La relance des transactions

| 20 December 2024 | Last updated on 19 December 2024
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Poignée de main de gens d’affaires.
OKADA / iStock

L’année à venir s’annonce favorable pour l’activité de fusions et acquisitions (F&A), alors que les taux d’intérêt continuent de baisser, que les propriétaires d’entreprises vieillissants réfléchissent à leurs options et que les négociateurs du monde entier cherchent à déployer leur capital.

« Il y a une forte demande de transactions de la part des acheteurs et des vendeurs », assure Michael Morrow, directeur général, responsable national des fusions et acquisitions et des marchés de capitaux chez BDO Canada.

Les perspectives sont comparables à celles de 2021, lorsque l’activité de F&A avait augmenté après la première année de la pandémie de COVID-19.

« Les taux d’intérêt sont tombés à zéro, rapporte Michael Morrow. Les gens ont compris que le monde n’allait pas s’effondrer complètement, et toute la demande qui avait été mise de côté pendant six mois a afflué sur le marché. On a vu les F&A atteindre des niveaux incroyables. »

Il est peu probable que 2025 égalise ce volume de transactions au Canada, en partie parce que la croissance économique a ralenti ces derniers mois. Statistique Canada a rapporté que l’économie canadienne n’avait progressé que de 1 % en rythme annualisé au troisième trimestre.

« Nous prévoyons une croissance continue des F&A, souligne Michael Morrow. Ce sera probablement inférieur à ce que nous avons vu en 2021, où nous avions une croissance économique en rebond, des taux d’intérêt très bas et une forte disponibilité des vendeurs. En 2020, il y avait relativement peu de transactions à cause de la COVID. »

Joe Millott, principal et fondateur d’Acquatio, une société de conseil en F&A pour l’industrie de la gestion de patrimoine, se dit « optimiste », mais aussi « un peu prudent » quant à la disponibilité du capital pour financer les transactions.

« Nous avons besoin de marchés de capitaux solides et sains […] pour favoriser un environnement de F&A dynamique, précise-t-il. En ce moment, tout semble positif. Les taux d’intérêt devraient baisser, ce qui rend le coût de la dette plus bas et plus attrayant pour un acheteur, qui pourra offrir un bon prix pour une opportunité. Tant que l’optimisme reste présent, je pense que ce sera une excellente année pour le volume des F&A. »

Les fournisseurs de services de gestion de patrimoine et de conseil en assurance au Canada sont des cibles très prisées par les acteurs de l’industrie cherchant à se développer, ainsi que par les investisseurs extérieurs qui considèrent le secteur comme une source de revenus stables.

« C’est vraiment une frénésie en ce moment dans le secteur de l’assurance », constate Michael Morrow. Les entreprises sont évaluées à quatre ou cinq fois leurs revenus. « Nous n’avons jamais vu des évaluations aussi élevées qu’actuellement […]. La consolidation dans ce secteur est tout simplement en feu. »

Il y a également une forte demande du côté de la gestion de patrimoine. « Les banques détiennent une part importante de ce marché en général, souligne Michael Morrow, mais il existe de nombreux indépendants avec de bonnes parts de marché et des opportunités. »

L’ACCORD CI FINANCIAL

Fin novembre, Mubadala Capital, basé à Abu Dhabi, a privatisé CI Financial dans une transaction de 4,7 milliards de dollars (G$), valorisant l’entreprise à 12,1 G$. Les actionnaires ont empoché 32 $ par action, soit une prime de 33 % par rapport au dernier prix de clôture de CI.

« L’accord CI est une indication évidente qu’il y a un intérêt significatif de la part d’actifs étrangers pour les actifs canadiens », estime Rob Hong, PDG et cofondateur de Sapling Financial Consultants. Les sociétés de capital-investissement voient de la valeur dans les opérations canadiennes, en particulier celles qui font des affaires aux États-Unis, continue-t-il. « Les actifs canadiens ont tendance à être moins chers […]. Il y a de grands avantages à utiliser une entreprise canadienne pour vendre sur le marché américain, avec les coûts canadiens. »

Richard Betsalel, directeur général de Crosbie & Company, une société de conseil en F&A et une banque d’investissement, explique que l’investissement dans CI était principalement un pari sur la gestion de patrimoine aux États-Unis. « Ce côté américain est vraiment ce qu’ils recherchaient », selon lui, en référence à la ligne d’affaires Corient de l’entreprise. Un peu moins de la moitié des 518 G$ d’actifs sous gestion de l’entreprise au 30 septembre 2024 se trouvent aux États-Unis. « Le Canada est un atout supplémentaire. »

Selon lui, cet investissement est un pari démographique à long terme qui a du sens à la fois au Canada et aux États-Unis. « La population continue de croître. Si les marchés se portent bien, vos actifs augmentent, ce qui signifie que vos frais augmentent. » L’expert s’attend à ce qu’il y ait un intérêt continu pour ce secteur parmi les investisseurs en capital-investissement.

