Portrait TI 2026 : l’intention ne suffit plus, il faut maintenant livrer

Par La rédaction | 4 June 2026 | Last updated on 3 June 2026
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Rendu abstrait de circuits et flux de données dans une ambiance futuriste bleu et or.
Just_Super / iStock

L’intelligence artificielle (IA) n’est plus un projet expérimental. La cybersécurité est désormais considérée comme un risque d’affaires majeur. Et la souveraineté des données s’impose comme une préoccupation stratégique dans un contexte géopolitique plus instable. C’est ce qui ressort de la 10e édition du rapport Portrait TI de NOVIPRO, réalisée avec Léger et IBM.

Le rapport, basé sur un sondage mené auprès de 452 décideurs canadiens, montre que les entreprises investissent davantage dans leurs infrastructures technologiques. Mais derrière cette accélération se cachent plusieurs angles morts.

« Les organisations qui tireront leur épingle du jeu ne seront pas celles qui dépensent le plus, mais celles qui gouvernent, exécutent et développent leurs talents avec le plus de rigueur », résume Alain Cormier, président-directeur général de NOVIPRO.

UN FOSSÉ PERSISTANT

Fait marquant : 87 % des entreprises canadiennes impliquent désormais leurs équipes TI dans la définition de leur stratégie d’affaires, contre 81 % l’an dernier. Mais cette présence formelle masque une fracture profonde. Parmi les décideurs TI, 94 % estiment jouer un rôle central dans l’orientation stratégique de leur organisation. Ce chiffre tombe à 74 % chez leurs homologues non-TI, et à seulement 22 % chez les dirigeants des autres départements.

Pire encore, près du quart des leaders hors TI considèrent les technologies de l’information comme une dépense, et 17 % comme un mal nécessaire. Seuls 37 % y voient un investissement, un chiffre en légère progression par rapport à 31 % en 2017, mais qui progresse à un rythme nettement plus lent que les technologies elles-mêmes.

Résultat : les décisions technologiques critiques arrivent souvent trop tard dans le processus décisionnel. Les investissements se fragmentent. Et les stratégies, même bien conçues, peinent à être mises en œuvre.

L’IA S’INSTALLE… INÉGALEMENT

Pour la première fois, l’utilisation de l’IA dépasse le seuil de la majorité : 58 % des entreprises canadiennes recourent désormais à des solutions d’intelligence artificielle, et plus d’un tiers ont franchi l’étape des projets pilotes isolés pour déployer l’IA dans plusieurs fonctions. L’IA générative est le type de solution le plus répandu (32 %), suivie par l’automatisation des processus et l’analyse prédictive (23 % chacune).

Mais l’écart entre grandes et petites organisations est criant. Chez les entreprises de moins de 100 employés, 42 % n’utilisent pas l’IA de manière significative et 42 % autres en sont encore au stade expérimental.

« Chaque investissement dans l’IA est aujourd’hui évalué en fonction du retour sur investissement, mais nous assistons aussi à une évolution rapide de la maturité des organisations », observe Gregory Denniel, directeur de pratique en matière d’IA et analytique chez NOVIPRO.

Le rapport souligne également un décalage de perception : 49 % des dirigeants non-TI affirment que leur organisation n’utilise pas l’IA, un écart considérable avec les 18 % de décideurs TI qui font le même constat. Cela trahit moins une réalité opérationnelle qu’un déficit de communication interne sur l’étendue réelle de l’adoption.

SOUVERAINETÉ DES DONNÉES : URGENCE STRATÉGIQUE

Dans un contexte géopolitique tendu, marqué par les frictions commerciales entre le Canada et les États-Unis et par le renforcement des cadres réglementaires, la question de la souveraineté des données a changé de nature. Elle n’est plus un débat technique : c’est une priorité d’affaires. Trois organisations canadiennes sur quatre estiment que cet enjeu est plus critique qu’il y a deux ans, et 64 % ont déjà entrepris des actions concrètes.

