La stagflation est là pour rester

| 2 April 2025 | Last updated on 1 April 2025
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Sablier avec sable bleu sur la table
baona / iStock

L’économie canadienne est entrée dans une période de stagflation qui aura un impact sur les rendements des marchés dans les années à venir, estime Stephen Johnston, directeur d’Omnigence Asset Management à Calgary. Que le président américain Donald Trump mette ou non à exécution ses menaces d’imposer des droits de douane sur les importations canadiennes, les gestionnaires de portefeuille devront s’adapter à une nouvelle période de faible croissance économique et d’inflation tenace.

Ne vous y trompez pas cependant. Une guerre commerciale ne fera qu’empirer les choses. « Je ne pense pas que l’on puisse continuer à agir comme on l’a fait jusqu’à présent », résume Stephen Johnston.

Nous ne sommes pas la seule économie à faire face à une croissance lente et à une inflation élevée. Tous les pays qui dépendent largement des consommateurs américains pour leurs produits sont menacés, car Washington cherche à renforcer sa base manufacturière nationale. « Le Canada en est un exemple typique, résume Stephen Johnston. Nous sommes les plus dépendants, en pourcentage de notre PIB, des États-Unis en tant que partenaire commercial. »

Selon Stephen Johnston, le Canada est responsable de la situation délicate dans laquelle il se trouve. « Nous nous sommes vraiment mis dans le pétrin », insiste-t-il. D’autres économies développées investissent davantage dans le capital productif — comme les machines et la propriété intellectuelle — qui soutient la croissance économique. D’après Statistique Canada, les résidences représentent environ 54 % du stock total de capital fixe au Canada.

« Nous investissons dans l’immobilier résidentiel à des prix qui n’ont jamais été aussi élevés », explique-t-il, en raison de deux décennies de taux d’intérêt historiquement bas. « Tout cela génère de l’inflation. »

Ce manque d’investissements productifs a contribué au déficit de la balance courante du Canada. « Nous achetons à d’autres pays et nous finançons cette consommation par la dette, observe Stephen Johnston. C’est ce que nous faisons depuis des décennies. »

À cela s’ajoutent les effets inflationnistes des dépenses déficitaires à tous les niveaux de gouvernement, quel que soit le parti au pouvoir.

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Les choses n’ont pas toujours été faciles, mais les investisseurs canadiens se sont bien débrouillés avec une stratégie d’achat et de conservation au cours des dernières décennies. Une certaine version du portefeuille traditionnel 60/40 a bien fonctionné grâce aux faibles taux d’emprunt et au pouvoir d’achat des revenus moyens.

La montée en puissance de l’intérêt des investisseurs individuels pour les produits alternatifs est un signe clair que la donne a changé.

« Nous aimons les terres agricoles, affirme Stephen Johnston. Elles sont intemporelles et produisent des biens. […] Les gens ne cessent pas de manger, ce qui aide grandement à faire face à la stagflation. »

Omnigence Asset Management a également pris des positions de capital-investissement dans la maintenance automobile et les sciences de l’environnement, par exemple. Le premier devrait connaître un regain d’activité, car les Canadiens trouvent des moyens d’augmenter le kilométrage de la voiture familiale. Le second secteur continue de croître en raison de l’introduction de nouvelles réglementations.

« Lorsque des réglementations sont élaborées, il faut s’y conformer, quelles que soient les conditions économiques, souligne Stephen Johnston. La corrélation entre la croissance des services environnementaux et le PIB est donc très faible. »

Stephen Johnston apprécie également les entreprises du marché intermédiaire inférieur, qui, selon lui, peuvent être acquises à un prix correspondant à six fois le flux de trésorerie. Comparez cela à une action de l’indice composite S&P/TSX — le ratio cours/bénéfice moyen du principal indice boursier du Canada est proche de 19.

Les choses se compliquent un peu plus si l’on considère d’autres couvertures contre l’inflation.

Selon Stephen Johnston, l’immobilier commercial et l’immobilier à locataires multiples « se négocient à des niveaux de valorisation record », en grande partie à cause de l’endettement excessif des consommateurs et des entreprises.

De même, les valorisations des infrastructures ont été poussées à la hausse par des investisseurs institutionnels désespérément en quête de rendement. Les cryptomonnaies, que certains ont commencé à présenter comme une couverture contre l’inflation, sont trop volatiles, estime-t-il.

« C’est une chose que d’avoir tous les facteurs macroéconomiques corrects, dit Stephen Johnston. Mais si vous achetez un actif à une valorisation exagérée, vous allez généralement perdre de l’argent. »

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