Trump et la Fed : deVere Group met en garde contre un choc pour les marchés

14 January 2026 | Last updated on 13 January 2026
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Le dessin d'une main humaine qui retient un signe d’exclamation.
tommy / iStock

L’indépendance de la Réserve fédérale américaine (Fed) est menacée — et les marchés financiers ne le supporteront pas. C’est l’avertissement lancé par Nigel Green, chef de la direction du deVere Group, alors que la confrontation entre Donald Trump et la banque centrale a franchi un nouveau cap, ravivant les craintes d’une politisation de la politique monétaire américaine.

Dans une sortie inhabituelle par son ton, deVere Group prévient que toute atteinte perçue à l’autonomie de la Fed entraîne une hausse immédiate du risque financier. Pour Nigel Green, les investisseurs fondent leurs décisions sur une hypothèse clé : celle d’une politique monétaire américaine guidée par les données économiques, et non par la volonté des politiciens.

« Lorsque cette hypothèse s’affaiblit, le risque augmente partout, immédiatement et de manière visible », souligne-t-il, évoquant une réaction en chaîne sur les marchés boursiers, obligataires et des changes.

ESCALADE DES TENSIONS

Cet avertissement intervient dans un contexte de tensions accrues entre l’administration Trump et la Fed. Le président de la banque centrale, Jerome Powell, a récemment révélé que le département américain de la Justice avait assigné l’institution à comparaître en lien avec son témoignage devant le Sénat concernant un projet de rénovation de 2,5 milliards de dollars américains des immeubles de la Fed.

Jerome Powell estime que cette démarche juridique constitue un prétexte visant à exercer des pressions sur la banque centrale, alors que Donald Trump critique ouvertement son président pour ne pas avoir abaissé les taux d’intérêt plus rapidement.

DES SECTEURS SENSIBLES

Pour deVere, l’enjeu dépasse largement un différend institutionnel à Washington. L’indépendance des banques centrales est au cœur de la stabilité financière mondiale, rappelle Nigel Green. Lorsqu’elle est remise en question, les anticipations d’inflation deviennent plus instables, les rendements obligataires augmentent pour compenser l’incertitude et la volatilité gagne l’ensemble des marchés.

Les secteurs sensibles aux taux d’intérêt — immobilier, infrastructures — figurent parmi les plus exposés à une réévaluation rapide du risque, tandis que les banques et les assureurs doivent composer avec un élargissement des écarts de crédit.

DES SIGNAUX DÉJÀ VISIBLES

Selon deVere, les premières réactions observées sur les marchés confirment cette nervosité. On observe notamment :

  • un recul des contrats à terme sur les grands indices boursiers américains,
  • un affaiblissement du dollar
  • et un afflux vers les valeurs refuges.

L’or a notamment atteint de nouveaux sommets, traduisant une recherche de protection contre un risque désormais perçu comme politique et institutionnel.

« Aucun secteur majeur n’échappe aux conséquences lorsque la crédibilité de la gouvernance monétaire est mise à mal », prévient Nigel Green.

UNE QUESTION DE CONFIANCE

La mise en garde de deVere s’adresse aussi aux investisseurs internationaux. La Fed donne le ton aux conditions financières bien au-delà des États-Unis, et toute remise en cause de son indépendance affecte les flux de capitaux vers l’Europe, l’Asie et les marchés émergents, particulièrement ceux dont l’endettement est libellé en dollars américains.

À plus long terme, rappelle Nigel Green, la position du dollar comme monnaie de réserve mondiale repose sur la confiance dans la solidité institutionnelle américaine. Une confiance qui, une fois ébranlée, peut accélérer la diversification des capitaux vers des juridictions jugées plus stables.

L’indépendance de la Fed n’est pas un principe abstrait réservé aux économistes, insiste deVere Group. Elle influence directement les taux hypothécaires, le coût du crédit pour les entreprises, la santé des fonds de pension et la stabilité des systèmes financiers à l’échelle mondiale.

« Les marchés tolèrent le théâtre politique. Ils ne tolèrent pas l’ingérence dans la politique monétaire », résume Nigel Green, qui estime que toute tentative soutenue d’affaiblir l’autorité de la Fed aura des conséquences durables bien au-delà de Washington.

SOUTIEN INTERNATIONAL

Face à cette situation, le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, a publiquement pris la défense de Jerome Powell. Il a rappelé que l’indépendance des banques centrales est essentielle pour maintenir la stabilité des prix et permettre aux décideurs monétaires de prendre des décisions difficiles à l’abri des cycles politiques à court terme.

Tiff Macklem a également insisté sur le fait que les décisions de la Fed reposent sur des données économiques et non sur des considérations partisanes, ajoutant que l’érosion de cette indépendance constitue un risque majeur pour la crédibilité financière des États-Unis.

Plusieurs dirigeants de grandes banques centrales ont également dénoncé la situation. Parmi eux, mentionnons Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, Andrew Bailey, gouverneur de la Banque d’Angleterre et Chang Yong Rhee, gouverneur de la Banque de Corée.

Trois anciens présidents de la Fed — Alan Greenspan, Ben Bernanke et Janet Yellen — se sont aussi élevés publiquement contre la procédure judiciaire dont fait l’objet Jerome Powell.

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