L’IA est une bulle, mais elle pourrait encore gonfler longtemps

Par La rédaction | 8 December 2025 | Last updated on 5 December 2025
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Illustration d’une bulle transparente contenant un graphique boursier en croissance, sur le point d’être éclatée par une main tenant une aiguille. Représentation claire d’un risque de bulle économique ou d’un marché surévalué.
wenjin chen / iStock

L’intelligence artificielle (IA) attire les capitaux à un rythme qui dépasse déjà celui des grandes révolutions technologiques du passé. Mais derrière cet engouement spectaculaire, Purpose Investments fait une mise en garde : les signaux d’une bulle se multiplient. Des projections titanesques, des valorisations en surchauffe et une participation massive des investisseurs rappellent les excès des années 1990, avec une intensité nouvelle.

Dans son dernier rapport Market Ethos, Purpose Investments trace un parallèle entre l’engouement actuel pour l’IA et les bulles historiques des chemins de fer, de l’électrification ou d’Internet. Craig Basinger, stratège en chef des marchés, et son équipe estiment que l’IA correspond bel et bien à une bulle spéculative… mais que cette dernière n’est pas près d’éclater.

« Nous estimons actuellement que la phase initiale d’essor est derrière nous et que nous sommes probablement entrés dans une période d’euphorie », affirment les auteurs du rapport. Cette phase pourrait toutefois durer longtemps, les facteurs favorables étant aujourd’hui plus nombreux que les risques de retournement.

DES PROJECTIONS DÉMESURÉES
Les chiffres avancés donnent le vertige. Morgan Stanley prévoit 2 900 milliards de dollars (G$) de dépenses d’investissement dans les centres de données au cours des quatre prochaines années. La moitié proviendra des géants technologiques, l’autre du crédit privé, de l’émission d’obligations et du capital-investissement.

Purpose Investments souligne l’exemple d’OpenAI, qui s’engage à dépenser 300 G$ en services infonuagiques auprès d’Oracle, dont les revenus dans ce domaine devraient être multipliés par 12 d’ici 2025. Ce projet est en partie financé par un investissement de 100 G$ de Nvidia dans OpenAI, ce que les analystes qualifient de « financement circulaire solide ».

Pour générer un retour sur investissement de 20 % en quatre ans sur ces 2 900 G$ dépensés, il faudrait environ 3 600 G$ de revenus supplémentaires d’ici 2028, calcule la firme. Cela représente 440 $ par an pour chaque habitant de la planète.

UNE BULLE DIFFÉRENTE DE CELLE D’INTERNET
Contrairement à la bulle technologique de la fin des années 1990, celle de l’IA se développe au sein d’entreprises déjà bien établies plutôt que par l’entremise de jeunes pousses et d’introductions en bourse spectaculaires. À l’époque, le NASDAQ comptait de nombreuses entreprises spécialisées dont les actions grimpaient de 50 %, 100 %, voire 150 % après leur entrée en bourse.L’introduction en bourse prévue d’OpenAI pourrait changer la donne et faire apparaître davantage d’acteurs purs dans le domaine.

Durant les trois dernières années de la bulle technologique des années 1990, le NASDAQ avait augmenté de plus de 300 %, mais avait également subi 11 corrections de plus de 10 %, soit près de quatre par année. Les analystes s’attendent à une volatilité similaire pour l’IA, avec de grandes fluctuations à la hausse comme à la baisse.

UN EFFET D’ENTRAÎNEMENT SUR L’ÉCONOMIE
Ces investissements massifs dopent les bénéfices des entreprises et stimulent l’économie dans son ensemble. Purpose Investments note que les dépenses d’investissement du S&P 500 continuent d’augmenter plus rapidement que l’amortissement, ce qui procure un effet d’accélération aux bénéfices liés à l’IA.

L’adoption de l’intelligence artificielle par les entreprises continue de s’accélérer, celles-ci explorant les possibilités offertes par ces outils pour améliorer leurs processus de travail et leur productivité. De plus en plus d’entreprises et de personnes utilisent ces services, ce qui alimente la croissance.

Purpose Investments détient d’ailleurs trois titres directement exposés à ce secteur dans son mandat d’actions :

  • Microsoft,
  • Alphabet
  • et Cisco.

LES CRAINTES D’UNE RÉACTION EXCESSIVE
La firme exprime toutefois une préoccupation : les grandes entreprises technologiques pourraient avoir développé une « réaction apprise » à la suite de leurs échecs passés. Celles qui ont raté la révolution des téléphones intelligents ou la transition vers l’informatique en nuage ont été lourdement sanctionnées par le marché.

« Le résultat final pourrait être que, avec l’IA, les grandes entreprises technologiques considéreront qu’il est plus risqué de ne pas s’engager pleinement que de dépenser des milliards », soulignent les analystes. Est-ce que ces dépenses généreront un retour sur investissement adéquat ? Personne ne peut le dire pour le moment.

QU’EST-CE QUI POURRAIT FAIRE ÉCLATER LA BULLE ?
Plusieurs facteurs pourraient mettre fin à cette phase d’euphorie. Une récession modifierait rapidement l’appétit pour le risque et les budgets d’investissement, bien que Purpose Investments ne considère pas cela comme un risque à court terme. Une baisse de la disponibilité des capitaux serait également problématique, mais peu de signes pointent dans cette direction actuellement.

Le principal risque demeure l’obsolescence technologique : les centres de données de pointe d’aujourd’hui deviendront-ils des technologies dépassées dans cinq ans ? Ou la concurrence féroce sur les prix pourrait-elle compromettre la rentabilité du secteur ?

« Cette phase euphorique s’apparente à un cheval sauvage, conclut Craig Basinger. Étant donné qu’il y a tellement d’inconnues, cette phase sera marquée par des niveaux d’enthousiasme fluctuants. »

Heureusement, les scénarios susceptibles de mettre fin à la bulle semblent suffisamment éloignés pour que cette phase puisse durer encore un certain temps, ajoute-t-il.

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La rédaction