L’IA en planification financière : entre potentiel et prudence

Par La rédaction | 2 June 2025 | Last updated on 30 May 2025
3 min read
Robot humanoïde d’IA touchant l’écran virtuel d’hologramme affichant le concept du big data.
NanoStockk / iStock

Près de 80 % des professionnels de la planification financière reconnaissent le potentiel de l’intelligence artificielle (IA), mais seulement 7 % l’utilisent quotidiennement. Cette contradiction révèle un secteur en pleine réflexion sur l’intégration des nouvelles technologies, tiraillé entre gains d’efficacité promis et préoccupations éthiques.

C’est le principal constat d’une enquête pancanadienne menée par la Chaire IG Gestion de patrimoine en planification financière de l’Université Laval en collaboration avec la firme Humance. Réalisée en 2024 auprès de 1 061 professionnels expérimentés — dont 71 % exercent depuis plus de dix ans —, cette étude dresse un portrait nuancé de l’adoption de l’IA générative dans le secteur financier canadien.

DES PROFESSIONNELS CONVAINCUS, MAIS HÉSITANTS
Si 66 % des répondants estiment que l’IA permettra d’éliminer les tâches répétitives et 68 % y voient un moyen d’automatiser les processus, près de la moitié (48 %) n’utilisent actuellement aucun outil d’IA dans leur travail quotidien.

Quand elle est utilisée, l’IA sert principalement pour des tâches basiques :

  • recherche d’informations (32 %),
  • rédaction de textes (28 %)
  • et de courriels (23 %).

Les applications complexes comme la conformité, la création de plans financiers ou les scénarios de retraite restent marginales.

Parmi les outils utilisés, ChatGPT arrive largement en tête, tandis que ses concurrents comme Gemini ou Copilot peinent à percer.

DES PRÉOCCUPATIONS
Cette adoption timide s’explique par des inquiétudes bien réelles. Les enjeux éthiques arrivent en tête des préoccupations (68 % des répondants), suivis par les questions de fiabilité de l’information générée (74 %) et d’imputabilité en cas d’erreur (54 %).

Les professionnels craignent particulièrement les conséquences d’une erreur d’IA sur leurs clients, dans un secteur où la confiance est primordiale. Plus préoccupant : 55 % des organisations n’ont pas encore mis en place de politique d’encadrement de l’IA, et 20 % des professionnels ne savent même pas si leur employeur en possède une.

Cette absence de cadre réglementaire freine l’adoption. Les professionnels réclament massivement un encadrement par leurs ordres professionnels (68 %) et une formation adaptée, notamment sur les fondements de l’IA (70 %) et l’évaluation critique des résultats générés (53 %).

Malgré ces réticences, les professionnels anticipent une transformation majeure. Ils estiment que l’IA représentera près de 50 % de leurs tâches d’ici cinq ans, contre moins de 10 % actuellement. Les applications envisagées sont ambitieuses :

  • analyse de portefeuille personnalisée,
  • détection de fraudes,
  • optimisation fiscale
  • ou modélisation financière avancée.

L’HUMAIN AU CENTRE DE L’ÉQUATION
Face à cette révolution annoncée, les professionnels misent sur leurs atouts distinctifs. L’enquête révèle un consensus : les compétences relationnelles, l’empathie et l’analyse critique seront plus que jamais essentielles. « Le professionnel de demain sera psychologue en finance personnelle et corporative en plus des connaissances en planification financière », résume un répondant.

Si l’IA peut automatiser les calculs et analyses, elle ne peut remplacer la dimension humaine du conseil financier, particulièrement importante dans des décisions qui engagent l’avenir des clients.

Abonnez-vous à nos infolettres

La rédaction