Michael Morrow estime que le Canada est attractif pour les investisseurs mondiaux. « Nous recevons beaucoup d’intérêt en provenance de l’extérieur du Canada, qu’ils viennent des États-Unis, d’Amérique latine, d’Europe ou d’Asie. Nous sommes un pays assez stable, avec un bon système judiciaire, un système politique relativement stable et une économie relativement stable. Nous n’avons pas vraiment de cycles économiques de boom et de récession comme dans d’autres pays. »

À mesure que le dollar canadien s’affaiblit par rapport à son homologue américain, cela rend les cibles d’acquisition locales plus attractives.

« Il y a de nombreuses opportunités de mise à l’échelle sur le marché canadien, assure Joe Millott. Une opportunité de transaction a été CI, et cela avait été pressenti depuis un certain temps sur les marchés de capitaux. Maintenant que l’accord a été annoncé, cela aura un effet d’entraînement. »

Ce dernier exprime également son optimisme quant au fait que l’accord CI bénéficiera aux conseillers canadiens. « L’équipe de direction a annoncé 750 millions de dollars de nouveaux capitaux dans le cadre de cette transaction, rapporte-t-il. Je crois que le Canada en sera un bénéficiaire sain. »

LE MARCHÉ PLUS LARGE

Plusieurs sources ont indiqué à Advisor.ca que l’activité de F&A ne se limitera pas aux transactions de taille CI. Les occasions de se développer dans la gestion de patrimoine ainsi que dans l’assurance vie et santé sont particulièrement intéressantes.

« Beaucoup de ces entreprises sont des individus ou de très petits groupes qui ont monté leurs pratiques il y a 20 ou 30 ans, décrit Michael Morrow. C’est une activité tellement précieuse que les grands consolidateurs sont prêts à payer pour l’acquérir. »

BDO Canada conseille actuellement « sur plusieurs transactions » dans le secteur de l’assurance, selon lui. « Les consolidateurs cherchent vraiment des occasions pour s’emparer de la distribution […]. Il y a une énorme ruée pour essayer de posséder cette distribution sur l’ensemble du marché canadien. »

« Le secteur de l’assurance est chaud comme jamais, affirme-t-il. C’est vraiment un marché de vendeurs en ce moment. »

Joe Millot le confirme. « Il y a probablement dix acheteurs pour un vendeur sur ce marché, donc c’est un moment fantastique pour être vendeur », dit-il.

Cependant, les conseillers qui envisagent de tester le marché doivent savoir que le processus peut être compliqué.

« Beaucoup de gens seraient surpris d’apprendre qu’environ 50 % des lettres d’intention ou des accords en principe échouent en fait, affirme Joe Millott. La raison la plus fréquente de l’échec est un manque d’alignement sur la valorisation — ce qui est probablement le facteur le plus crucial — une différence de culture et de mission entre l’acheteur et le vendeur, ainsi qu’une différence de vision — ce que représente la croissance et comment cette croissance va être atteinte. »

Il conseille donc à ses clients de se préparer soigneusement avant d’aller sur le marché et de constituer une équipe de professionnels. « Vous avez besoin d’un comptable, d’un avocat et d’un conseiller en F&A vraiment solides. »

RISQUES POUR LES PERSPECTIVES

Malgré la forte demande refoulée et des fondamentaux solides, il existe des risques qui pourraient perturber les plans. Le ralentissement de la croissance du produit intérieur brut (PIB) du Canada en est un exemple. Cela pourrait soutenir la poursuite de la baisse des taux d’intérêt, mais cela pourrait aussi rendre l’accès au capital plus difficile. De plus, les menaces de tarifs du président élu des États-Unis, Donald Trump, pourraient déstabiliser les économies ici et ailleurs. Toute tentative d’Ottawa pour contrer cela pourrait faire remonter l’inflation, et les taux d’intérêt avec.

« Le Canada a connu une croissance assez stagnante cette année et l’année dernière, constate Michael Morrow. En ce moment, nous prévoyons que la croissance canadienne revienne à des taux normaux de plus de 2 %. Si cela ne se produit pas, cela ralentirait certainement le processus d’acquisition. »

Ce risque s’applique du côté des acheteurs, pas des vendeurs. Les conseillers cherchant une stratégie de sortie ne seront probablement pas dissuadés par un ralentissement économique.

« Les propriétaires d’entreprises, tout comme les équipes de direction, arrivent à l’âge de la retraite, note Michael Morrow. Les questions de succession au sein de ces organisations créent la nécessité de vendre. »

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