de 5,4 % au cours de la même période, pour s’établir à 1,46 M$. L’écart entre les deux générations se rétrécit rapidement.

« Cela va finir par arriver, prédit James Gauthier, analyste principal à la division des comptes économiques nationaux à Statistique Canada. Cette différence de richesse diminue. »

Au total, la richesse collective des ménages canadiens a atteint un nouveau sommet historique de 17,87 billions de dollars au deuxième trimestre de 2025. Mais derrière ce chiffre impressionnant se cachent d’importantes disparités générationnelles.

LES X EN PLEIN ESSOR PATRIMONIAL

La génération X — aujourd’hui âgée de 45 à 60 ans — se trouve, de l’avis des experts, dans une zone particulièrement favorable. Assez âgés pour avoir accumulé un portefeuille financier solide, mais pas encore au stade de décaisser massivement pour la retraite, les ménages X ont vu leurs actifs en assurance et régimes de retraite bondir de 15 % pour atteindre 294 818 $ en moyenne. Leurs autres actifs financiers, incluant actions, fonds et dépôts, ont pour leur part grimpé de 17 % pour atteindre en moyenne 558 200 $, une croissance record.

Cette performance est largement attribuable aux marchés financiers. « Toutes les générations profitent du cycle boursier actuel, mais les X en tirent un avantage particulier », explique James Gauthier.

UN MARCHÉ IMMOBILIER QUI FREINE LES PLUS JEUNES

Pour les ménages plus jeunes — millénariaux et génération Z regroupés par Statistique Canada — la situation est plus complexe. Leur valeur nette n’a progressé que de 2,3 %, principalement grâce aux actifs financiers, car l’immobilier joue contre eux.

Les données montrent une chute de 3 % de la valeur de leurs propriétés, désormais évaluées à 426 337 $ en moyenne et une stagnation des revenus disponibles, qui n’ont augmenté que de 1,7 %, comparativement à près de 4 % pour l’ensemble des ménages.

Le recul des condos dans des régions comme la grande région de Toronto pénalise particulièrement cette cohorte. « Le seul moteur de croissance du patrimoine des millénariaux, ce sont les actifs financiers », souligne James Gauthier.

Pourtant, malgré cette fragilité actuelle, ils affichent la meilleure progression quinquennale : +113 % depuis 2020, notamment grâce aux achats immobiliers effectués pendant la période de faibles taux d’intérêt.

DES REVENUS QUI STAGNENT, UN CHÔMAGE PLUS ÉLEVÉ

Pour les millénariaux, le défi se situe aussi dans le portefeuille. Leur revenu disponible croît très faiblement, et leur taux de chômage est plus élevé. Ces pressions limitent leur capacité à épargner et à entrer sur le marché immobilier, désormais beaucoup moins accessible qu’en 2020.

Abbey Xu, économiste à la Banque Royale du Canada, prévient également que la trajectoire future dépendra fortement du marché du travail. Si le chômage augmente encore, cela pourrait freiner l’accumulation de richesse des jeunes ménages, selon elle.

LA GÉNÉRATION X : RICHE, MAIS ENDETTÉE

Paradoxalement, les X sont aussi ceux qui affichent le plus lourd endettement.Leur dette hypothécaire a augmenté de 3,6 % (208 775 $ en moyenne par ménage) alors queleurs autres passifs ont progressé de 5 % pour atteindre 72 522 $ par ménage.

Le portrait cohérent avec leur cycle de vie : achat ou agrandissement d’une maison, enfants à charge, dépenses familiales en hausse. Ils se situent à un âge où les responsabilités financières culminent.

Chez les ménages de 35 à 44 ans, le ratio dette/revenu atteint même 254,2 %, le plus élevé au pays. Toutefois, ce ratio a légèrement diminué en raison d’une hausse plus rapide des revenus.

DES TENDANCES CONTRASTÉES SELON LES RÉGIONS

Le rapport montre que la croissance de la richesse varie aussi d’une région à l’autre. Les ménages les plus jeunes, sous 35 ans et entre 35 et 44 ans, enregistrent les gains les plus rapides dans les Prairies, où la valeur nette progresse d’environ 6 % (384 755 $).

Pourquoi ? Les prix de l’immobilier y augmentent, mais demeurent relativement accessibles. « Au cours de la dernière année, les prix moyens des maisons résidentielles ont augmenté d’environ 8 % au Manitoba et en Saskatchewan et de 4 % en Alberta, tandis que la moyenne nationale a diminué d’environ 2 % », précise Maria Soloveiva.

Les ménages des Prairies ont connu des gains de revenus grâce notamment à l’extraction des ressources. Quant aux ménages de moins de 35 ans dans les Prairies et au Québec, ils ont réduit leur ratio dette-revenu de plus de 6 %, les gains de revenus dépassant l’accumulation de dettes, selon James Gauthier.

Au Canada, la richesse des ménages est concentrée en Ontario et en Colombie-Britannique dans tous les groupes d’âge, mais James Gauthier note que la croissance y est limitée par les pressions liées au coût de la vie. En Colombie-Britannique, par exemple, le logement moins abordable a freiné les gains des avoirs immobiliers, entraînant une croissance plus lente du patrimoine net. Les Ontariens ont également augmenté leur dette à un rythme plus rapide que leurs revenus au cours de la dernière année, ajoute-t-il.

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La rédaction