Les traumatismes d’enfance pèsent lourd sur l’épargne-retraite

Par La rédaction | 19 December 2025 | Last updated on 18 December 2025
4 min read
Un homme munit d'une loupe qui surgit de derrière un panneau attention.
zhuweiyi49 / iStock

Les adultes ayant vécus des abus, de la négligence et autres traumatismes durant l’enfance arrivent à la retraite avec un patrimoine nettement inférieur à celui de leurs pairs, révèle une étude du Center for Retirement Research publiée dans le magazine Financial Planning. Les chercheurs estiment que ces individus accumulent entre 25 % et 45 % moins de richesse, même lorsque l’on tient compte du contexte socioéconomique initial.

L’étude repose sur la National Longitudinal Survey of Youth de 1979, qui suit depuis plus de quatre décennies un échantillon représentatif d’Américains nés entre 1957 et 1964. Cinq catégories d’expériences négatives (ou ACE pour adverse childhood experiences) ont été analysées :

  • la maltraitance physique,
  • la négligence affective,
  • la séparation des parents,
  • la présence de maladie mentale dans le foyer
  • et l’alcoolisme parental.

Les répondants ayant vécu au moins une de ces situations ont été considérés comme exposés à un traumatisme.

Les chercheurs ont ensuite observé l’évolution de leur patrimoine familial, de l’adolescence jusqu’à l’âge mûr. Même corrigés pour les caractéristiques du milieu d’origine — revenu parental, niveau d’éducation, structure familiale — les effets des ACE demeurent frappants.

« À l’approche de la retraite, la valeur nette des personnes ayant subi des ACE est inférieure de plus de moitié à celle des personnes n’ayant pas subi d’ACE », indiquent les auteurs de l’étude.

Les traumatismes précoces sont associés à plusieurs facteurs qui minent l’accumulation de richesse :

  • une scolarité plus courte,
  • une participation moindre au marché du travail
  • et des revenus plus bas.

Mais des mécanismes plus indirects entrent aussi en jeu. Selon les chercheurs, les adultes ayant vécu de la violence ou de la négligence pendant l’enfance se marient moins souvent et se séparent davantage ; des éléments qui influencent fortement la trajectoire financière à long terme. Le mariage reste en effet corrélé à une accumulation plus rapide du patrimoine, tandis que le divorce exerce généralement l’effet inverse.

DES IMPACTS FINANCIERS VARIABLES

L’ampleur des pertes financières varie selon le type de traumatisme. Sans tenir compte du contexte familial, la séparation des parents entraîne la réduction la plus marquée du patrimoine, soit environ 84 900 $. La négligence affective et la maltraitance physique provoquent des baisses respectives d’environ 70 800 $ et 66 700 $.

Après avoir intégré les caractéristiques démographiques et familiales dans l’analyse, c’est la maladie mentale dans le foyer qui s’impose comme le facteur le plus dommageable, amputant le patrimoine médian d’environ 50 200 $. Les abus physiques et la négligence affective suivent de près, chacun réduisant la richesse d’environ 39 000 $ chacun.

UNE RELATION À L’ARGENT PERTURBÉE

Le thérapeute financier Rick Kahler observe ce phénomène au quotidien. Certains de ses clients, qui gagnent pourtant entre 150 000 $ et 300 000 $ par an, peinent à épargner. Il évoque notamment trois clients qui ressentaient un besoin compulsif de dépenser tout l’argent disponible sur leur compte courant. Un réflexe inconscient remontant à l’enfance.

Chez deux d’entre eux, leurs propres économies accumulées durant leur enfance sont disparues du jour au lendemain. Dans un cas, les parents avaient puisé dans leur épargne pour couvrir les dépenses du ménage et des frais juridiques ; dans l’autre, une faillite avait vidé les fonds. Ces enfants, privés de tout contrôle sur leurs comptes bancaires liés à ceux de leurs parents, n’avaient jamais conscientisé l’impact de ces événements sur leurs habitudes financières d’adultes.

Dans un autre cas, Kahler raconte qu’une cliente, qui avait commencé à travailler dès 12 ans, croyait dur comme fer qu’épargner son salaire signifiait ne plus avoir besoin de travailler. Or, travailler lui permettait d’échapper à un foyer où elle subissait de la violence. Cette croyance inconsciente l’a poussée, à l’âge adulte, à dépenser systématiquement ses revenus.

« Une partie de moi m’a maintenu dans la pauvreté toute ma vie d’adulte pour que je n’aie pas à retourner vers les abus », s’est-elle rendu compte en séance.

DÉTECTER LA SOURCE DU PROBLÈME

Pour un conseiller financier, il n’est pas toujours évident de reconnaître l’influence d’un traumatisme derrière des décisions d’argent chaotiques. Mais Rick Kahler rappelle que la distinction se fait souvent par la réaction du client. Si l’ajustement budgétaire fonctionne rapidement, le problème relève surtout du manque de connaissances. Si les difficultés persistent, malgré des conseils rationnels, la racine est généralement émotionnelle ou traumatique.

« Si ce n’est pas une question d’argent, alors le problème est plus profond. Et très, très souvent, il y a un traumatisme », résume-t-il.

Abonnez-vous à nos infolettres

La rédaction