Trump ravive le débat sur les taux des cartes de crédit

Par La Presse Canadienne | 15 January 2026 | Last updated on 14 January 2026
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Homme tenant la main de la carte de crédit et utilisant un ordinateur portable à la maison, homme d’affaires ou entrepreneur travaillant, achats en ligne, commerce électronique, services bancaires en ligne, concept d’argent de poche.

La proposition du président américain Donald Trump de plafonner les taux d’intérêt des cartes de crédit à 10 % pendant un an fait écho à ce que certaines personnes au Canada réclament également, et à quoi les banques s’opposent.

Le défenseur des consommateurs Duff Conacher, cofondateur de Démocratie en surveillance, a soutenu le mois dernier que le gouvernement fédéral canadien devait se fixer comme priorité absolue de mettre fin à ce qu’il qualifie de « pratiques abusives des banques ».

Le secteur financier, quant à lui, s’est généralement opposé aux mesures visant à limiter les taux d’intérêt, affirmant que de telles mesures priveraient certains consommateurs de la possibilité d’obtenir un crédit et obligeraient d’autres à payer davantage en frais ou en services alternatifs.

L’Association des banquiers canadiens a indiqué lundi que le marché canadien des cartes de crédit est hautement concurrentiel et bien réglementé.

« Les interventions réglementaires visant à plafonner artificiellement les taux d’intérêt des cartes de crédit peuvent avoir des conséquences imprévues préjudiciables aux consommateurs, comme la réduction de l’accès au crédit pour de nombreux Canadiens et propriétaires d’entreprises », a avancé la porte-parole Nathalie Bergeron dans un courriel.

« Un tel plafonnement pourrait inciter les clients à se tourner vers des solutions de rechange plus coûteuses et réduire la valeur ajoutée que tous les consommateurs retirent des cartes de crédit », a-t-elle ajouté.

Duff Conacher, qui milite depuis des décennies pour la baisse des taux d’intérêt des cartes de crédit au Canada, a mentionné que les banques affirment systématiquement qu’elles devront cesser d’accorder du crédit à certains clients, sans jamais fournir de preuves.

« Chaque fois que les banques déclarent ne pas pouvoir se le permettre, faute de marges suffisantes, et qu’elles seraient donc contraintes de couper les vivres à certains clients, elles devraient être tenues de le prouver », a-t-il affirmé.

« Compte tenu de leurs marges bénéficiaires, personne ne devrait accepter ces affirmations sans les vérifier », a-t-il précisé.

Il a souligné que les taux d’intérêt des cartes de crédit sont restés stables, oscillant généralement autour de 20 %, malgré les fortes fluctuations des taux d’intérêt au cours des vingt dernières années, ce qui, selon lui, démontre qu’il est possible de les réduire.

Une étude menée aux États-Unis, après que Donald Trump a présenté ce plan comme promesse de campagne, a révélé que les Américains économiseraient environ 100 milliards de dollars américains par an en intérêts si les taux d’intérêt des cartes de crédit étaient plafonnés à 10 %. 

Les mêmes chercheurs ont constaté que, même si le secteur des cartes de crédit serait fortement impacté, il resterait rentable, malgré une possible réduction des récompenses et autres avantages liés aux cartes de crédit.

Dans une déclaration faite fin 2024 devant un comité parlementaire, Darren Hannah, premier vice-président aux politiques bancaires de l’association bancaire, a indiqué que 71 % des Canadiens remboursent leur solde chaque mois et qu’il existe des cartes à taux d’intérêt plus bas.

Il a ajouté que les cartes de crédit offrent une grande valeur aux consommateurs, qu’il est possible de convertir sa dette de carte de crédit en prêt à tempérament à taux d’intérêt potentiellement inférieur et que le secteur a collaboré avec les consommateurs lors de périodes difficiles comme la pandémie de COVID-19 en accordant des reports de paiement.

Cependant, la pandémie n’a pratiquement pas affecté les taux d’intérêt des cartes de crédit. L’absence de changement, malgré le taux directeur historiquement bas de la Banque du Canada, a incité le Congrès du travail du Canada à réclamer une meilleure réaction des banques en 2020.

La question du niveau acceptable de taux d’intérêt est un problème récurrent, mais le gouvernement fédéral s’est efforcé de le résoudre récemment.

Ottawa a officiellement abaissé le taux annuel effectif maximal autorisé sur les prêts de 48 % à 35 %, tout en fixant séparément des plafonds plus bas pour les frais des prêts sur salaire. Ce changement n’a toutefois pas suffi à influer sur les cartes de crédit.

Et bien que les taux d’intérêt soient certainement un facteur clé, il est également important de considérer les frais cachés et autres coûts comme les commissions d’interchange, selon Claire Celerier, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en finances des ménages à l’École de gestion Rotman de l’Université de Toronto.

« Le risque est que si l’on plafonne le taux d’intérêt et qu’il n’y a pas de plafond pour les frais de retard de paiement, les commissions d’interchange, etc., les banques compensent en augmentant tous les autres frais », a-t-elle expliqué.

Ces frais sont généralement plus dissimulés que le taux d’intérêt, ce qui risque de fausser davantage le marché.

Les personnes à faibles revenus peuvent parfois supporter une part disproportionnée des frais, comme les commissions d’interchange facturées aux commerçants, car si les magasins répartissent les coûts entre tous les clients, les personnes à hauts revenus bénéficient d’un remboursement partiel sous forme de récompenses sur leurs cartes de crédit.

« Je pense que les mesures prises par Donald Trump auront pour effet d’inciter les banques à augmenter leurs frais, et ce, au détriment des plus démunis », a-t-elle indiqué.

En 2024, le gouvernement fédéral a certes conclu un accord sur la réduction des commissions d’interchange, mais les taux restent néanmoins bien supérieurs à ceux pratiqués en Europe.

Derek Holt, vice-président de Scotiabank Economics, a indiqué lundi dans une note qu’un abaissement du plafond des taux entraînerait probablement une hausse des mensualités minimales, une augmentation des autres frais facturés par les sociétés de cartes et la perte d’accès au crédit gratuit pour de nombreux emprunteurs.

« En résumé, l’éducation et les efforts visant à améliorer la culture financière pourraient s’avérer plus efficaces que le plafonnement des taux, tout comme les initiatives destinées à réduire les fortes inégalités de revenus au sein de l’économie américaine, inégalités qui ne sont pas imputables au secteur des cartes de crédit », a-t-il mentionné.

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