Les perspectives des marchés 2025, selon IG

Par Nathalie Savaria | 22 January 2025 | Last updated on 22 January 2025
6 min read
Un homme d’affaires regarde vers la ville à l’horizon à travers une longue-vue.
DNY59 / iStock

Si l’année 2025 comporte son lot de défis et d’incertitudes, elle s’annonce également prometteuse, d’après le rapport Perspectives des marchés 2025 d’IG Gestion de patrimoine.

Après une année 2024 qui a largement dépassé les attentes, l’équipe d’IG prévoit une progression de l’économie mondiale tout au long de 2025, bien que la croissance variera selon les pays et les régions.

« Nous estimons que la situation économique mondiale en général va dans la bonne direction », affirme Pierre-Benoît Gauthier, vice-président, Stratégie de placement, IG Gestion de patrimoine. 

« Les craintes de récession sont largement derrière nous. Puis, historiquement, les États-Unis sont une locomotive suffisante pour diriger un peu les tendances de l’économie mondiale. Les Américains semblent vraiment être sortis du pire qu’on avait pu entrevoir dans les dernières années, plusieurs signaux remontent vers le haut. Même pour la productivité manufacturière, qui est encore en contraction aux États-Unis selon les données de l’ISM, la tendance est pour un rétablissement plus positif. »

LE SPECTRE DE LA DÉFLATION EN CHINE

Toutefois, « le facteur X, c’est la Chine, tempère M. Gauthier. Là-bas, on flirte avec la déflation. […] Donc, les revenus baissent, mais la dette, elle, ne baisse pas. » 

Selon lui, les Américains ont donné le mode d’emploi pour lutter contre la déflation en 2009 et, dans une certaine mesure, en 2020, en stimulant l’économie à travers des politiques monétaires et fiscales.

« Nous espérons que la Chine copie ce mode d’emploi que les Américains avaient établi pour combattre ces problèmes-là. Si c’est le cas, nous pourrions être surpris de la performance des actions chinoises. Mais tout ça va dépendre évidemment des gestes des banques centrales », précise-t-il.

UNE SITUATION CONTRASTÉE DES DEUX CÔTÉS DE LA FRONTIÈRE

Bien que la ligne directrice d’IG soit de ne pas surestimer l’impact des politiques sur les marchés boursiers, Pierre-Benoît Gauthier concède que « cette année, il est plus difficile de l’ignorer que d’habitude ».

D’après cet expert, la comparaison entre la situation canadienne et américaine et ses conséquences sera un thème récurrent cette année.

« Au Canada, l’économie est plus fragilisée, non seulement par les menaces de Donald Trump, mais aussi parce que, généralement, les conséquences des taux d’intérêt élevés ont été beaucoup plus difficiles pour le consommateur canadien que pour le consommateur américain. »

Donc l’économie canadienne est plus affaiblie, et l’inflation semble largement derrière nous. Aux États-Unis, une tout autre situation prévaut. « L’économie semble être extrêmement résiliente et l’inflation pourrait persister davantage. »

LA DISPARITÉ DES TAUX D’INTÉRÊT ET SES EFFETS

« Dans ce contexte, continue-t-il, une de nos principales prédictions pour 2025 est la poursuite de l’écart croissant entre les taux d’intérêt américains et les taux canadiens. Et la conséquence principale, c’est l’affaiblissement du dollar canadien qui a déjà perdu beaucoup de valeur ces derniers mois. »

En revanche, signale M. Gauthier, il y a un impact positif sur la valeur des placements libellés en dollars américains. Lorsque le dollar canadien s’affaiblit, la valeur de nos placements en dollars américains augmente, ce qui peut améliorer le rendement des titres.

À LA DÉFENSE DU HUARD

D’après IG, la Banque du Canada pourrait être forcée éventuellement de défendre un peu la valeur du dollar canadien.

« En ce moment, la Banque du Canada est prise entre deux feux, c’est-à-dire que d’un côté, elle a le consommateur qui réclame des baisses de taux et, de l’autre côté, il y a le dollar canadien qui perd de la vigueur. […] Pour le moment, la banque semble privilégiée les besoins du consommateur. C’est une bonne chose, mais il ne faut pas sous-estimer qu’un jour ou l’autre, il va falloir considérer la trajectoire des Américains. »

Surtout que « l’effet le plus direct d’une monnaie qui s’affaiblit trop, souligne l’analyste d’IG, c’est la hausse des prix des biens importés pour les consommateurs ».

