Les défaillances du financement des actions climatiques urgentes

Par La rédaction | 27 March 2025 | Last updated on 26 March 2025
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Feu de forêt le temps de nuit sur la montagne avec la grande fumée.
mack2happy / iStock

Un rapport sur le financement climatique publié par Climate Vulnerable Forum (CVF) et Henley & Partners souligne les défaillances du financement des actions climatiques urgentes. Ce dernier propose également une migration d’investissements qui permettrait de débloquer des ressources nécessaires afin de financer la résilience climatique dans les pays les plus menacés du monde.

Le CVF regroupe 70 pays particulièrement exposés au changement climatique. Cette organisation internationale représente 1,75 milliard de personnes, soit 20 % de la population mondiale. Si ce groupe de pays représente le cinquième de la population mondiale, il ne produit que 6 % des émissions mondiales. Pourtant, ces nations sont confrontées aux conséquences les plus dramatiques du dérèglement climatique.

L’ONU estime que les petits États insulaires en développement ont enregistré des pertes liées au climat s’élevant à 153 milliards de dollars (G$) au cours des cinq dernières décennies, tandis que leur contribution aux émissions mondiales demeure inférieure à 1 %.

De plus, le fardeau financier qui pèse sur ces pays est encore aggravé par un déficit de financement de l’adaptation climatique de 34 G$. À cela s’ajoutent deux problèmes majeurs :

  • d’une part, la dette publique de 70 % des PEID dépasse les niveaux d’endettement soutenables,
  • et d’autre part, les dommages causés par les catastrophes climatiques dans ces régions ont augmenté de 90 % entre 2011 et 2022.

« En mobilisant des investissements internationaux, nous pouvons fournir un financement immédiat et sans endettement aux projets de résilience climatique, et proposer ainsi une bouée de sauvetage financière essentielle aux pays vulnérables tout en permettant aux investisseurs de soutenir l’action climatique mondiale. Il est capital de repenser l’interaction entre les fonds et capitaux privés et les besoins de financement public afin de combler le déficit de financement de la lutte contre le changement climatique », avance Juerg Steffen, PDG de Henley & Partners.

Dans le rapport Citizenship by Investment : Sustainable Climate Finance for Governments, Mohamed Nasheed, Secrétaire général du CVF et ancien Président des Maldives, décrit le financement climatique comme étant :

  • lent,
  • restrictif
  • et surtout inaccessible aux pays qui en ont pourtant désespérément besoin.

« Alors que les pays riches retardent l’action climatique et leurs engagements de financement, ceux qui se trouvent en première ligne doivent lutter pour assurer leur survie. Le système financier international faisant défaut, nous avons besoin de solutions audacieuses afin de modifier l’équilibre des pouvoirs en matière de financement climatique. En raison des seuls impacts climatiques, les pays du CVF ont déjà perdu 20 % de leur potentiel de croissance du PIB au cours des deux dernières décennies. Nous ne pouvons pas compter sur la charité des pays industrialisés. Il est donc nécessaire d’engager des initiatives urgentes afin de garantir un accès direct et immédiat au financement de l’action climatique. »

Henley & Partners fournit quant à lui des conseils stratégiques aux gouvernements intéressés pour les aider dans leur développement et pour mettre en œuvre et gérer des programmes de résidence et de citoyenneté basés sur l’investissement. Sa récente initiative a abouti à la création du premier programme d’investissement citoyen en lien avec le climat : le Programme de citoyenneté pour la résilience économique et climatique de Nauru.

« Notre programme finance des initiatives essentielles en matière de résilience, du renforcement des côtes à la modernisation de la gestion de l’eau, sans oublier la production alimentaire durable. Des modèles similaires ont permis de renforcer la résilience climatique dans de petits États insulaires comme la Grenade et Antigua-et-Barbuda, mais celui de Nauru est le premier à accorder une place centrale à l’adaptation climatique. Les innovations que nous mettons en œuvre afin de lutter contre la montée des eaux peuvent contribuer à façonner des stratégies mondiales en matière de résilience », explique Son Excellence David W. R. Adeang, député et Président de la République de Nauru.

DES PISTES DE SOLUTIONS

Outre ses constats, le rapport propose quelques pistes de solutions. Il explique notamment comment structurer les programmes de migration d’investissement afin de créer des Fonds de résilience climatique par migrations d’investissement qui orientent les capitaux privés vers des projets essentiels en matière de résilience climatique sans accentuer la dette nationale.

En combinant ces programmes avec des fonds de dotation en capital naturel, les pays concernés peuvent générer des flux de revenus durables pour financer la protection du littoral, les initiatives de compensation carbone et le développement de l’économie bleue.

L’exploitation des obligations bleues, ainsi que le développement de l’écotourisme et des marchés de crédits carbone pour financer l’adaptation au changement climatique et la diversification économique, figurent parmi les modèles prometteurs issus de cette approche.

« Ainsi mis en œuvre [ces fonds] fonctionneront comme des fonds souverains destinés à réduire les fluctuations économiques, à financer les initiatives de développement durable à long terme et serviront de coussin financier contre les enjeux climatiques et économiques. Cependant, ils se distinguent des modèles traditionnels par l’intégration du financement climatique, de la gestion des risques et du développement économique dans leur gouvernance », explique Jean Paul Fabri, Économiste en chef chez Henley & Partners.

Financer la résilience climatique permettrait, certes d’aider les pays à risque, mais également de « [libérer] les marchés, [renforcer] les économies et [contribuer] à façonner un avenir commun », conclut Sara Jane Ahmed, Directrice générale du CVF et Conseillère financière du V20 au secrétariat du CVF-V20.

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La rédaction