Quand les gestionnaires d’actifs se ruent sur les liquidités

Par La rédaction | 31 March 2025 | Last updated on 28 March 2025
3 min read
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Yurii Karvatskyi / iStock

Que peuvent faire les banques centrales lorsque les gestionnaires d’actifs se précipitent sur les liquidités ? La Banque du Canada a récemment publié un résumé d’une étude examinant les conséquences de ce phénomène et les stratégies possibles pour les banques centrales afin de s’y adapter.

Selon les auteurs de l’étude, les courtiers sur les marchés canadiens des titres à revenu fixe tendent à apparier les ordres d’achat et de vente de leurs clients.

Cependant, lorsque plusieurs gestionnaires d’actifs ont besoin de fonds simultanément, le niveau de liquidité du marché dépend de la disposition des courtiers à acheter et à conserver des titres dans leur bilan.

Dans ce genre de situation, vendre des titres liquides pour obtenir des fonds devient coûteux pour les gestionnaires d’actifs.

Pour éviter des pénalités, ces derniers peuvent anticiper une éventuelle limite chez les courtiers et vendre des titres par précaution.

Or, dans les pires scénarios, ces ventes par précaution peuvent entraîner une ruée vers les liquidités, dépassant la capacité des courtiers et nécessitant l’intervention de la banque centrale, souligne l’étude.

LES LEÇONS DE LA PANDÉMIE

Un bon exemple est celui de la ruée vers les liquidités qui s’est produite au Canada au début de la crise de la COVID‑19. Entre le 9 et le 20 mars 2020, les ventes nettes d’obligations du gouvernement du Canada aux courtiers de la part de leurs clients ont atteint plus de 5 milliards de dollars. Le coût de vente des obligations a quadruplé, évoquent les auteurs.

En 2024, la Banque du Canada a révisé et mis à jour la politique de son mécanisme conditionnel de prise en pension à plus d’un jour pour offrir des liquidités en cas de tensions généralisées sur les marchés, intégrant les leçons tirées de la pandémie.

Entre autres, cette politique détermine les titres de grande qualité qui seront acceptés, précise les critères d’admissibilité des gestionnaires d’actifs et établit un processus officiel d’évaluation et de gestion des risques.

Ces modifications devraient encourager les gestionnaires d’actifs à utiliser ce mécanisme en période de crise et réduire la probabilité de ventes par précaution d’actifs.

DES MESURES ET DES OUTILS POUR RÉDUIRE LES RISQUES

L’étude propose également des mesures pour réduire le risque de ruée vers les liquidités, telles que renforcer la réglementation, accroître la résilience des marchés des titres à revenu fixe et élargir la gamme d’outils des banques centrales.

Les auteurs se penchent ensuite sur deux méthodes pour adapter cette gamme d’outils afin de réduire la probabilité d’une ruée vers les liquidités.

Ainsi, les banques centrales pourraient mettre en place de nouveaux mécanismes permanents destinés aux gestionnaires d’actifs, garantissant la préservation de la liquidité des obligations ou actifs existants dans toutes les conditions de marché.

Elles pourraient également créer de nouveaux actifs utilisables à tout moment pour répondre aux besoins de liquidité des gestionnaires d’actifs.

UNE ÉVALUATION PRÉALABLE DES CONSÉQUENCES INDÉSIRABLES

Comme le rappellent les auteurs, les banques centrales ont la responsabilité d’atténuer le risque d’une ruée vers les liquidités et disposent d’outils pour ce faire.

Cependant, malgré leur efficacité, les interventions des banques centrales impliquent des arbitrages qui peuvent devenir plus importants si la probabilité d’une ruée vers les liquidités augmente.

Avant d’élargir leur gamme d’outils, les banques centrales devraient aussi évaluer les conséquences indésirables potentielles d’un tel accroissement, comme les répercussions sur la conduite de la politique monétaire et les distorsions sur les marchés découlant du poids plus important joué par la banque centrale dans l’économie.

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La rédaction