Pourquoi les femmes, surtout les jeunes, hésitent-t-elles encore à investir

Par La rédaction | 9 December 2025 | Last updated on 8 December 2025
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Une femme devant un tableau transparent plein d'images et d'écriture.
Marco VDM / iStock

Les Canadiennes investissent moins que les hommes. Elles prennent moins de risques. Et surtout, elles manquent de confiance à l’égard des marchés. Une nouvelle étude dévoilée par le comité consultatif des investisseurs de l’Organisme canadien de réglementation des investissements (OCRI) confirme la persistance de ces écarts, tout en révélant que les investisseuses ne cherchent pas seulement du rendement, mais une relation client réinventée.

Le rapport brosse un portrait contrasté des habitudes financières au pays. Si l’écart se résorbe chez les hauts revenus, une fracture importante demeure dans la population générale : seulement 43 % des femmes s’identifient comme investisseuses, contre 56 % des hommes.

L’écart est particulièrement marqué parmi la population à faibles revenus : sous la barre des 60 000 $ annuels, les femmes investissent et épargnent nettement moins. Les différences s’atténuent toutefois lorsque le revenu dépasse 100 000 $.

Même parmi les investisseuses, la répartition des produits financiers diffère. Les femmes se tournent davantage vers des solutions jugées prudentes (certificats de placement garanti ou inaction prolongée) et sont moins nombreuses à détenir des actions, des fonds négociés en Bourse (FNB) ou des cryptoactifs. Par exemple, 12 % des femmes détiennent des actions, contre 20 % des hommes, et seulement 9 % possèdent des FNB, comparativement à 14 % chez les hommes.

LES FREINS À L’ENTRÉE AUX MARCHÉS

Chez celles qui n’investissent pas, les freins sont clairs et répétés :

  • le manque d’argent (55 %)
  • des dettes à rembourser en priorité (24 %)
  • ne pas savoir par où commencer (22 %)

Ces motifs sont encore plus fréquents chez les jeunes femmes de 18 à 34 ans, qui se disent plus souvent dépassées par la complexité des premières étapes. Elles sont aussi plus nombreuses à évoquer le risque perçu des placements ou un désintérêt pour les marchés financiers.

UNE CONFIANCE PLUS FAIBLE
La confiance constitue l’un des écarts les plus marqués. Moins de la moitié des femmes (47 %) se disent à l’aise lorsqu’il s’agit de prendre des décisions de placement, alors que 66 % des hommes affirment l’être. Cette différence se reflète aussi dans leur attitude face au risque : 61 % des femmes ont une tolérance faible ou très faible, contre 45 % des hommes.

La situation évolue toutefois selon le contexte personnel : les femmes en couple affichent des niveaux de confiance plus élevés que les femmes célibataires, signe que la dynamique conjugale influence la relation à l’argent et aux placements.

Interrogées sur ce qui pourrait renforcer leur confiance, de nombreuses répondantes évoquent l’accès à plus de connaissances financières ou l’appui d’un conseiller. Mais 60 % des femmes ne savent pas ce qui les aiderait à être plus confiantes, une proportion presque identique à celle observée chez les hommes.

LES ATTENTES ENVERS LES CONSEILLERS

Pour l’industrie financière, le rapport envoie un message clair sur la manière de servir la clientèle féminine. Si la performance des placements reste la priorité numéro un pour les deux genres, les femmes accordent une importance beaucoup plus grande à la qualité de l’interaction humaine.

Elles sont nettement plus nombreuses à exiger que leur conseiller s’adresse à elles sans jargon (57 % contre 40 % chez les hommes) et qu’il démontre une compréhension globale de leurs objectifs de vie. Le respect est également cité comme un critère fondamental par 56 % des investisseuses.

DES EXPÉRIENCES INÉGALES

Bien que la majorité des relations avec les conseillers soient positives, certains groupes rapportent des difficultés spécifiques. Les femmes canadiennes de première génération, par exemple, signalent plus souvent être traitées différemment de leur conjoint par les professionnels de la finance. De même, les femmes qui prennent en charge la gestion des placements du ménage sont plus enclines à sentir que leurs idées ne sont pas écoutées.

Pour Dorothy Sanford, présidente du comité consultatif des investisseurs, ces données doivent servir de levier. « En comprenant mieux les expériences, les motivations et les obstacles des femmes, nous pouvons aider à rendre le secteur des placements plus inclusif », soutient-elle.

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La rédaction