Les États-Unis entreront en récession en 2025

| 4 December 2024 | Last updated on 4 December 2024
5 min read
Récession économique, chute des pertes boursières.
seamartini / iStock

Les économies américaine et canadienne entreront toutes deux en récession en 2025, prédit Peter Berezin, stratège mondial en chef chez BCA Research. S’il affirme qu’aucune des deux économies ne connaîtra le type de récession comparable à celle qui a suivi la crise financière mondiale de 2008, il est pessimiste quant à la capacité des deux banques centrales à réaliser un atterrissage en douceur.

Lors d’une réunion de la CFA Society à Toronto le 20 novembre, Peter Berezin — qui a insisté sur le fait qu’il n’était pas un « perma-bear », soit une personne qui adopte constamment une vision pessimiste des marchés financiers ou de l’économie — a présenté un large éventail d’arguments favorisant un ralentissement aux États-Unis, et couvrant le chômage, les dépenses, ainsi que la politique fiscale et monétaire.

« Le marché du travail commence à se fissurer, explique-t-il. Le nombre de personnes bénéficiant de l’assurance chômage — les demandes de chômage continues — est environ 15 % plus élevé qu’en 2018 et 2019 pour la même période de l’année. »

Les dépenses de consommation montrent également des signes d’affaiblissement, car les ménages américains ont brûlé l’épargne accumulée au cours de la pandémie. « Cet argent a disparu », insiste-t-il.

En outre, la croissance du revenu personnel disponible « va continuer à baisser », avertit Peter Berezin. Et les dettes en souffrance d’augmenter, dépassant les niveaux d’avant la pandémie.

Même la récente baisse des impayés de cartes de crédit est davantage le signe d’un resserrement des normes de prêt par les institutions financières que d’un désendettement des ménages. « Ils ont augmenté les taux d’intérêt à des niveaux très élevés, de sorte que l’emprunteur marginal ne peut plus obtenir de carte de crédit. Les retards de paiement ont diminué, mais au prix d’une croissance beaucoup plus faible de l’endettement par carte de crédit », résume-t-il.

Les dépenses d’investissement aux États-Unis semblent également vulnérables.

Sur le front de l’immobilier, Peter Berezin souligne que le nombre de logements en construction cette année avait diminué. « On pourrait penser qu’avec des prix de l’immobilier aussi élevés, les constructeurs construiraient plus de logements, soutient-il. Ce n’est pas le cas. Cette année, les marchés de l’immobilier existant sont pratiquement gelés. »

La baisse des mises en chantier est un autre indicateur fiable de récession, selon Peter Berezin.

L’immobilier commercial n’est pas mieux loti. Peter Berezin décrit le marché des bureaux comme étant « sinistre », soulignant que le taux d’inoccupation a atteint un « territoire inconnu ».

Les taux d’impayés augmentent dans le secteur des logements collectifs. « Certains marchés se portent bien, mais sur d’autres, comme Austin, par exemple, […] les loyers sont en chute libre. Les promoteurs font faillite.

« Je pense que cela aura des répercussions sur le système bancaire. Je ne prédis pas une crise à la Lehman Brothers, mais nous pourrions avoir quelque chose de plus proche de la crise des caisses d’épargne et de crédit, qui est plutôt une crise à évolution lente », prévient-il.

Peter Berezin craint que les petits prêteurs régionaux soient surexposés à l’immobilier commercial et qu’ils n’aient pas les bilans nécessaires pour résister à une forte récession.

Les politiques commerciales adoptées par le président élu Donald Trump présentent un risque supplémentaire pour l’économie américaine. « Donald Trump était très, très sérieux au sujet de l’augmentation des droits de douane. J’entends toujours cet argument selon lequel ce n’est qu’une tactique de négociation. Je ne pense pas que Donald Trump considère les droits de douane comme un moyen de parvenir à ses fins. Il considère les droits de douane comme une fin en soi. »

Peter Berezin estime que la politique commerciale, et plus généralement la politique fiscale, ne parviendront pas à promouvoir la croissance économique au cours de la nouvelle année.

En ce qui concerne la politique monétaire, il affirme que la Réserve fédérale américaine « est à la traîne ». Même si elle réduit ses taux l’année prochaine, les taux hypothécaires moyens continueront d’augmenter.

Peter Berezin explique que les personnes qui achèteront une maison au cours des 12 prochains mois contracteront un prêt hypothécaire d’environ 7 %, soit un taux plus élevé que celui dont bénéficient actuellement de nombreux propriétaires américains. « Le taux hypothécaire moyen va donc augmenter, même si les taux baissent et même si les taux hypothécaires diminuent par rapport aux niveaux actuels. »

S’il a raison, les actions américaines risquent d’être malmenées. Peter Berezin prévoit que le S&P 500 tombera à 4 100 points, soit une chute de 30 % par rapport à l’ouverture du 22 novembre dernier. L’indice n’a pas clôturé à un niveau aussi bas depuis mars 2023.

« Je suppose simplement que le multiple à terme [cours/bénéfice] tombe à 17, déclare-t-il. C’était la moyenne entre 2015 et 2019, pendant la majeure partie du premier mandat de Donald Trump. » Il ne s’agissait pas d’années de récession, fait remarquer Peter Berezin. Le ratio cours/bénéfice prévisionnel actuel de l’indice est d’environ 22.

Peter Berezin partage un point de vue similaire sur le Canada, en constatant que le pays connaît de nombreuses tendances similaires à celles de son voisin. 

« Le Canada est déjà au bord de la récession », assure-t-il.

Dans une entrevue accordée à Advisor.ca, Peter Berezin affirme que nous nous apprêtons à vivre une situation semblable à celle de la récession de 2001. « Pendant cette récession, il n’y a même pas eu deux trimestres consécutifs de croissance négative, mais les actions ont tout de même chuté de 49 % au moment où elles ont atteint le creux de la vague. »

Abonnez-vous à nos infolettres