L’éducation financière ne suit pas la croissance des richesses 

Par Alisha Hiyate | 27 November 2025 | Last updated on 26 November 2025
5 min read
Père et fille économisant de l’argent dans une tirelire.
Hispanolistic / iStock

Alors que la valeur nette réelle des Canadiens a plus que doublé entre 1990 et 2024 pour atteindre une moyenne de 415 000 $ par ménage, cela ne s’est pas accompagné d’une amélioration des connaissances financières, révèle un commentaire publié cette semaine par l’Institut C.D. Howe. Les auteurs suggèrent que les avancées en intelligence artificielle (IA) pourraient contribuer à combler cet écart.

En parallèle, les décisions financières sont devenues plus complexes, car de moins en moins de Canadiens peuvent compter sur un régime de retraite d’employeur, ce qui rend l’épargne personnelle d’autant plus importante, particulièrement dans le contexte de l’allongement de l’espérance de vie, écrivent Pierre-Carl Michaud et Bernard Morency dans « Learning to Fly: How Canadians Navigate a More Complex Financial Landscape ».

Un signe important du manque de littératie financière : les lacunes dans la compréhension des comptes enregistrés et des avantages fiscaux des REER par rapport aux CELI, telles que rapportées par l’indice RSI du Retirement Savings Institute entre 2021 et 2024.

« La compréhension du traitement fiscal des cotisations, des rendements et des retraits est limitée, écrivent Pierre-Carl Michaud et Bernard Morency. Beaucoup croient qu’il existe des pénalités pour retirer des fonds des REER ou des CELI de façon anticipée. La plupart ne comprennent pas comment fonctionnent les droits de cotisation futurs. »

L’indice RSI pose des questions simples couvrant les grands volets de la littératie financière :

  • intérêt composé,
  • pouvoir d’achat (inflation),
  • relation entre la valeur des obligations et les taux d’intérêt,
  • intérêt composé sur la dette,
  • diversification du risque et hypothèques.

Les auteurs soulignent que moins de 26 % des personnes en âge de travailler répondent correctement à plus de la moitié des questions, une ignorance qui peut coûter cher.

« Le mauvais choix de véhicule d’épargne, en fonction du taux d’imposition marginal, peut réduire considérablement le rendement net de l’épargne », préviennent-ils.

L’IA (ET LES CONSEILLERS) A LA RESCOUSSE

Les consommateurs qui souhaitent en apprendre davantage sur les finances personnelles et la planification de la retraite doivent souvent se débrouiller seuls en naviguant dans un ensemble disparate d’outils en ligne, souvent fournis par des institutions financières elles-mêmes, observent Pierre-Carl Michaud et Bernard Morency.

Ils estiment toutefois que l’IA pourrait jouer un rôle clé en améliorant la littératie financière et en donnant aux Canadiens les connaissances nécessaires au moment où ils en ont besoin.

Les chatbots conversationnels pourraient offrir de l’éducation personnalisée selon la situation de chacun. Les auteurs suggèrent aussi que des organismes de réglementation ou professionnels, comme FP Canada, qui forme et certifie les planificateurs financiers, développent des outils reposant sur des modèles de langage « entraînés sur l’expertise de conseillers certifiés ».

« L’accès à un tel modèle de langage pourrait ensuite être rendu gratuit pour le public et promu lors des grandes étapes de la vie, puisque beaucoup de consommateurs ne savent tout simplement pas ce qu’ils ne savent pas, commentent-ils. Une avenue serait que l’Agence de la consommation en matière financière du Canada (ACFC), de concert avec les régulateurs provinciaux, développe et héberge ces outils, et en encourage l’utilisation ou exige des institutions financières qu’elles en informent leurs clients. »

Mais cette approche comporte des risques. Les auteurs soulignent que les outils basés sur des modèles de langage peuvent halluciner, qu’ils soient publics ou propriétaires.

« Une validation en deux étapes de l’avis fourni par l’IA, où un conseiller vérifie l’information, constitue une solution plus sûre », soulignent-ils, ajoutant que cela peut aussi atténuer les biais implicites contenus dans les recommandations générées par l’IA. « En fin de compte, les conseillers doivent demeurer responsables de l’avis donné. »

En réponse à la demande de commentaires sur le rapport, FP Canada indique « ne pas avoir l’intention pour le moment de développer ou d’investir dans des solutions technologiques liées à des conseils générés par l’IA ».

Toutefois, l’organisme a souligné avoir récemment créé, avec l’Institute of Financial Planning, un groupe de travail appelé Fintellect pour étudier l’impact de la technologie sur la planification financière.

« L’un des volets de notre recherche porte sur la façon dont la technologie peut améliorer l’accès à la planification financière, indique la déclaration envoyée par courriel. Il est important de rappeler que la planification financière repose sur une relation profondément personnelle entre un planificateur professionnel et son client. Les technologies comme l’IA peuvent soutenir cette relation, mais l’élément humain demeure essentiel pour générer des résultats positifs. »

Dans le cadre de l’initiative Fintellect, FP Canada élabore le premier code de normes destiné aux fournisseurs de solutions fintech. Il doit être publié au début de 2026.

LE ROLE DU GOUVERNEMENT

Pierre-Carl Michaud et Bernard Morency estiment que le gouvernement doit jouer un rôle central dans la mise en place de solutions de planification de la retraite et de littératie financière. Il devrait notamment fournir un cadre réglementaire clair sur l’utilisation de l’IA dans les services financiers, et établir des protections en matière de confidentialité et de sécurité.

Ils soutiennent également que le gouvernement devrait désigner un responsable pour coordonner les politiques publiques et l’éducation financière liées aux finances personnelles et à l’épargne-retraite.

Ils soulignent que les pensions publiques sont fragmentées : l’Office d’investissement du RPC d’un côté, le Bureau de l’actuaire en chef de l’autre, et Emploi et Développement social Canada pour la SV et le SRG ; chacun opérant séparément.

« Personne n’est réellement responsable d’évaluer comment les changements aux régimes de retraite d’employeur influencent les revenus futurs des retraités, ni de surveiller la façon dont les REER et les CELI complètent les revenus de retraite. »

Un rapport publié en juillet par Kathryn Bush, chercheuse principale à l’Institut C.D. Howe, réclamait la création d’un tableau de bord de retraite permettant aux Canadiens d’évaluer plus facilement leurs revenus futurs en regroupant en un même endroit leurs droits et leurs épargnes.

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Alisha Hiyate

Alisha Hiyate est rédactrice en chef d’Investment Executive et d’Advisor.ca. Elle a 19 ans d’expérience dans le journalisme et couvre l’industrie minière et les marchés. Envoyez-lui un courriel à l’adresse alisha.h@newcom.ca.