C’est ici que la question des tarifs pourrait intervenir. « À notre avis, cela affectera les décisions des banques centrales. » En effet, les tensions liées à la politique américaine pourraient entraîner une pression supplémentaire à la baisse des taux, car la banque centrale cherchera à stimuler l’économie face à des tarifs nuisibles. Cela concerne non seulement le Canada, mais aussi l’Europe et la Chine.

Ainsi les banques centrales devraient intervenir pour aider les marchés à se protéger des impacts de ces tarifs, si jamais ils se concrétisent, estime M. Gauthier.

UN MARCHÉ QUI GARDE LA TÊTE FROIDE

Si l’élection de Donald Trump ajoute des points d’interrogation, Pierre-Benoît Gauthier constate que, « le marché en ce moment ne réagit pas fortement à ses menaces ».

« Le marché semble garder la tête froide et considérer que le scénario de base, c’est qu’encore une fois, il y aura des ententes, que tout ça, c’est de la négociation. Puis on s’attend encore à ce qu’on ait un peu une reprise de 2018, c’est-à-dire que l’objectif des menaces de tarifs n’est pas d’imposer des tarifs à long terme, mais plutôt d’avoir des concessions autres. »

Concernant le départ du premier ministre Justin Trudeau et son incidence sur les marchés, cette fois, IG revient à sa ligne de base, soit celle de ne pas surestimer l’impact du politique.

« Dans ce cas-ci, je ne vois pas de changement drastique ni pour les marchés ni pour l’économie. »

DES CONSEILS POUR LES CLIENTS INVESTISSEURS

Pierre-Benoît Gauthier anticipe deux réactions opposées de la part des clients des conseillers, après deux excellentes années sur les marchés boursiers.

Selon lui certains seront enthousiastes en raison des rendements de la Bourse et désireront acheter davantage d’actions. D’autres, à l’inverse, craindront que la Bourse ne connaisse pas une troisième année aussi bonne.

Les conseillers pourraient leur rappeler « que rien n’empêche non plus les rendements d’être encore excellents, même dans les zones géographiques plus difficiles comme le Canada, l’Europe, la Chine ».

Certains clients vont vouloir se concentrer sur le marché américain. Mais il peut parfois se produire un renversement. « Et ce renversement vient des évaluations », souligne-t-il.

Les conseillers doivent être conscients des valorisations très élevées aux États-Unis. « Les valorisations ont peu ou n’ont carrément pas de pouvoir prédictif sur les rendements de l’année suivante, mais ont un assez bon pouvoir prédictif à plus long terme », rappelle l’expert.

Autrement dit, dans un contexte de valorisations très élevées, « il faut modérer ses attentes en termes de rendement à long terme. »

Ces évaluations pourraient ainsi se normaliser de deux manières. Si certains estiment que des valorisations élevées entraînent forcément un crash boursier, ce n’est pas systématique. Ces dernières « peuvent aussi se normaliser par une croissance des profits, comme cela s’est produit dans les années 90. »

Les profits avaient alors tellement augmenté que les évaluations se sont ajustées. « Cette situation pourrait se reproduire dans les prochaines années si les prévisions des analystes par rapport au profit se concrétisent. »

UNE NOUVELLE NORMALITÉ COMBINÉE À UN OPTIMISME PRUDENT

Pour résumer en quelques mots ses perspectives des marchés pour 2025, l’équipe Stratégie de placement d’IG évoque une « nouvelle normalité », soit un retour à la « normalité » d’avant la crise financière de 2008.

« Depuis la grande crise financière, nous avons été habitués à des taux très bas et à dépendre des gestes des banques centrales. Dans les prochaines années ou, du moins, dans la prochaine année, nous reviendrons à une ancienne normalité, avec des taux plus élevés et une attention accrue à la croissance des profits plutôt qu’aux actions des banques centrales », estime Pierre-Benoît Gauthier.

Pour s’adapter au retour de l’« ancienne normalité », il préconise un « optimisme prudent ».

« Cela signifie qu’il y a des raisons de craindre les risques liés aux manchettes, ces nouvelles inquiétantes qui influencent le sentiment. Mais, en même temps, il faut reconnaître que la situation économique va du bon côté. La croissance attendue des profits est très intéressante en 2025. Donc, il ne faut pas sous-estimer la possibilité que les choses se passent mieux que prévu. Ces chances-là existent définitivement », conclut-il.

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Nathalie Savaria

Nathalie Savaria a été rédactrice en chef de magazines dans le domaine de l’immobilier commercial. Elle est aujourd’hui journaliste indépendante.