Les objectifs de développement durable, nouvelle boussole des investisseurs

Par La rédaction | 10 October 2025 | Last updated on 9 October 2025
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La planète Terre en vert, posée sur une table où des gens discutent.
shuja / AdobeStock

Plus de 2 200 obligations d’entreprises alignées sur les objectifs de développement durable de l’ONU ont été émises en 2024, contre quelques dizaines il y a dix ans. Cette explosion témoigne d’un phénomène majeur : le cadre des Nations Unies, initialement destiné aux gouvernements, s’impose désormais comme une référence incontournable dans la finance mondiale.

C’est ce qui ressort d’un article publié par l’Association pour l’investissement responsable (AIR), s’appuyant sur des données de Gestion de placements TD. Depuis leur adoption en 2015, les 17 objectifs de développement durable (ODD) ont progressivement quitté le domaine exclusif de la diplomatie pour s’installer au cœur des salles de marché. Ce qui était au départ un programme politique destiné à guider l’action publique jusqu’en 2030 — couvrant des défis aussi variés que l’élimination de la pauvreté, l’accès à l’éducation ou la lutte contre les changements climatiques — s’est transformé en outil stratégique pour les acteurs financiers.

UN CADRE QUI SIMPLIFIE L’ESG
L’attrait pour les ODD s’explique en partie par le désordre qui règne dans l’univers de l’investissement environnemental, social et de gouvernance (ESG), estime l’autrice Charlene Fang, associée Investissement durable chez Gestion de Patrimoine TD. Face à la multiplication des définitions, des méthodologies et des fournisseurs de données, les investisseurs cherchaient un référentiel commun. Les ODD offrent cette clarté : 17 objectifs déclinés en 169 cibles et plus de 200 indicateurs mesurables.

Selon le rapport d’évaluation 2024 des Principes pour l’investissement responsable des Nations Unies, plus de la moitié des propriétaires et gestionnaires d’actifs utilisent désormais les ODD pour évaluer la performance durable de leurs portefeuilles. Le cadre est également intégré dans les principales normes internationales de divulgation, de la Global Reporting Initiative au règlement européen sur la finance durable.

DES ÉTATS AUX ENTREPRISES, TOUS ÉMETTENT
L’engouement se mesure aussi dans les chiffres des émissions obligataires. Les gouvernements d’Indonésie, du Mexique et du Chili ont été parmi les premiers à lever des fonds via des obligations explicitement liées aux ODD, finançant ainsi des projets ciblés dans la santé, l’éducation ou la résilience face au climat. Côté privé, les entreprises adoptent massivement ces cadres pour lever des capitaux destinés à l’énergie propre ou aux infrastructures durables. Le secteur public a émis plus de 650 obligations ODD en 2024, selon les données de Bloomberg Finance.

UN DÉFICIT À COMBLER
Derrière cette dynamique se cache une réalité brutale : l’humanité est loin d’être sur la bonne trajectoire. Le rapport 2024 sur les objectifs de développement durable révèle que 48 % des cibles évaluables affichent encore un écart modéré ou grave par rapport aux objectifs fixés. Pire, 17 % des indicateurs sont tombés en dessous des niveaux de 2015.

Pour respecter l’échéance de 2030, il faudra mobiliser entre 5 000 et 7 000 milliards de dollars américains (G$ US) par an, estime la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement. Le déficit de financement actuel oscille entre 2 500 et 4 000 G$ US annuellement. Ces sommes colossales concernent des secteurs aussi divers que les infrastructures, l’énergie propre, l’eau, l’assainissement et l’agriculture.

UNE OPPORTUNITÉ AUTANT QU’UN DEVOIR
Pour les investisseurs, ce fossé financier représente une occasion considérable. Les secteurs alignés sur les ODD — santé, énergies renouvelables, éducation, infrastructures — bénéficient de vents porteurs : transitions démographiques, soutien politique croissant, accélération technologique. Plusieurs fonds institutionnels ont déjà lancé des instruments de financement mixte ciblant les marchés émergents, zones particulièrement sous-financées, mais riches en potentiel.

Des outils comme la carte des investisseurs ODD du Programme des Nations Unies pour le développement permettent d’identifier pays par pays les occasions commercialement viables. L’approche ne relève plus seulement de la philanthropie ou de l’investissement d’impact de niche : elle s’inscrit dans une logique de rendements durables à long terme.

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La rédaction