Le pessimisme économique gagne du terrain aux États-Unis

Par La rédaction | 15 September 2025 | Last updated on 12 September 2025
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Oleksii / AdobeStock

Le sentiment d’optimisme qui caractérisait historiquement les États-Unis semble s’effriter. Selon une enquête conjointe du Wall Street Journal et du National Opinion Research Center (NORC) de l’Université de Chicago, seulement 25 % des Américains croient aujourd’hui avoir de bonnes chances d’améliorer leur niveau de vie, un creux historique depuis le début de ces enquêtes en 1987. Et plus des trois quarts des répondants ne pensent pas que leurs enfants vivront mieux qu’eux.

La remise en question du « rêve américain », ce principe selon lequel les efforts individuels permettent de gravir l’échelle sociale, atteint également un sommet : près de 70 % des sondés affirment qu’il ne s’applique plus, ou qu’il n’a jamais été vrai.

UN PESSIMISME GÉNÉRALISÉ
Ce scepticisme dépasse les clivages politiques et socioéconomiques. Certes les républicains interrogés se montrent un peu moins négatifs que les démocrates, une tendance fréquente lorsque leur parti n’est pas pouvoir, mais l’indice global de pessimisme s’étend à toutes les catégories : hommes et femmes, jeunes et aînés, diplômés ou non, foyers aisés comme plus modestes.

« Cela me rend un peu triste, confie Neale Mahoney, professeur d’économie à l’université Stanford et spécialiste des perceptions économiques. Je pense que l’une de nos superpuissances en tant que pays, c’est notre optimisme inlassable… C’est le carburant de l’esprit d’entreprise et d’autres réalisations exceptionnelles. »

UNE QUESTION DE PERCEPTION
Paradoxalement, les données macroéconomiques ne sont pas catastrophiques. L’évaluation de l’économie actuelle s’améliore légèrement : 44 % des répondants la jugent « bonne » ou « excellente », en hausse par rapport aux 38 % de l’an dernier. Pourtant, 56 % la trouvent encore « mauvaise » ou « médiocre ».

Cette dissonance alimente depuis plusieurs années un débat chez les économistes. Les indicateurs traditionnels, comme une inflation contenue, un chômage faible et une croissance soutenue, demeurent solides. Pourtant, le moral des ménages reste morose. Ce décalage, déjà problématique pour Joe Biden en 2024, menace désormais la présidence de Donald Trump, malgré ses affirmations sur la vigueur économique du pays.

NealeMahoney et ses collègues observent que depuis la pandémie, les perceptions se sont nettement détachées des indicateurs réels. Même le boom boursier n’a pas redonné confiance aux ménages.

LOGEMENT INABORDABLE, AVENIR INCERTAIN
L’accessibilité au logement cristallise de nombreuses frustrations. Moins d’un quart des répondants se disent confiants dans leur capacité à acheter une maison. Plus de la moitié déclarent n’avoir que peu ou pas de confiance à cet égard.

Jeff Lindly, évaluateur immobilier au Texas, constate que deux de ses trois enfants adultes vivent encore sous son toit, faute de pouvoir acquérir une propriété malgré leurs efforts d’épargne. Et son propre revenu a chuté de 60 % avec le ralentissement immobilier.

Christina Stephens, gestionnaire dans la tech à Washington, encadre des jeunes désabusés. « Les loyers sont exorbitants ; l’inflation nous tue », déplore-t-elle. Même avec un emploi stable, elle vit dans la crainte de le perdre. D’autres, comme Christopher Kishel et sa femme, dont le revenu conjoint est de 350 000 $ annuellement, renoncent à changer de logement de peur de perdre leur taux hypothécaire avantageux.

UN FUTUR INCERTAIN
Pour Karlyn Bowman, chercheuse senior à l’American Enterprise Institute, un think tank conservateur, ce climat morose est le résultat d’un « triple choc » économique :

  • la crise financière de 2008,
  • la pandémie
  • puis la flambée des prix.

Aujourd’hui, s’ajoutent les inquiétudes liées au marché du travail, aux tarifs douaniers et à l’intelligence artificielle.

« Les salaires ne suivent pas la flambée ridicule des prix de l’immobilier. Comment résoudre cela ? Voilà la clé pour sauver le rêve américain », résume Jerry Esch, ex-cadre chez Microsoft licencié après 20 ans de service.

Son gendre Austin Odle, diplômé d’un MBA et lui aussi au chômage, exprime le même désenchantement. « Je pensais faire tout ce qu’il fallait, et pourtant je n’ai jamais eu l’impression d’avancer. »

L’étude du Wall Street Journal met en lumière un pessimisme économique enraciné, où même ceux qui s’en sortent bien financièrement ne se sentent pas à l’abri. Le rêve américain n’est plus perçu comme une promesse, mais comme un mirage de plus en plus inaccessible.

Alors que l’inflation ralentit et que les grands indicateurs semblent rassurants, c’est désormais l’anxiété face à l’avenir, plutôt que les difficultés immédiates, qui pèse le plus lourd sur le moral américain.

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La rédaction