Les économies du Canada et des États-Unis prennent des chemins différents

Par La rédaction | 23 May 2025 | Last updated on 22 May 2025
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Deux contenants se heurtent, un avec les couleurs du drapeau du Canada et l'autre avec les couleurs du drapeau des États-Unis.
wildpixel / iStock

La guerre tarifaire signe le début d’une dissociation réelle des économies canadienne et américaine, prévient la Bourse de Montréal, qui signale les impacts à attendre pour les investisseurs.

Ces deux économies sont étroitement liées depuis plusieurs décennies, et encore plus depuis la signature du premier Accord de libre-échange en 1988.

Ce lien étroit se matérialise dans la corrélation existante entre les taux de rendement à cinq ans des obligations du Canada et du Trésor américain. Même au plus fort de la crise financière de 2008, cette corrélation ne s’est pas démentie.

Malgré des liens économiques historiquement étroits, la guerre tarifaire lancée par le président américain Donald Trump pourrait amorcer un découplage progressif entre les deux économies, selon une analyse de la Bourse de Montréal intitulée « Un lent découplage est en cours ».

Certes, la relation économique entre les deux pays a déjà connu des soubresauts, voire des crises. Mais cette fois-ci, les conséquences pourraient bien être différentes.

En effet, c’est bien une tendance de fond qui est derrière la volonté de Donald Trump d’appliquer des tarifs douaniers à de nombreux pays dans le monde, y compris le Canada. « La moitié des électeurs américains approuvent la décision d’imposer des droits de douane à presque tous leurs partenaires commerciaux », pointe le rapport. Cela signifie que même si Donald Trump n’était pas président, cette tendance persisterait. Et cela pourrait bien être le cas, quel que soit le résultat des élections américaines en 2026 et en 2028.

« Dans le contexte du commerce international comme dans le cadre de toute relation, la confiance s’acquiert lentement, mais se perd très rapidement. De nombreuses entreprises canadiennes tarderont à refaire confiance au marché américain, et le mouvement de diversification de l’économie misant moins sur les exportations vers les États-Unis devrait perdurer, au minimum, au cours de la prochaine génération », prédit la Bourse de Montréal.

Cependant, cette évolution sera lente. Les entreprises canadiennes établiront progressivement des relations avec de nouveaux acheteurs, ce qui pourrait faire passer la part des exportations canadiennes vers les États-Unis de 76 % à moins de 50 %.

Cette diversification des exportations canadiennes se traduira par une croissance plus faible à court et moyen terme, car même si d’autres marchés sont accessibles, le marché américain a toujours été plus facile d’accès.

La croissance affaiblie conduira à une dépréciation du dollar canadien, elle-même accentuée par la Banque du Canada. En effet, celle-ci devra poursuivre l’assouplissement de sa politique monétaire pour éviter une récession.

Il faudra attendre longtemps avant que le rendement des obligations canadiennes à deux ans puisse à nouveau dépasser le rendement des obligations américaines. « Dans le cas des échéances de cinq ans et de dix ans, les rendements des obligations des deux pays devraient diverger de façon permanente. »

Parallèlement, la couverture des taux d’intérêt sera beaucoup plus volatile à l’avenir.

Les participants au marché devront également reconnaître que le faible risque associé aux bons du Trésor américain ne peut plus être tenu pour acquis. Par conséquent, les obligations américaines ne devraient plus être perçues comme des substituts à faible risque aux obligations canadiennes.

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La rédaction