Les héritages creusent les inégalités au Québec

Par La rédaction | 20 October 2025 | Last updated on 17 October 2025
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Une rue bordée de maisons.
bakerjarvis / iStock

Alors que les inégalités de patrimoine sont déjà particulièrement marquées au Québec, au cours de la prochaine décennie une vaste part du patrimoine financier et immobilier accumulé par la génération des baby-boomers passera aux mains des plus jeunes générations, selon une nouvelle analyse sur les héritages et leur potentiel impact sur les inégalités réalisée par l’Observatoire des inégalités.

En 2023, l’avoir net des Québécois de 65 ans et plus s’élevait à 916,8 milliards de dollars (G$). Et au cours des dix prochaines années, ce magot devrait passer aux mains des plus jeunes générations, aggravant encore les inégalités dans la province, prévient l’Observatoire.

Ce phénomène va se produire alors que les inégalités de patrimoine sont déjà particulièrement marquées. Ainsi, au Québec, les familles des 10 % les plus riches possèdent à elles seules près de la moitié des actifs nets de la province (45,6 %), contre 4,3 % de cette richesse pour les 40 % les plus pauvres. Ces écarts sont ainsi plus prononcés que les inégalités de revenu, en partie atténuées par la redistribution qu’opère le système fiscal.

UN PORTRAIT DES INÉGALITÉS

L’héritage n’est pas l’apanage des riches, mais ces derniers sont nettement plus susceptibles d’en recevoir un que les autres tranches de la population.

En effet, alors que 29,3 % des familles rapportent qu’au moins un de leurs membres avait reçu un héritage au cours de sa vie, cette proportion grimpe à 46,5 % chez les familles les plus riches, alors qu’elle n’est que de 19 % chez les moins bien nanties. De plus, l’héritage n’est pas du même acabit… Les familles les plus riches recevraient en moyenne 801 600 $ contre 3 300 $ au 1er décile.

À elles seules, les familles québécoises appartenant aux 10 % les plus riches ont cumulé des héritages totalisant 58,2 G$, ce qui représente 36,2 % de l’ensemble des montants hérités.

À noter que les héritages ne se limitent pas à ceux reçus après un décès puisque de plus en plus de personnes transmettent des biens à leurs proches de leur vivant ; des dons particulièrement peu documentés.

Dans un contexte de crise du logement, l’héritage patrimonial occupe également une place déterminante dans l’accès à la propriété. Parmi l’ensemble des familles canadiennes, 42 % des familles propriétaires ont déclaré avoir reçu un héritage ou un soutien familial pour acheter une maison comparativement à seulement 9,5 % chez les familles locataires.

IMPÔT SUR LES SUCCESSIONS

Pour rappel, le Québec n’impose pas directement les successions préférant calculer un impôt sur le gain en capital pour certains avoirs d’une personne décédée. Le Canada fonctionne de la même façon contrairement à la majorité des pays de l’OCDE qui imposent directement les successions et appliquent des taux progressifs.

Selon l’OCDE, bien qu’impopulaire, cette imposition directe permet de réduire quelque peu les inégalités de richesse.

L’Observatoire des inégalités estime que cette redistribution des héritages pourrait avoir un impact significatif sur la situation financière des familles moins nanties. Toutefois, il note qu’une étape préalable essentielle consiste à se doter de données plus précises sur la répartition de la richesse, notamment en documentant les héritages et leur transmission, incluant les dons du vivant. 

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La rédaction