Tout savoir sur la microretraite

Par La rédaction | 19 June 2025 | Last updated on 18 June 2025
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Travailler intensément pendant 40 ans pour profiter, enfin, d’une retraite bien méritée ? Très peu pour la génération Z. Née entre 1997 et 2010, cette cohorte bouleverse les repères traditionnels en matière de carrière. Une nouvelle approche gagne en popularité chez ses membres : la microretraite.

Inspirée de la quête d’un meilleur équilibre entre vie professionnelle et personnelle, cette tendance repose sur un principe simple : prendre, à intervalles réguliers, des pauses volontaires de plusieurs semaines — voire plusieurs mois — pour souffler, voyager ou se consacrer à des projets personnels. Le tout, sans attendre l’âge officiel de la retraite.

Selon le magazine Success, la microretraite est de plus en en plus répandue chez les jeunes, tout particulièrement les travailleurs autonomes, les entrepreneurs et les employés bénéficiant de conditions de travail flexibles. Elle permettrait de réduire les risques d’épuisement, d’améliorer la santé mentale et de prendre du recul pour redéfinir ses priorités.

Benjamin Fields, enseignant dans le secteur public et doctorant à l’Université de Californie à Berkeley, fait partie de ces adeptes convaincus. Tous les étés, il prend une pause de deux mois pour explorer l’Europe. Il estime que cette liberté est viable financièrement à condition de bien s’informer, de comprendre ses obligations professionnelles et de planifier avec rigueur.

Son approche est réfléchie : il a commencé tôt à épargner, tire parti d’avantages fiscaux et mise sur la propriété immobilière pour assurer sa sécurité financière future. Pour lui, la microretraite n’est pas un luxe, mais une stratégie durable.

TRAVAILLER MOINS POUR VIVRE MIEUX ?

Cette philosophie séduit de plus en plus. Le PDG Joshua Charles, à la tête de la jeune entreprise Frontier Dominion, s’accorde un congé sabbatique chaque année. Il gère son entreprise en se fixant des objectifs trimestriels. Dès qu’ils sont atteints, il s’offre une escapade à l’étranger. Ces pauses, selon lui, sont essentielles pour maintenir sa stabilité mentale, relâcher la pression et réajuster ses ambitions.

Alors que 77 % des Américains se disent stressés par leur emploi, selon l’American Psychological Association, la microretraite apparaît comme un antidote à l’anxiété et la surcharge mentale. Le succès du mot-clic #careerbreak sur TikTok, avec plus de 32 millions de publications, témoigne de l’intérêt croissant pour ce mode de vie.

Cependant, derrière cette quête de liberté se cache aussi une forme d’inquiétude : plusieurs jeunes adultes doutent de l’avenir du système de retraite. Pour eux, profiter de la vie maintenant, tant qu’ils en ont la santé et la capacité, semble plus logique que de tout miser sur demain.

UNE STRATÉGIE RISQUÉE À LONG TERME ?

Cette vision ne fait pas l’unanimité chez les experts en finances personnelles. Jayson M. Thornton, planificateur financier, reconnaît que les pauses pour la santé mentale ont du mérite, mais il estime qu’interrompre sa carrière, c’est aussi suspendre ses cotisations retraite et retarder la constitution d’un fonds d’urgence. Chaque année passée hors du marché du travail représente un manque à gagner potentiel, rappelle-t-il.

Il souligne que ceux qui n’ont pas encore atteint une stabilité financière pourraient devoir puiser dans leur épargne ou, pire, dans leurs régimes de retraite, hypothéquant leur sécurité future. Le mode de vie associé à la microretraite pourrait ainsi, paradoxalement, générer plus de stress à long terme qu’il n’en élimine.

Une conseillère en gestion de patrimoine encourage les jeunes à bien évaluer les risques avant de se lancer. S’accorder une pause, oui, dit-elle, mais pas au prix de l’endettement ou d’un appauvrissement prématuré.

UNE LIBERTÉ QUI SE PRÉPARE

Comme la retraite classique, la microretraite ne s’improvise pas. Il faut l’anticiper, budgéter, et adapter son mode de vie, par exemple en choisissent de vivre dans des logements plus modestes, d’effectuer des heures supplémentaires ou de mettre de l’argent de côté pendant plusieurs années pour financer son projet, indiquent les conseillers interrogés.

Pour les travailleurs en début de carrière, ces pauses prolongées peuvent être prises entre deux emplois. Ceux qui sont en poste doivent avoir une discussion franche avec leur employeur sur leurs intentions avant d’envisager une interruption temporaire d’activité.

Benjamin Fields conseille aux jeunes qui envisagent la voie de la microretraite de s’informer et planifier minutieusement leur projet. Il insiste sur l’importance de bien connaître les tenants et aboutissants de ses engagements professionnels, d’être au fait des règles, des délais et des conditions entourant les congés possibles, afin de pouvoir tout organiser en conséquence.

Selon lui, la clé réside dans une démarche intentionnelle : il faut savoir précisément ce que l’on souhaite retirer de sa microretraite et la préparer avec rigueur pour éviter les mauvaises surprises.

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La rédaction