Le budget 2025 met en valeur les gestionnaires de fonds émergents

Par Michelle ­Schriver | 13 November 2025 | Last updated on 12 November 2025
5 min read
Femme concentrée sur des documents financiers devant un écran d’ordinateur.
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La proposition d’un nouveau fonds de capital-risque dans le budget fédéral 2025 reconnaît le rôle que peut jouer l’industrie canadienne de la gestion d’actifs dans la stimulation de l’innovation et de la croissance économique.

Le budget prévoit 1 milliard de dollars sur trois ans pour l’initiative baptisée Initiative de catalyse du capital de risque et de croissance. Ce fonds de fonds vise à mobiliser davantage de capital de risque privé pour soutenir des entreprises à forte croissance en incitant les caisses de retraite et d’autres investisseurs institutionnels à y investir. Le fonds appuiera également les « nouveaux gestionnaires de fonds émergents », précise le budget.

« C’est la première fois que la gestion d’actifs est explicitement désignée comme un moteur de croissance économique, c’est nouveau », observe Michael Thom, directeur général de CFA Societies Canada, à Toronto.

L’industrie de la gestion d’actifs « devrait se sentir vraiment vue et entendue dans ce budget », ajoute Claire Van Wyk-Allan, directrice générale et cheffe du Canada pour l’Alternative Investment Management Association (AIMA).

L’emploi du terme « gestionnaires de fonds émergents » marque un tournant sémantique important par rapport aux budgets précédents, continue-t-elle. « Cela reflète le langage que nous utilisons dans nos démarches auprès du gouvernement : nous défendons la cause des gestionnaires de fonds émergents et des entrepreneurs du secteur financier depuis des années. »

Les efforts de représentation auprès d’Ottawa ont été intensifiés au cours de la dernière année, précise Van Wyk-Allan. Cette mobilisation s’est concrétisée en avril avec la création de la Canadian Asset Management Entrepreneurship Alliance (CAMEA), un partenariat entre CFA Societies Canada, AIMA, le Conseil des gestionnaires en émergence et l’Association des gestionnaires de portefeuille du Canada (PMAC).

MISER SUR L’INNOVATION ET LES CHAMPIONS NATIONAUX

Dans le budget, le gouvernement souligne que les fonds de capital-risque « stimulent l’innovation et façonnent la prochaine génération d’entreprises et de gestionnaires d’actifs phares du Canada ».

« Cette reconnaissance représente une occasion de dialogue et de collaboration avec le gouvernement et les autres parties prenantes pour créer quelque chose d’unique, estime Michael Thom. Cette convergence d’objectifs entre le secteur public et le secteur privé est porteuse de sens et de potentiel. »

Cette initiative revêt une importance particulière dans un contexte de forte consolidation du secteur. « Aucune firme canadienne ne figure parmi les grands consolidateurs mondiaux », note Michael Thom. Créer des champions canadiens suppose, selon lui, de reconnaître que le pays doit ambitionner de rivaliser sur la scène mondiale, en misant sur ses avantages économiques, sa capacité de formation de capital et sa souveraineté économique.

Selon une étude de Brand Finance (Londres), Brookfield Asset Management était en 2025 la seule marque non américaine figurant parmi les 16 marques de gestion d’actifs les plus valorisées au monde. En janvier, Mark Carney a quitté la présidence du conseil de Brookfield pour se lancer dans la course à la direction du Parti libéral du Canada.

Michael Thom estime que le budget traduit un changement de perspective : « le Canada se positionne désormais comme un pays où la gestion d’actifs mondiale peut réellement s’enraciner. »

UN ALIGNEMENT PUBLIC-PRIVÉ À CONCRÉTISER

Le budget vise à mobiliser 1 billion de dollars d’investissements publics et privés sur cinq ans. « Le véritable test sera celui de l’exécution : s’assurer que les politiques se traduisent par une compétitivité et une croissance tangibles », tempère la Chambre de commerce du Canada dans un communiqué.

La CAMEA milite pour des réformes législatives et des incitatifs fiscaux, notamment de nouvelles structures juridiques adaptées aux fonds, afin d’encourager l’entrepreneuriat dans la gestion d’actifs.

 « Nous n’avons pas d’Autorités canadiennes en valeurs mobilières (ACVM) véritablement harmonisées. Il faut réduire les barrières commerciales interprovinciales du point de vue réglementaire pour rendre les entreprises canadiennes plus accessibles, tant ici qu’à l’étranger », souligne toutefois Claire Van Wyk-Allan.

Mais, selon Michael Thom, il ne s’agit pas d’un projet politique qui prendra des décennies. « Le changement de ton du gouvernement fédéral est un appel à l’action immédiat », commente-t-il.

Claire Van Wyk-Allan estime que le Canada dispose déjà « du talent, des ressources et de la base opérationnelle nécessaires » pour concrétiser cette politique. Elle cite à titre d’exemple Innocap (Montréal), une plateforme de comptes gérés pour placements alternatifs, et Finance Montréal, pôle du secteur financier québécois. Ces deux acteurs ont lancé il y a près de dix ans le

Programme des gestionnaires en émergence du Québec (PGEQ), qui offre financement et mentorat aux nouveaux gestionnaires pour les aider à se lancer et à croître.

Selon la CAMEA, Ottawa pourrait s’inspirer de ce modèle pour encourager les investisseurs institutionnels à soutenir les entrepreneurs de la gestion d’actifs au Canada.

La CAMEA souligne aussi le rôle de Finance Montréal et invite le gouvernement à placer les gestionnaires émergents au cœur de sa stratégie de croissance économique.

Claire Van Wyk-Allan rappelle enfin que le Canada compte l’un des plus forts ratios d’analystes financiers agréés (CFA) par habitant, des banques de calibre mondial et un modèle d’allocation d’actifs institutionnels reconnu à l’échelle internationale, le modèle « Maple ». Les gestionnaires de fonds, dit-elle, créent des emplois, stimulent les recettes fiscales et favorisent l’innovation.

« Le Canada est idéalement placé pour conjuguer le leadership politique du secteur public et l’expertise du secteur privé, conclut Michael Thom. Réduisons la distance entre Ottawa et les capitales financières du pays. »

RÉALIGNEMENT DES PROGRAMMES DE CAPITAL-RISQUE

Avec l’Initiative de catalyse du capital de risque et de croissance, le gouvernement prévoit de réaligner les engagements existants en matière de capital-risque et de financement des entreprises de taille moyenne « afin de répondre aux besoins actuels du marché ».

Depuis 2016, Ottawa a investi plus d’un milliard de dollars dans plusieurs cycles de l’Initiative de catalyse du capital de risque et de croissance, et l’Énoncé économique de l’automne 2024 prévoyait déjà une quatrième ronde en 2025-2026.

Les nouveaux investissements publics dans ce fonds devraient commencer en 2026-2027, indique le budget.

Par ailleurs, le gouvernement propose d’allouer 750 millions de dollars supplémentaires pour soutenir les entreprises canadiennes en phase de démarrage ou de croissance précoce, les détails devant être annoncés l’an prochain.

Enfin, le budget 2024 avait confié à l’ancien gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, la mission d’examiner comment favoriser une plus grande participation des fonds de pension canadiens dans les investissements domestiques.

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Michelle ­Schriver

Michelle Schriver est rédactrice en chef de Advisor.ca. Elle travaille avec l’a rédaction depuis 2015 et a été reconnue par les Prix du magazine canadien et la SABEW pour ses reportages. Envoyez-lui un e-mail à michelle@newcom.ca.