Mouvement FIRE : une idéologie aux nombreuses facettes

Par La rédaction | 26 August 2024 | Last updated on 23 August 2024
5 min read
Un groupe de quatre jeunes enfants habillés en superhéros.
Photo : RichVintage / iStock

Comme le laissait présager son acronyme, le mouvement FIRE (Financial Independent retire Early) a mis le feu aux poudres. Considéré par certains comme un idéal ultime et critiqué par d’autres, ce mouvement fait beaucoup parler de lui. Découvrez les débats, conseils et critiques qui l’entourent.

Avant d’explorer le sujet en détail, il est essentiel de comprendre le mouvement lui-même. FIRE, qui a gagné en popularité dans les années 2010, notamment auprès des millénariaux, est expliqué par François Doyon La Rochelle, gestionnaire de portefeuille, dans une baladodiffusion avec James Parkyn, aussi gestionnaire de portefeuille, et Raymond Kerzerho, directeur de la recherche, PWL Capital.

Ce mouvement aurait été propulsé par des publications sur les réseaux sociaux, des livres, et même un film intitulé Playing with FIRE, explique l’expert. Les adeptes de FIRE rejettent l’idée de travailler jusqu’à 65 ans pour prendre leur retraite. Ils préfèrent partir plus tôt en maximisant leurs revenus actuels, en réduisant leurs dépenses, et en épargnant le plus rapidement possible.

Loin de condamner cette idée, les trois experts en finance se questionnent toutefois sur la viabilité d’un tel rêve.

L’ENNUI GUETTE LES JEUNES RETRAITÉS

James Parkyn rapporte que même les clients qui affirment vouloir prendre leur retraite jeune finissent souvent par la repousser à l’approche de l’âge prévu. Cette décision n’est pas toujours due à une incapacité financière, mais plutôt à une peur de quitter le monde du travail et de s’ennuyer.

En prenant sa retraite, on perd quelque chose, affirme l’expert. Il est crucial de se reconstruire une vie, de trouver une mission, quelque chose qui nous engage et nous passionne.

C’est un problème que souligne également l’auteur et planificateur financier Jovan Johnson. Dans un article de Business insider, ce dernier énumère cinq points clés à considérer avant de prendre une retraite hâtive. Son premier étant justement de savoir comment occuper son temps.

Jovan Johnson note qu’un emploi offre une structure quotidienne remplie d’activités, ce qui n’est plus le cas une fois à la retraite. Selon lui, nombre de personnes sous-estiment le défi de trouver des activités significatives après avoir quitté le monde du travail, et peuvent se retrouver à s’ennuyer durant la transition. Il recommande donc d’élaborer un plan pour occuper son temps avant de prendre une retraite anticipée. De plus, il met en garde contre le risque pour les jeunes retraités de souffrir d’un manque de relations humaines et sociales, car leurs pairs continuent à travailler.

LES LOISIRS, CE N’EST PAS DONNÉ !

Pour Raymond Kerzerho, ce rêve relève davantage de l’utopie que de la réalité. Il souligne que cette décision a un impact financier considérable, surtout en raison du coût de la vie particulièrement élevé actuellement.

Jovan Johnson renchérit en conseillant de ne pas considérer la retraite anticipée comme une retraite traditionnelle, car les dépenses peuvent souvent être beaucoup plus élevées.

Au début de la retraite, les retraités sont encore jeunes et cherchent à occuper leur temps libre, ce qui peut entraîner des dépenses supplémentaires. De plus, les jeunes retraités peuvent continuer à assumer des coûts que les retraités plus âgés n’ont plus à gérer, tels que les paiements hypothécaires, les frais de garde d’enfants et les remboursements de dettes.

Il est également crucial de prévoir les dépenses médicales à venir, d’autant plus que les retraités ne bénéficient plus des assurances privées offertes par un employeur.

Et juste épargner n’est pas suffisant, affirme l’auteur Eric Roberge dans un article de business Insider. Pour réussir une retraite anticipée, il est essentiel non seulement de maintenir un taux d’épargne élevé pendant les années de travail, mais aussi d’investir cet argent de manière dynamique. Il est donc fondamental de planifier soigneusement, de créer un budget et, si nécessaire, de consulter un professionnel des finances pour obtenir de l’aide.

DE VIVES CRITIQUES

Dans le podcast, James Parkyn exprime l’avis que promouvoir le mouvement FIRE pourrait avoir des effets néfastes sur l’économie en général, car cela pourrait conduire à une diminution des dépenses. Il ajoute que ce serait également injuste envers les médecins, pompiers, et policiers, des professions dont les services sont essentiels et que tout le monde souhaite voir exercer le plus longtemps possible. Selon lui, le fait de passer 50 ans sans être impliqué dans la société démontre un certain degré d’immaturité.

Toutefois, James Parkyn est loin d’être le seul à critiquer cette tendance. Dans une chronique publiée par le Journal de Montréal, Francis Gosselin écrit « Il y a quelque chose d’étrange dans cet individualisme, à la limite de la sociopathie. »

Ce dernier s’interroge ainsi sur l’idée « de vivre ses meilleures années en se privant de tout, en vue de pouvoir… se priver de tout pour le reste de sa vie ». Selon lui, les adeptes du mouvement FIRE tentent tellement de s’affranchir de l’argent, qu’ils en deviennent obsédés.

Évidemment, ces critiques ne font pas l’unanimité. Certains mettent en avant les aspects positifs du mouvement FIRE, soulignant qu’il a aidé de nombreuses personnes à prendre conscience de leurs mauvaises habitudes financières et à améliorer leur gestion des dépenses.

Dans le même esprit, les trois experts du podcast apprécient l’idée centrale de l’acronyme FIRE, à savoir « Financial Independence » (Indépendance financière). Cependant, Raymond Kerzerho considère que réduire l’indépendance financière à une simple préparation de la retraite est quelque peu simpliste.

Il suggère même que, avant de se lancer dans une retraite anticipée, il serait préférable pour les individus de réévaluer leurs objectifs de carrière et de chercher des moyens d’améliorer leur satisfaction au travail. Pourquoi ne pas envisager une formation pour se réorienter vers un domaine plus en phase avec ses aspirations ?

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La rédaction