Quand les fintechs rachètent des banques

Par La rédaction | 27 May 2025 | Last updated on 26 May 2025
4 min read
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ArtemisDiana / iStock

Dans un contexte réglementaire complexe et peu favorable aux nouvelles demandes de chartes bancaires, des fintechs américaines modifient leur stratégie. Plutôt que de tenter d’obtenir un nouvel agrément bancaire, elles choisissent désormais de racheter des banques existantes, bénéficiant ainsi immédiatement de leur licence, de leur infrastructure et de leur accès aux réseaux de paiement fédéraux. Dernier exemple en date : SmartBiz Loans, qui a acquis Centrust Bank, une banque communautaire du Michigan, avec l’aval de l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC).

Selon un article d’American Banker, cette opération marque une reprise d’un mouvement qui s’est ralenti ces dernières années sous l’administration Biden, où aucune charte « de novo » n’a été accordée à une fintech. La dernière en date remonte à Varo, seule fintech à avoir obtenu ce type d’agrément avant 2021.

Le cas SmartBiz marque donc un tournant. En acquérant Centrust, l’entreprise obtient un agrément bancaire national lui permettant de proposer directement des prêts, de collecter des dépôts et de s’intégrer aux systèmes de paiements de la Fed, sans passer par un partenaire tiers. Cela permet à la fintech de proposer une expérience plus intégrée à sa clientèle de PME, explique Evan Singer, PDG de SmartBiz.

UN RACCOURCI QUI N’EST PAS SANS CONTRAINTES
Contrairement à une idée répandue, acquérir une banque ne constitue pas une voie plus simple, précise Michele Alt, associée au cabinet juridique Klaros Group, qui a conseillé SmartBiz dans son processus d’acquisition. « Les régulateurs appliquent les mêmes exigences qu’à une demande de nouvelle banque. La différence se situe après l’approbation conditionnelle », explique-t-elle. En cas d’acquisition, l’institution peut en effet devenir opérationnelle immédiatement.

En revanche, cette voie impose l’intégration d’une structure existante, avec ses systèmes, ses effectifs et parfois ses passifs. Cela requiert des compétences en gestion du changement, en conformité réglementaire et en refonte technologique.

EFFICACITÉ OPÉRATIONNELLE ET RÉSILIENCE
Pour les fintechs, le fait de détenir leur propre banque présente plusieurs avantages :

  • un accès direct aux systèmes de paiement fédéraux,
  • la possibilité d’intégrer les réseaux Visa et Mastercard,
  • un financement par dépôts assurés,
  • ainsi qu’une relation directe avec les autorités de régulation.

À l’inverse, dans les modèles traditionnels de banking-as-a-service, les fintechs s’appuient sur des banques partenaires pour accéder aux services bancaires essentiels. Or, ces relations sont fragiles : les problèmes réglementaires d’un partenaire peuvent entraîner des ruptures d’accès, souvent sans que la fintech en ait connaissance.

Les réglementations de supervision interdisent en effet à la banque de partager certaines informations sensibles avec ses partenaires commerciaux. Résultat : des fintechs se retrouvent soudainement en rupture de services ou confrontées à une cessation d’activité, met en garde Michele Alt.

Elle compare le choix entre achat ou création d’une banque à celui entre prêt-à-porter et sur-mesure. Si l’achat permet une mise en service rapide, il implique aussi l’intégration d’une structure existante, avec ses forces et ses contraintes. En revanche, partir de zéro permet de construire un modèle parfaitement aligné avec les ambitions de l’entreprise — mais à condition d’avoir les ressources et la patience nécessaires.

UN TOURNANT STRUCTUREL
À ce jour, les fintechs peuvent choisir entre quatre types d’agréments bancaires aux États-Unis :

  1. Les agréments d’État : limités géographiquement et donc peu pertinents pour les ambitions nationales des fintechs ;
  2. Les agréments nationaux OCC : les plus courants, comme celui obtenu par SmartBiz ;
  3. L’agrément national fintech spécial : créé en 2018, mais jamais utilisé en raison de contestations juridiques ;
  4. L’agrément de prêt industriel (ILC) : accessible aux entreprises commerciales, mais très difficile à obtenir.

Plusieurs fintechs ont déjà adopté cette stratégie d’acquisition : Jiko a racheté Mid-Central Savings Bank en 2020, LendingClub a acquis Radius Bank en 2021, et SoFi Technologies a repris Golden Pacific Bank la même année.

Pour les analystes, il s’agit d’un tournant structurel. La fusion entre fintechs et banques traditionnelles était prévisible et souhaitable. « Si on remonte à cinq ou dix ans, il y avait beaucoup d’inquiétudes quant au fait que l’émergence des fintechs allait concurrencer et nuire au secteur bancaire. Ce que nous voyons maintenant, c’est qu’elles finissent par se mélanger », constate Tom Collins, associé principal chez la société de services-conseils West Monroe.

Cette convergence promet, selon lui, de « relever la barre sur le plan technologique et numérique » tout en offrant « une meilleure expérience client », bénéficiant ainsi à l’ensemble de l’écosystème financier. Seule condition : que les risques soient bien gérés.

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La rédaction