Les fonds en difficulté liquident d’abord leurs actifs les moins liquides

Par James Langton | 23 September 2025 | Last updated on 22 September 2025
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Femme concentrée sur des documents financiers devant un écran d’ordinateur.
PeopleImages / iStock

Face à un stress de marché intense, les gestionnaires de fonds communs de placement ont tendance à prioriser la liquidité en vendant d’abord leurs actifs les moins liquides, révèle une nouvelle étude menée par une professeure de finance de l’École de gestion Schulich de l’Université York.

Dans un article à paraître dans la revue scientifique Management Science, Aleksandra Rzeźnik, professeure adjointe de finance à Schulich, analyse le comportement des gestionnaires de fonds confrontés à des rachats accrus et à une forte volatilité.

Son analyse repose sur des données provenant de fonds d’actions américains entre 1998 et 2019. Elle y montre que les gestionnaires suivent un véritable « ordre hiérarchique de liquidité », c’est-à-dire qu’ils liquident d’abord les titres les moins liquides, une approche qui influence le coût de la liquidité ainsi que les rendements liés à la fourniture de liquidité.

Selon l’étude, la liquidité relative d’une action à l’intérieur d’un portefeuille constitue un facteur clé dans l’ordre des ventes — les gestionnaires privilégiant la recherche de liquidité au maintien de la composition du portefeuille.

« Lorsqu’ils sont confrontés à l’incertitude et aux rachats d’investisseurs, les gestionnaires de fonds tendent à préserver la liquidité. Ce comportement n’est pas aléatoire, il suit un schéma systématique où les actifs les moins liquides sont vendus en premier, ce qui a des implications importantes pour la tarification de la liquidité sur les marchés », explique Aleksandra Rzeźnik dans un communiqué.

Selon l’article, le mécanisme de tarification utilisé par les fonds communs à capital variable crée un avantage pour les premiers à racheter, ce qui amplifie l’impact des chocs négatifs, en particulier lors de périodes de stress généralisé, et contribue à la variation du prix de la liquidité dans le temps.

L’étude révèle également que les fonds particulièrement exposés aux spirales de liquidité sont plus vulnérables lors des épisodes de stress. Ces fonds ajustent leurs portefeuilles de manière plus agressive, ce qui accentue la réaction globale des marchés.

En particulier, les réponses des fonds à l’incertitude sont plus marquées lorsque leurs portefeuilles sont moins liquides, que leurs flux sont sensibles à la performance, que la part de propriété institutionnelle est faible, que le risque de liquidité du portefeuille est élevé, ou encore lorsqu’ils sont exposés à des chocs de liquidité fortement corrélés.

Du point de vue des titres, les sociétés émettrices détenues par des fonds plus fragiles et celles occupant un rang élevé d’illiquidité dans les portefeuilles enregistrent des rendements plus élevés liés à la fourniture de liquidité durant les périodes de stress, indique l’étude.

Ces constats pourraient avoir des implications pour les participants de marché comme pour les autorités de réglementation.

« Comprendre comment la gestion de la liquidité fonctionne en pratique est essentiel pour les décideurs, les investisseurs et les acteurs de marché. Cela aide à expliquer pourquoi certains titres ou secteurs sont plus affectés pendant les crises, et ces résultats peuvent inspirer des stratégies visant à atténuer les effets des chocs de liquidité », conclut Aleksandra Rzeźnik.

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James Langton

James Langton est journaliste pour Advisor.ca et Investment Executive. Depuis 1994, il fait des reportages sur la réglementation, le droit des valeurs mobilières, l’actualité de l’industrie et plus encore.