L’architecture hybride est la mesure la plus fréquemment adoptée (30 %), suivie du choix de fournisseurs locaux (20 %) et du rapatriement des données (14 %). Mais ici encore, la fracture TI/non-TI est éloquente : 81 % des décideurs TI considèrent la souveraineté des données comme un enjeu crucial, contre seulement 5 % de leurs collègues non-TI.

« Lorsque les organisations n’ont pas le contrôle de l’emplacement où se trouvent leurs données, il devient exponentiellement plus complexe d’en assurer la sécurité, la qualité et la conformité réglementaire », affirme Yves Veillette, directeur de l’exploitation chez NOVIPRO.

CYBERSÉCURITÉ : PRÉPARATION INSUFFISANTE

La sécurité informatique arrive à égalité avec le contrôle des coûts comme principal défi des entreprises canadiennes pour l’année à venir (29 % chacun). Le signal positif : 93 % des organisations ont mis en place au moins une mesure de protection contre les violations de données, et la cyberassurance a connu une progression spectaculaire, passant de 27 % à 60 % des entreprises en un an seulement.

Pourtant, les données révèlent un écart persistant entre la confiance déclarée et la résilience réelle. Si 92 % des répondants se disent confiants dans leur posture de sécurité, un tiers des entreprises canadiennes n’ont offert aucune formation en cybersécurité à leurs employés au cours de la dernière année — et plus de la moitié des petites entreprises sont dans ce cas. Quant à la Loi 25 du Québec, en vigueur depuis 2024 et destinée à moderniser la protection des renseignements personnels, 32 % des entreprises sondées déclarent ne pas la connaître, et seulement 27 % se considèrent en pleine conformité.

« Les menaces évoluent rapidement, et les tensions géopolitiques influencent de plus en plus la nature et la fréquence des attaques, rappelle Roger Ouellet, directeur de la pratique sécurité chez NOVIPRO. Une stratégie de sécurité dynamique et mise à jour de façon continue n’est plus optionnelle : c’est un impératif opérationnel. »

FORMATION CONTINUE EN TI : UN DÉFI

Dernier signal d’alarme du rapport : 91 % des entreprises canadiennes font face à au moins un problème lié aux ressources humaines dans leur service TI, une hausse par rapport aux 78 % enregistrés l’an dernier. Le principal défi, identifié par 45 % des répondants, est le besoin accru de formation continue. Viennent ensuite la fidélisation des talents (37 %), la surcharge des équipes internes (34 %) et le manque de compétences spécialisées (33 %).

En réponse, 79 % des organisations collaborent maintenant avec un partenaire TI externe — un chiffre en forte hausse par rapport à 52 % en 2024. Mais cette externalisation croissante reflète souvent une logique réactive plutôt que stratégique, creusant un cycle difficile à briser : équipes surchargées, épuisement professionnel, départs, recours accru à des ressources externes, et affaiblissement des capacités internes.

« Le véritable défi du secteur des TI n’est pas seulement technique, mais aussi humain : les entreprises doivent attirer, former et fidéliser des talents capables de suivre le rythme toujours plus rapide de l’innovation, tout en comblant le déficit de compétences qui freine leur transformation », souligne Martin Larivière, vice-président des ressources humaines chez NOVIPRO.

UN CONSTAT QUI DÉPASSE LES TI

En dix ans, le secteur des technologies de l’information est passé d’une fonction support à un pilier stratégique. Le rapport Portrait TI le confirme chiffres à l’appui : le secteur des TIC représente aujourd’hui 131,6 milliards de dollars et 5,8 % du PIB canadien, ayant contribué à hauteur de 19 % à la croissance économique entre 2019 et 2024.

Mais comme le souligne la conclusion du rapport, les risques et occasions les plus importants se situent désormais en dehors du service informatique lui-même. Les organisations qui réussiront seront celles dans lesquelles les dirigeants traitent les décisions technologiques avec la même rigueur que leurs décisions financières ou opérationnelles — et où la distance entre l’intention stratégique et l’exécution concrète sera enfin comblée.

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La rédaction