Patrimoine des ménages : le Québec perd du terrain face à l’Ontario

Par La rédaction | 20 June 2025 | Last updated on 20 June 2025
3 min read
Couple souriant assis sur le pont de leur bateau, profitant d'une journée de navigation par un après-midi ensoleillé.
FlamingoImages / iStock

Malgré une croissance de leur richesse au cours des deux dernières décennies, les ménages québécois continuent d’accuser un retard face à leurs homologues ontariens. Et cet écart s’élargit, révèle une étude du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO).

En 2024, la valeur nette moyenne du patrimoine des ménages québécois atteignait 783 484 $, en hausse de 236 044 $ (+43,1 %) par rapport à 2018, selon Statistique Canada. Du côté de l’Ontario, cette richesse moyenne s’élevait à 1,22 million de dollars (M$), soit une augmentation de 44,1 % pendant la même période. En termes absolus, cela représente un écart de 435 262 $, ou 35,7 %, entre les deux provinces. En 2018, cet écart était légèrement inférieur, à 35,3 %. Il s’est donc creusé d’environ 137 000 $ en six ans.

Ce décalage s’explique en grande partie par la progression beaucoup plus rapide de la valeur des propriétés en Ontario, selon un article du Devoir. Entre 1999 et 2019, la valeur moyenne des maisons et appartements a bondi de 177 % en Ontario, comparativement à 92 % au Québec. Résultat : les Ontariens détiennent un patrimoine immobilier net (c’est-à-dire la valeur des actifs immobiliers, moins les dettes hypothécaires) presque deux fois supérieur à celui des Québécois. Cette différence historique continue d’alimenter le fossé actuel.

Autre facteur : le taux de propriété est plus faible au Québec, notamment chez les jeunes adultes. En 2019, 77,5 % des Québécois âgés de 20 à 29 ans s’identifiaient comme non-propriétaires, contre 72 % en Ontario.

La tendance se confirme aussi dans l’évolution globale des actifs des ménages. De 2018 à 2024, la valeur nette moyenne des actifs a augmenté de 88 % au Québec, contre 113 % en Ontario et 111 % au Canada. Le Québec arrive derrière les autres provinces canadiennes au chapitre du revenu disponible par ménage. La province se situe au 5e rang pour la valeur nette moyenne du patrimoine des ménages, derrière :

  1. la Colombie-Britannique (1,26 M$),
  2. l’Ontario (1,22 M$),
  3. l’Alberta (973 210 $)
  4. et la Saskatchewan (881 092 $).

Si les ménages québécois de la tranche inférieure possèdent un peu plus que leurs équivalents ontariens, avec un patrimoine net moyen de 347 332 $ soit 8 691 $ de plus, le portrait s’inverse dans les tranches supérieures. Pour les deux catégories les plus riches, les ménages québécois accusent des retards de 307 516 $ et de plus de 1,1 M$ par rapport aux Ontariens du même niveau de richesse, selon une analyse du Journal de Montréal.

Les chercheurs Raquel Fonseca, Markus Poschke et Simon Lord, auteurs de l’étude du CIRANO, soulignent que les désavantages historiques du Québec en matière d’immobilier pèsent lourdement dans la balance. Ces écarts persistants dans la constitution du patrimoine expliquent en grande partie le retard accumulé.

La valeur moyenne des maisons et appartements a beaucoup plus augmenté en Ontario (+177 %) qu’au Québec (+92 %) en 20 ans. Le Québec a également moins profité que d’autres provinces de la forte hausse des prix de l’immobilier au Canada, qui a grimpé en particulier à Vancouver et Toronto.

En revanche, le niveau de vie, mesuré par le PIB réel par habitant, montre une image plus nuancée. Dans son plus récent budget, le ministre québécois des Finances, Éric Girard, affirme que l’écart entre le Québec et l’Ontario serait passé de 15,9 % en 2018 à 11,2 % en 2024.

L’économiste Pierre Fortin, lui, estime que, sur une longue période, l’écart s’estompe graduellement depuis les années 1990. En tenant compte de la parité du pouvoir d’achat, le Québec se situerait désormais au même niveau que l’Ontario.

Abonnez-vous à nos infolettres

La rédaction